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Intermittents de la réforme : le courage, c'est pour quand ?
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Les entrepreneurs parlent aux Français

Intermittents de la réforme : le courage, c'est pour quand ?

Intermittents, cheminots ou politiques : ces champions du corporatisme empêchent la France de mettre en place les réformes dont le pays a tant besoin.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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La France ne veut pas se réformer. La France des privilèges ne veut pas les abandonner. La France des minorités parvient, toujours, vent ou marée, à imposer ses avantages à la majorité qui souffre. L’exception est toujours culturelle, politique ou humanitaire et invariablement parée de bonnes excuses. Mais ce n’est que de l’habillage pour masquer une France incapable de prendre le remède de cheval qu’impose la situation, qui prend de l’aspirine pour soigner son cancer ou le choux de Rika Zaraï en guise de chimiothérapie. Une semaine de revue de presse et la longue et désespérante litanie de ceux qui ne veulent pas que cela change se déroule devant les yeux effarés des Français qui voient le chômage augmenter, une France en panne de croissance, le départ de ses élites, de ses cadres, des grandes entreprises et de ses meilleurs étudiants. La France des vautours qui préfèrent la survie à court terme à la vie au long court, de piller les générations actuelles et le reste des caisses que de contribuer à bâtir un futur commun et plus équitable.

Qui sont ces lamentables fossoyeurs qui arguent de la vertu et des lumières pour masquer leur sombre égoïsme ? Rien que sur cette semaine, nous dénombrons une charmante liste de corporatismes et lobbyistes forcenés, qui usent du poids paradoxal que leur donne leur infime minorité pour faire un doigt d’honneur au plus grand nombre.

Numéro 1 au pays de l’intransigeance, ceux que j’ai appelé les "ArtisTocrates". Les intermittents du spectacle. Aussi nommés les permanents de l’hypocrisie. Du haut de leur revendication d’appartenance à un monde de la culture qui éclairerait le monde et y ferait briller la France, cette forme particulière de sentiment autocentré domine toujours le débat. Protégés par la CGT (mais aussi par Laurence Parisot), ils ont toujours refusé toute réforme. Ces artistes toujours si prompt à dénoncer les injustices, qui trouvent que la guerre "c’est pas bien", que la pauvreté "c’est pas bon" et que la discrimination "c’est pas beau", estiment que cette mansuétude et ce grand cœur qui les caractérise justifient qu’on leur accorde, en contrepartie, devant une telle masse d’empathie déployée contre l’injustice du monde, une totale impunité quand il s’agit de faire un effort.

3% de français qui représentent 25% du déficit mais refusent qu’on en parle. Sinon, cela ne leur laissera pas assez de temps pour dénoncer les misères du monde à nos frais, sur leur temps libre qui devient notre subvention à leur bien "pensance". Oser allonger leur durée de paiement ! Horreur. A l’heure où, en 4 mois, le chômage des seniors à augmenté de 70%, laissant sur le bord de la route ceux qui ont enfanté ces imbéciles ingrats, ceux qui ne retrouveront jamais de travail et sombreront dans la misère la plus absolue pour ne pas toucher au chômage de ces privilégiés, qui se sont fait une spécialité d’atteindre leur quota d’heures pour profiter ensuite d’un chômage immédiat si confortable, jusqu’à la prochaine "mission". Avez-vous déjà discuté avec tous ces patrons de concerts et festivals qui vous expliquent leur absolue mauvaise foi, cynisme et total manque de souplesse, démontrant leur seul souhait de faire "leurs heures". Ou est la beauté culturelle dans tout cela ?

Le système doit être réformé. Pour le supprimer ? Certainement pas. La culture effectivement a un coût qui mérite la perte. Car elle ramène de la croissance, du chiffre et des devises. Mais pas à n’importe quel prix. Exit, les excès de certaines professions (plombier, boulangers, mécaniciens, journalistes..) qui profitent de ce système sans aucune justification. Exit, les salaires au-delà d’un certain seuil. Pourquoi payer le chômage à quelqu’un qui aura gagné plus de 40000 euros dans l’année par exemple ? Quand le salaire moyen des Français est à 2200 euros. Bref, il y a au moins 200 millions à gagner. Que ces pleureuses permanentes cessent de pleurer, face à la détresse des chômeurs. Le sans-emploi culturel n’a aucune raison d’être mieux traité que les autres chômeurs. D’ailleurs, au-delà d’un certain nombre d’années, à vivre de ce statut, pourquoi laisser ces artistes s’entêter à attendre un succès qui ne viendra plus et nous coûte aussi cher ? De la même façon que nous obligeons les gens à ne pas refuser 3 fois une proposition, les artistes devraient sortir du système au bout d’un certain nombre d’années sans succès et se voir offrir une formation pour faire autre chose, dans ce vrai monde qu’ils comprendront peut-être alors enfin.

