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Donald Trump bilan promesses programme Etats-Unis vote élection présidentielle américaine Joe Biden
Donald Trump bilan promesses programme Etats-Unis vote élection présidentielle américaine Joe Biden
©JIM WATSON / AFP

Contrat démocratique

Etats-Unis : Donald Trump a-t-il été le président qu’il promettait être ?

Alors que les électeurs américains se prononcent pour désigner leur futur président en ce mardi 3 novembre 2020, quel bilan objectif peut être tiré du mandat de Donald Trump ? Le dirigeant américain a-t-il tenu ses promesses de campagne ces dernières années à la Maison Blanche ? Quelles sont les réussites de Donald Trump ?

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), Trumpland, portrait d'une Amérique divisée (Privat, 2017),  1968: Quand l'Amérique gronde (Privat, 2018), Et s’il gagnait encore ? (VA éditions, 2018), « Joe Biden : le 3e mandat de Barack Obama (VA éditions, 2019) et la biographie de Joe Biden (Nouveau Monde, 2020). Son dernier livre : Kamala Harris, L'Amérique du futur, aux éditions Nouveau monde (septembre 2021).

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Atlantico.fr : En 2016, Donald Trump avait fait plusieurs promesses électorales, si l’on tire le bilan global du mandat, peut-on considérer que les électeurs qui ont fait confiance à Trump pour appliquer son programme ont eu raison ? A-t-il tenu ses promesses de campagne et dans quelle mesure par rapport à ses prédécesseurs ?

Jean-Eric Branaa : Dire qu’il a tenu ses promesses de campagne c’est son leitmotiv dans ses meetings et c’est évidemment faux. Il n’a pas tenu toutes ses promesses en particulier la plus emblématique qui était celle sur le mur à la frontière sud. C'est également le cas sur l’abrogation de l’Obamacare en 2016 qu’il n’a pas pu achever puisqu’en juillet 2017 John McCain met à mort cette promesse de Donald Trump en votant contre au Sénat. Mais en réalité, ce qu’on va regarder, c’est que ses supporters sont satisfaits de ce qu’il a fait. Même s’il manque des promesses, soient-elle emblématiques, ils sont contents de voir que ce président a essayé comme ils disent « de renverser la table », « de s’attaquer à l’administration » qu’ils appellent « l’Etat profond » ou qu’il a mis en avant des mesures contre les régulations ou pro-conservateurs en mettant au premier plan des valeurs très conservatrices aux Etats-Unis. Tout cela les satisfait pleinement et ils sont foncièrement derrière lui pour cette élection et ils vont voter en masse. Il est difficile de quantifier en termes de promesses tenues ou non tenues par rapport à Barack Obama parce que ça n’était pas un catalogue de mesures, c’était un discours plus fluide avec des grandes directions à suivre. Donald Trump est parti en 2015-2016 avec quelques grandes idées et on s’est aperçu en fin de campagne qu’il récupérait le programme classique des républicains. Il l’a suivi mis à part sur l’orthodoxie fiscale et le déficit puisqu’il a laissé filer le déficit. Il a suivi sa route mais il ne pouvait pas tout réussir car il y a des éléments, comme l’opposition des Démocrates à son mur, qui ont fait que c’était quasiment impossible. Sur l’immigration, il n’a pas réussi à faire sa réforme, mais globalement il a essayé. Ce qui est très étonnant avec Donald Trump c’est qu’il n’a changé d’avis sur rien. Il a continué dans sa ligne exactement comme il l’avait promis en 2016.

Les électeurs américains qui soutenaient le programme de Trump vont donc lui faire à nouveau confiance en 2020 ? 

