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Le peuple grec déjà en difficulté va devoir se serrer la ceinture d'un cran supplémentaire, sans certitude d'une sortie de crise.
Le peuple grec déjà en difficulté va devoir se serrer la ceinture d'un cran supplémentaire, sans certitude d'une sortie de crise.
©Reuters

Plan de sauvetage

Dans la tête des Grecs : “L’Europe toute entière est train de nous achever”

Les partis politiques grecs formant le gouvernement de coalition ont bouclé les négociations portant sur les mesures supplémentaires de rigueur exigées par l'UE et le FMI. Résultat, le peuple grec déjà en difficulté va devoir se serrer la ceinture d'un cran supplémentaire, sans certitude d'une sortie de crise.

Maria Denaxa

Maria Denaxa

Maria Denaxa est correspondante détachée à Paris pour la première chaîne grecque d'information, Mega Channel, pour les radio BBC World Service et Deutsche Welle.

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Entre les mesures d’austérité sans fin, les chiffres avancés par les banquiers, l’acharnement des marchés, et l'humiliation imposée par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy... Que la Grèce fasse ou non ce qu'on lui dicte, c'est un peuple tout entier qui est train d'être sacrifié. Un peuple sans voix, sans espoir et bientôt peut être sans dignité.

Depuis deux ans maintenant, on entend à l’étranger - même en France - tout et n’importe quoi sur la Grèce et les Grecs . Les "moutons noirs de l’Europe des années 1990’’ sont devenus aujourd’hui des tricheurs, des gens peu crédibles, qui ne paient pas leurs impôts, qui ne travaillent pas, qui vivent dans la corruption etc. Des généralités qui puisent leurs fondements dans une dose de réalité, mais qui ne dépeignent pas LA vérité.

En effet, la Grèce démontre aujourd'hui sa volonté de changer à travers le vote de ses parlementaires, et de participer à son propre sauvetage financier, le plus dur qu'aucun autre pays d’Europe n’ait jamais eu à affronter. L’Union européenne, le FMI et nos politiques, dont beaucoup de représentants sont reconnus corrompus ou incompétents, ont essayé de sauver la Grèce sans sauver les Grecs, en ajoutant de la dette à la dette pour payer la dette, et de l’austérité à la présente austérité... Et ce, sans aucun résultat positif pour le moment. Le déficit n’a jamais cessé d’augmenter dans un pays qui entre dans sa cinquième année de récession.

Tendues et difficiles, les dernières négociations entre la Troïka (Commission européenne, BCE et FMI) et le gouvernement grec ont accouché hier dans la douleur de nouvelles mesures qui coupent le souffle :

  • Réduction de 20 à 25% de tous les salaires, même du privé, en commençant par le salaire minimum qui passe de 761 euros brut soit 470 euros net/ mois, et pour les jeunes de moins de 25 ans à 400€ par mois ;
  • Réduction de 20% des retraites de plus de 1 000 euros par mois ;
  • Réductions de 20% a 30% des retraites complémentaires de plus de 150 euros par mois ;
  • Licenciements dans les forces armées, la santé, l’éducation, et pour les employés sans statut permanent ;
  • Coupes drastiques dans les salaires élevés de l'État, abolition du droit des salariés pour un poste permanent et privatisations immédiates ;
  • Extension de la flexibilité du travail avec les entreprises et les contrats personnels ;
  • Suppression de 15 000 postes dans la fonction publique pour 2012 ;
  • Réduction de la masse salariale de 150 000 salariés dans le secteur public entre 2012 et 2015 ;

Pour beaucoup de grecs ces nouvelles mesures se résument à la décapitation du droit social et de l'essence même du droit au travail, qui était déjà très peu protecteur jusqu’à aujourd’hui en Grèce. La situation devient réellement dramatique :

  • 1 million de Grecs n’ont plus du travail.
  • Les plus diplômés partent de la Grèce, même s'ils n’en ont pas les moyens ;
  • 27% de la population a atteint le seuil de pauvreté ;
  • 40 000 personnes dorment dans la rue (du jamais-vu en Grèce ) ;
  • Des jeunes couples avec enfants qui se trouvent au chômage, et dont les banques ont saisi la maison, retournent chez leurs parents dont la retraite ne dépasse pas 700 euros ;
  • Des familles monoparentales laissent leurs enfants à la DASS grecque faute de maison ou de quoi les nourrir ;
  • Des gens de tous âges s’ajoutent à la file des retraités et des immigrés en difficulté qui attendent la soupe populaire.

Face à cette dure réalité, le peuple Grec est partagé. Il y a ceux qui soutiennent l'action du gouvernement avec l'espoir que ce qu'on nous impose nous sortira de notre ornière, même au prix d'immenses sacrifices. Et puis, il y a ceux qui pensent, probablement la majorité, que l'on ne réussira pas.

Pourquoi donc alors nous imposer un remède qui au final nous tue ? "Ils" ont lâché le mot : La compétitivité ! Mais quelle est donc cette compétitivité voulue pour un pays qui n'a quasiment plus d'industrie, qui n'exporte guère que son huile d'olive, et qui tirait ses ressources de son riche passé, attirant des milliers d'étrangers sur ces terres ancestrales et ses plages bordées de bleu.

A cela je ne vois qu'une réponse : doter la zone euro de ses propres "Chinois", ceux qui acceptent de travailler pour des prix dérisoires en échange d'un morceau de pain aromatisé d'un filet d'huile. A l'heure des bilans carbone dramatiques et des balances commerciales déficitaires, un pays low-cost proche est une aubaine. Et les puissants d'Europe ne s'y sont pas trompés, les incitations fiscales ont commencé à attirer les investisseurs étrangers, en l'occurrence Français et Allemands qui ont commencé à racheter à prix soldés des sociétés comme OSE (les chemins de fer grecs), ou l'hippodrome d'Athènes.

Tout ça ne sera jamais avoué, et à l'incompréhension des mesures toujours plus difficiles que l'on impose à la Grèce, s'ajoute le visage presque inhumain d'une Europe qui violente l'un des siens. Cela concoure au sentiment de colère et d'indignation des Grecs, qui se sentent abandonnés par une Europe qui ne semble plus vouloir l'aider, mais seulement la punir des errements du passé, et ce malgré les marques de bonne volonté affichées.

Mais la crise reste, et elle n'est pas que grecque... Alors, à qui le tour ?


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