Numéro 2 des champions du corporatisme, les cheminots. A l’heure du TGV piloté quasi automatiquement, on nous fait croire qu’ils mettent encore du charbon dans la chaudière. Bastion d’une CGT aveugle au changement du monde, pour qui Zola reste la référence absolue et voit Germinal partout, ces musclés du privilège, souvent champions incontestés du détournement et de toute forme d’abus de bien social (cf la formation professionnelle, les millions détournés des CE qu’ils contrôlent..), considèrent eux aussi qu’ils sont vraiment trop malheureux et que la France devrait pleurer sur leur sort. Et sortent leur préavis TGV. A très grande vitesse. Le jour où enfin les syndicats devront se financer eux-mêmes, avec leurs adhérents, nous aurons des transports dignes d’un pays de notre rang et des syndicats surement plus intelligents. Patronaux comme syndicaux. Ces hommes qui ne représentent rien, mais encore trop dans certains bastions, comme la misère sur le désespoir, font honte à une société qui devrait se tourner vers l’avenir avec des gens éclairés pour mieux en voir les opportunités.

Numéro 3 chez les champions, nos politiques. Criant tous à la réforme nécessaire des régions et la simplification, apôtres parfois vindicatifs, surtout quand ils ne l’ont pas fait quand ils étaient au pouvoir, de la simplification de ce mille-feuille dont ils dévorent la crème depuis des années, nous les voyons bien dépourvus quand la réforme vient à venir. Une mauvaise réforme ! Peut-être. Mais je préfère le mouvement à l’inaction et un démarrage à la glaciation et l’immobilisme. C’est un premier pas, il en faudra d’autres. Merci de l’avoir tenté pour les uns et cessez de faire de l’opposition systématique pour les autres. Quand réaliserez-vous que la France est lassée de vos combats de coqs puériles et qu’elle le manifeste en votant extrême ou en s’abstenant ?  A force d’être sourd, vous devenez autistes.

Numéro 4 chez les champions français, à peu près tout le monde !! Les taxis, dont on doit prendre en compte les investissements initiaux, doivent évoluer et s’adapter, mais préfèrent l’interdiction à l’adaptation comme principe d’évolution. Le fisc, qui a encore tenté de régulariser ses dérives d’interprétation, par une circulaire insidieuse, heureusement "fuitée" par les Echos, qui aurait entériné son application faussée et contraire à l’esprit du législateur des holdings animatrices. Et qui guette l’occasion de le refaire discrètement. Les élus qui délivrent au compte goutte ces autorisations aux foodtrucks, qui donnent une chance aux jeunes de monter une activité profitable. Les fédérations et branches et autres organismes obligatoires, qui "pompent" de la marge aux opérateurs de toute l’économie afin de leur en laisser le moins possible et sans rien offrir comme service visible en contrepartie. Mis à part le fait de se servir soi-même. Les professions du droit, qui ont fait fermer ces derniers mois tout site internet osant proposer de faire mieux, plus vite et moins cher, ce qu’elles ne savent pas faire, faute de chercher à s’adapter ou faute de faire leur métier avec honnêteté (les mandataires et liquidateurs notamment).

Si l’on devait tenter de dénombrer ces virus qui guettent et profitent des défaillances du système dont ils vivent abusivement, nous serions désespérés et aurions vite fait de considérer que le match est perdu, car joué par des joueurs qui ne cherche que leur victoire personnelle, de préférence au détriment de la collectivité, et qui détournent les règles à leur avantage pour mieux en exclure toute tentative de rationalisation. Qui trichent, gesticulent, tentent un lobbying indécent et qui trouve malheureusement des oreilles attentives, au mieux mal informées ou au pire complices.

Pourtant, le ménage est indispensable et possible. Il suffit que les entrepreneurs et que tous les acteurs de la vie civile les pointent du doigt et ne baissent la garde qu’à leur disparition ou domptage. C’est urgent. La France le vaut bien !

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