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Laurent Wauquiez dans un TGV.
Laurent Wauquiez dans un TGV.
©Reuters

Schizophrénie TGV

Grand écart : quand Laurent Wauquiez tente de se réinventer en centriste en Rhône-Alpes

Tandis que le candidat à la primaire défend des idées clairement à droite à Paris, ses ambitions politiques l'obligent à adopter une position beaucoup plus modérée pour conquérir sa région en décembre prochain.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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Y aura-t-il, comme dans l’histoire que l’on raconte aux enfants pour les endormir, un Wauquiez des villes et un Wauquiez des champs ? Le premier, FN-compatible à Paris, le second porteur des valeurs centristes en région. D’un côté, la parka rouge qui fait mal aux yeux mais ne passe pas inaperçue -un atout pour la primaire- de l’autre l’envers de l’habit, gris souris, pour se fondre dans le décor rhône-alpin qui exige tempérance et modestie. Un nouveau Wauquiez serait-il en gestation ? Un être hybride, une hydre à deux têtes que seraient en train de fabriquer les centristes de la grande région Auvergne-Rhône-Alpes en vue des élections régionales de décembre. Pour comprendre, il faut remonter au mois de février 2015, Laurent Wauquiez et Michel Barnier, ex commissaire européen, sont alors tous deux candidats pour être tête de liste aux régionales. A l’UMP, la candidature de Wauquiez est nettement privilégiée, celle de Barnier, elle, est soutenue par le centre. Jean-Christophe Lagarde, à la veille de la réunion de la commission d’investiture de l’UMP, prévient ainsi ses partenaires : "Il y a un problème de ligne politique: si c'est Michel Barnier qui est désigné par l'UMP, nous avons des lignes politiques similaires et donc nous pouvons parfaitement faire une liste commune. Si c'est Laurent Wauquiez, qui a marqué une droitisation extrême au cours de ces derniers mois et de ces dernières années, nous ne pourrons pas être sur la même liste". Mais le leader centriste n’est pas entendu et, sans grande surprise, le 9 févier, le maire du Puy en Velay est désigné.

L’entrée en campagne de l’ancien ministre s’avère tonitruante. Le 20 avril, il créé la polémique en lançant, après le meurtre de la jeune Cloé à Calais : "Cela confirme que la politique de désarmement pénal de Mme Taubira est une folie". De Valérie Pécresse à Bruno Le Maire, l’UMP se désolidarise, les centristes"auvergno-Rhônalpins", eux, fulminent. Après ses positions anti européennes, ses déclarations sur l’assistanat soit disant "cancer" de la France, c’est la goutte d’eau. "Elus, militants, électeurs, nous sommes tous allergiques aux récentes déclarations de Laurent Wauquiez", nous explique Patrick Mignola, leader local du Modem qui ajoute, "sur place, ses portes paroles sont les plus radicaux de l’UMP, les plus islamophobes". Le 15 mai, Modem et UDI décident donc de faire une liste commune sans cette UMP dont ils ne partagent pas les valeurs. Mignola sera tête de liste.

"Nous avons tous les moyens de faire perdre Wauquiez, sans les centristes, il fera un mauvais score. D’autant que le clan Barrot nous soutiendra", explique un proche. Le nom de l’ancien ministre, décédé en décembre 2014, pèse encore d’un poids symbolique en Rhône-Alpes. Or, après lui avoir offert sa circonscription, Jacques Barrot s’est fâché avec Laurent Wauquiez, l’accusant de dérive droitière. Lors des obsèques de l’ancien vice-président de la commission européenne, Laurent Wauquiez a même été écarté des rangs des proches.

Pour faire face à cette levée de bouclier, Laurent Wauquiez a bien essayé de débaucher des centristes. "Il leur a proposé de les mettre en position éligible, leur expliquant : de toute manière ça se jouera entre  Queyranne et moi", explique un acteur local. "C’est pour ça que l’on a accéléré le processus de liste unique et indépendante et la désignation d’un chef de file", reconnait Patrick Mignola qui sent, depuis cette initiative, les choses bouger.

