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Ibiza, la capitale mondiale de la fête et des plaisirs
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L’hédonisme contemporain

Ibiza, la capitale mondiale de la fête et des plaisirs

Ibiza a toujours été montrée de façon superficielle. Certes, Ibiza est l’île de la fête, de la nuit et des excès. Mais cette île est plus fondamentalement un laboratoire exceptionnel pour analyser ce qui fait marcher nos sociétés libérales : l’hédonisme. Extraits de "Ibiza mon amour : Enquête sur l'industrialisation du plaisir" d'Yves Michaud.

Yves Michaud

Yves Michaud

Yves Michaud est philosophe. Reconnu pour ses travaux sur la philosophie politique (il est spécialiste de Hume et de Locke) et sur l’art (il a signé de nombreux ouvrages d’esthétique et a dirigé l’École des beaux-arts), il donne des conférences dans le monde entier… quand il n’est pas à Ibiza. Depuis trente ans, il passe en effet plusieurs mois par an sur cette île où il a écrit la totalité de ses livres. Il est l'auteur de La violence, PUF, coll. Que sais-je. La 8ème édition mise à jour vient tout juste de sortir.

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De la musique, des DJs, Paris Hilton et Armani, des diplomates et footballeurs en goguette, des journalistes de télé et Rocco Siffredi, des lasers et des sonos de 50 000 watts : voilà la face lumineuse, si l’on peut dire.

Il faut maintenant parler de drogue et de sexe. On peut venir à Ibiza juste pour le sexe, juste pour la drogue – et juste pour les deux.

Musique, sexe et drogue sont au rendez-vous de l’été. À Ibiza comme ailleurs. À Ibiza plus qu’ailleurs, ne serait-ce que parce que c’est plus visible. Il faut quand même commencer par nuancer.

La drogue, même quand elle baisse les inhibitions, n’est pas nécessairement favorable au sexe. Elle permet éventuellement de s’en passer. Beaucoup de femmes apprécient l’ecstasy pour elles et leurs partenaires parce que l’ecstasy rend plus sociable et émousse l’agressivité sexuelle – elle adoucit la relation sociale, la rend plus caressante qu’agressive, à la différence de l’alcool qui fait tomber les inhibitions dragueurs. Le visiteur est frappé, je l’ai dit, par l’atmosphère pacifique des clubs, une paix d’autant plus surprenante que la surpopulation devrait au contraire tendre l’atmosphère.

La musique, en revanche, excite et facilite les rencontres sexuelles. Elle rapproche. Et puis les paroles érotiques (« fuck », « kiss », « love ») martelées à n’en plus finir, les halètements et gémissements, les montées et répétitions musicales orgasmiques font le reste. D’ailleurs on est venu pour ça.

La morale permissive

Comme pour l’histoire de la scène musicale, il faut revenir aux années 1960 et 1970. Les hippies qui vinrent à Ibiza après 1968 et les intellectuels et artistes qui les avaient précédés amenèrent avec eux une vie libérée – libérée du travail, des habitudes bourgeoises, de la famille monogame.

Que cette liberté ait été réelle ou exagérée par les reportages et les récits, il y eut indiscutablement une permissivité et une promiscuité sexuelles dont on trouve les traces dans les études des sociologues, les récits de l’époque et la littérature d’aéroport, en particulier anglaise. Rien de propre cependant à Ibiza : c’était l’époque des grands rassemblements alternatifs en Angleterre ou aux États-Unis, l’époque des transgressions de l’ordre établi, l’époque de la libération sexuelle.

Dans le même temps, le tourisme apportait en Espagne le relâchement de la répression sexuelle et la disponibilité dont les vacances sont synonymes. Les « Suédoises », ainsi que l’on nommait toutes les touristes étrangères après le succès de quelques films brûlants des années 1960, apportèrent à l’Espagne une double libération.

Elles furent un exemple pour les femmes, ou au moins certaines femmes jeunes qui purent envisager autre chose que le destin de mère de famille, ou simplement entreprirent de divorcer de conjoints mal choisis ou pas choisis du tout.

Elles apportèrent aux jeunes gens du pays la possibilité de faire valoir leurs charmes méditerranéens, longtemps bridés, auprès des visiteuses venues du froid, dont certaines apprécièrent au point de rester sur place.

Un témoignage d’Antonio Escohotado sur ces années 1970 est sans ambiguïté : les premières boîtes et bars furent tout de suite des lieux de rencontre et de drague. Comme dit Escohotado, qui enjolive peut-être les choses aujourd’hui, le problème n’était pas de repartir mais de repartir seul...

La libération sexuelle explosa à Ibiza à partir de 1974-1975, au moment de la fin de Franco, comme elle le fit au même moment dans les grandes villes espagnoles, en Catalogne et sur la Costa Brava.

Elle toucha avant tout les milieux artistiques et intellectuels, les professions libérales et la classe bourgeoise supérieure, bien plus que les classes modestes. Elle avait une portée hédoniste plus que politique. On voulait, pour reprendre le titre d’un article de revue de ces années-là, « Des seins oui, Santiago Carrillo non » (« Tetas si, Santiago Carrillo no ») – Santiago Carrillo était le dirigeant historique du Parti communiste espagnol. Il n’est d’ailleurs pas certain que le processus de libération sexuelle ait encore touché tous les secteurs de la population espagnole quand on voit le niveau élevé des violences machistes.

Les bars musicaux, les rencontres musicales, les fêtes nocturnes, les rassemblements sociaux furent donc aussi, et de manière prépondérante, des occasions de liberté sexuelle. Ibiza, ce sont les plages, le soleil, la danse et les corps : sea, sun and sex.

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Extraits de Ibiza mon amour : Enquête sur l'industrialisation du plaisir, Éditions Nil (29 mars 2012)

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