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Helicopter money : pour l’après virus, les gouvernements préparent des injections massives de cash pour entreprises et particuliers

C’est un peu la solution de la dernière chance : les Européens planchent déjà sur l’après-virus en sachant qu’il lui faudra taper fort pour faire redémarrer l’économie. Et cela passera sûrement par des distributions d’argent aux citoyens.

Aude Kersulec

Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

Voir la bio »Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Ça s’appelle l’hélicoptère monnaie. En gros, imaginez un engin sorti de la guerre des Etoiles et qui, survolant villes et campagne, lâcherait des milliards d’euros ou de dollars, un peu comme on lâche actuellement des engrais pour enrichir les terres agricoles. Cette idée n’appartient pas à la science-fiction. Le premier à l’avoir formalisée, c’est Milton Friedman. Milton Friedman est un économiste américain mort en 2006 et encore considéré aujourd'hui, comme le chercheur le plus influent du XXe. Le chef de l’école de Chicago a d’ailleurs obtenu le prix Nobel d’économie pour ses travaux portant sur la consommation et l’histoire de la politique monétaire. C’est lui qui a émis l’idée que la distribution de liquidités aux entreprises et aux particuliers était de nature à faire redémarrer une économie en panne. 

Une première approche de ce procédé a été utilisée en 2008, au moment de la crise des subprimes. La crise venait du secteur bancaire et pour soulager les effets de l’asphyxie qui menaçait tous les acteurs, ce sont les banquiers centraux qui ont ouvert le robinet des liquidités et ont agi comme prêteur en dernier ressort, en garantissaient eux-mêmes la circulation des liquidités et du crédit. Elles ont prêté de l’argent aux banques quasi-gratuitement.

C’était le nœud de la crise et c’était là qu’il fallait agir. Les conséquences de cette crise financière ont fini par être économiques et sociales et toucher d’autres secteurs, par ricochet.

Dans le cas d’une crise sanitaire comme nous vivons, ce sont toutes les entreprises qui sont à l’arrêt, la quasi-totalité des secteurs et les mesures de chômage partiel vont toucher un nombre de salariés sans précédent, sans compter les indépendants. Cette fois-ci, le robinet à liquidités devrait donc être plus général.

Car on aura beau ouvrir les vannes du crédit, avec des taux proches de zéro, quand on sortira de cette crise sanitaire, les entreprises et les ménages n’emprunteront pas cet argent parce qu’ils devront déjà se remettre de cet épisode d’arrêt, rembourser les échéances que l’on aura décalées, emprunts bancaires ou charges sociales et fiscales. Ni les entreprises ni les particuliers ne seront dans un climat idéal pour investir. 

Le redémarrage par l’investissement pourrait donc être long, donc pour l’accélérer, il faudra activer la demande, mais sans passer par les intermédiaires habituels que sont les banques et leur octroi de crédit.

Et c’est donc à ce moment-là qu’on pourra utiliser les hélicoptères monnaie, dans sa conception la plus pure telle qu’elle était imaginée par Milton Friedman, c’est à dire distribuer de l'argent au plus grand nombre et très vite. 

Concrètement, la monnaie ainsi distribuée représentera un financement des banques centrales à destination des entreprises et des particuliers, sans reprise ou compensation à attendre. De l’argent gratuit. De manière pratique, ça peut prendre beaucoup de formes. Mise à disposition de bons d’achat pour tous les citoyens, baisses d’impôts ou distribution de crédit gratuit.

L’hélicoptère monnaie a l’avantage de ne pas augmenter directement les dépenses publiques des Etats, puisque l’argent serait distribué sans contrepartie par la Banque centrale (en Europe la BCE). On n’augmente ni le déficit, ni la dette. Il s’agit de politique monétaire et non de politique budgétaire.

Quoi qu‘il en soit, le constat qui est fait, c’est qu’avec une atonie de l’investissement lors d’une sortie de crise, il faut donner directement de l’argent aux citoyens. Et si on veut que les gens dépensent plus, il faut leur donner directement l’argent pour qu’ils le dépensent ? Avec un hélicoptère qui volerait au-dessus de tout le monde et qui irriguerait l’économie entière.

A noter que cette idée, née chez le chef des libéraux pur-sucre, n’a pas suscité des critiques fortes, ni de la gauche keynésienne, ni de la droite libérale. 

Aujourd’hui, ce scénario est étudié avec beaucoup de sérieux par la plupart des gouvernements européens qui planchent sur des montants supérieurs à 300 milliards d’euros pour chacun des pays membres. 

Sauf que dans les faits, peu de pays se sont encore risqués à essayer quelque chose de nouveau. La solution est encore exotique et n’a été fait que dans un nombre limité de pays. Le dernier à l’avoir expérimenté, c’est le Japon en 2019, en distribuant des bons d’achat mais il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions.

L’avantage, c’est que ce n’est pas de l’argent qui vient de l’État mais de la banque centrale, et donc ça ne plombe pas les dépenses publiques.

Le problème est que cet argent puisse être épargné et non consommé.

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