Il en veut pour preuve les propos de Brice Hortefeux qui, il y a 15 jours affirmait, lors d’une manifestation local, qu’il fallait une large alliance avec l’UDI et le Modem avant de confier au Journal du Dimanche qu’il aurait conseillé à Laurent Wauquiez de se présenter aux municipales de Lyon. Certains y voient une porte de sortie toute trouvée pour un candidat trop clivant. Dans l’entourage du candidat, on dément, : "ça ne sort de nulle part".

Mais problème, pour les centristes, selon la plupart des experts électoraux, la région n’est prenable par la droite que si celle-ci part… unie. Autre limite à ces envies d’aventures solitaires, les négociations que mènent, cette fois au niveau national, UDI Modem et UMP. Et notamment les tractations parisiennes. En effet, Marielle de Sarnez qui est sur une stratégie d’union avec l’UMP, verrait d’un mauvais œil son propre camp attaquer l’UMP entre Lyon et Clermont. Alors que François Bayrou, lui, proche d’Alain Juppé pourrait avoir un intérêt à une liste dissidente qui fasse chuter l’un des représentants de la ligne dure de l’UMP. C’est d’ailleurs lui qui a demandé à Patrick Mignola d’être candidat.

Localement, le Modem et l’UDI, qui ne veulent pas être accusés d’avoir, une fois de plus, joué contre leur camp, évoluent lentement sous l’influence de l’ancien député et maire de Chamalière Louis Giscard d’Estaing et prépare leurs arrière au cas où l’union serait incontournable: "Je ne veux pas en faire une question de personne, ce sont les discours qui créé la division. Les discours de Wauquiez ne ressemblent pas à la région peuplée de chef d’entreprise pro-européens qui refusent que l’on mette systématiquement en cause l’Islam", explique Patrick Mignola.

C’est donc une vaste partie de billard à trois bandes que tente de maitriser le député Franck Reynier, chef de file de l’UDI au niveau local qui s’avère plus modéré que son patron Jean-Christophe Lagarde. "Soit je manque clairement de lucidité et je pense que les centristes peuvent emporter la région, soit je dis : il faut des alliances et notre alliée c’est la droite républicaine", nous explique-t-il franchement. Et il refuse, lui aussi, de s’arrêter aux questions de personne. "Si je pensais que Laurent Wauquiez n’était pas une homme respectable, on aurait déjà dit : on fait des listes indépendantes. Notre rôle, c’est d’amener une certaine modération. Un équilibre".

Il ajoute : "nous avons fait l’union avec le Modem, ça veut déjà dire qu’ils n’iront pas avec les socialistes. Maintenant, pour qu’il y ait union totale, j’attends de Laurent Wauquiez une posture qui incarne aussi les valeurs du centre. Nous sommes en train de travailler à un programme, l’UMP aussi. Nous verrons à l’issue de ce travail s’ils font des propositions qui sont compatibles avec nous". L’un des points clés sera, la porosité avec le FN.

Entendez donc : si Laurent Wauquiez change de discours, tout est possible. Et voilà le secrétaire général de l’UMP dans une nasse. Obligé, s’il veut l’emporter, de faire profil bas, de modérer ses propos, de lisser son image. Lui qui, en décembre dernier, reconnaissait dans Le Monde "Je n’ai pas décidé d’arrêter de voir (Patrick Buisson), car tout le monde lui tire dessus. J’ai de la constance. Je ne fais pas preuve de lâcheté comme d’autres, qui font comme s’ils ne le connaissaient plus alors qu’ils le courtisaient quand il était puissant", va devoir changer de stratégie. Pas sûr que son mentor apprécie. Pas sûr non plus que les électeurs soient dupes.

"C’est un véritable problème pour lui. Il a voulu se présenter, comme beaucoup d’autres cadres car ces grandes régions font fantasmer tout le monde, mais il n’est pas très prudent. Durant toute la campagne, on va lui ressortir au niveau national ce qu’il dit au niveau local et vice et versa. Il va devoir brouiller son image pour faire l’union et l’emporter ce qui va l’éloigner du dispositif des primaires et aussi de l’UMP", explique un expert électoral. Et ne serait-ce pas l’unique raison qui a poussé Nicolas Sarkozy à soutenir sa candidature ?

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