Oui et c’est un élément important parce que normalement quand on élit quelqu’un, en particulier de la manière dont Trump a été élu, après l’excitation de la campagne arrive le temps de l’attente puis celui de la déception. Avec Donald Trump, il n’y a pas eu de temps de la déception, il a galvanisé ses troupes sans cesse. Il a été fortement aidé par ce qu’il appelle la chasse aux sorcières qui a fortement resserré son camp derrière lui. Les électeurs de Trump se sont sentis particulièrement visés par ces attaques des démocrates, ils avaient l’impression qu’on leur volait leur victoire et leur vote. Ça les a laissés dans une excitation de campagne pendant quatre ans. C’est une campagne permanente qu’il y a eu pendant quatre années, ce qui fait qu’ils en sont exactement au même stade qu’en 2016. C’est à mettre au crédit de Donald Trump, si on considère que c’est un crédit. La conséquence c’est que cela a divisé le pays. Pendant quatre ans, Donald Trump s’est opposé pied à pied aux démocrates qui ont fait de même. D’un côté de la provocation, de l’autre parfois de l’aveuglement. Cela a fait que cet affrontement n’a jamais baissé en intensité parce que Donald Trump l’a voulu ainsi, à travers ses tweets, ses déclarations et ses actes. Il n’a jamais tendu la main aux démocrates, ni cherché à faire du compromis ou travailler avec eux. C’est ça qui a façonné cette campagne permanente.

Quelles sont les réussites de Donald Trump ? Qu’a-t-il réussi par rapport à ses promesses de campagne ?

D’abord, il a réussi à faire passer deux lois très importantes. La première c’est la réforme fiscale, ce qui n’est pas rien. Beaucoup de gouvernement rêveraient déjà d’en faire passer une et lui l’a fait en onze mois avec une baisse d’impôts phénoménale, notamment pour les entreprises (de 35% à 21%). C’est un point très important, qui peut être discutable sur le plan du déficit ou autre mais qui est une vraie réussite pour Donald Trump. La deuxième grande loi c’est une réforme de la justice, dans laquelle il met fin au système des trois cours qui était assez inégalitaire aux Etats-Unis. Il met également fin au harcèlement sur la marijuana qui faisait enfermer tant d’Afro-américains dans des prisons depuis les années 1990. C’est une loi bipartisane et c’est une belle réussite. Sur l’emploi, il a fait descendre le chômage à 3.5. Un niveau jamais atteint depuis 50 ans. Et même s’il avait commencé son mandat à 4.4, c’est quand même cette partie là qui est la plus difficile à obtenir. Goldman Sachs annonçait en décembre 2019 que le chômage allait descendre à 3.2, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis la guerre de Corée. La pandémie a mis tout ça par terre, mais il faut lui créditer.

Donald Trump a également réussi à l’international, notamment dans son rapport avec la Chine. Il a revisité une vision peut être un peu trop naïve en la durcissant. Désormais cette analyse est relativement partagée par l’ensemble des politiciens américains et du peuple américain. Au Moyen-Orient, son positionnement contre Daesh et pro-Israël est une réussite, avec notamment le rapprochement des pays autrefois hostiles à Israël dont certains ont signé des accords de normalisation. Ce qu’il a réussi à l’international c’est également le nouvel accord avec le Mexique et le Canada, autrefois l’Alena devenu USMCA. Cela devait permettre de rééquilibrer les échanges au profit des Etats-Unis et cela a plus ou moins réussi, mais il l’a mené à terme.

Sur le plan intérieur, il a réussi à mettre en place un système dans lequel les idées conservatrices sont mises au premier plan. Il y a au niveau de la justice un travail très important qui a été fait : 150 juges dans les cours de district, 53 dans les cours d’appel et 3 à la cour suprême ont été nommé durant le mandat de Trump ce qui permettra de prolonger l’action sociétale ou philosophique des Républicains pendant de très nombreuses années.  Il a aussi mené un allègement de l’ensemble des règlementations. Les Républicains avaient promis que pour chaque nouvelle règlementation ils allaient en supprimer deux. C’est une réussite du point de vue des Républicains. Mais la monnaie de cette pièce c’est qu’il s’en est pris à l’environnement qui est un grand pourvoyeur de règlementations.

On pourrait globalement décoder sa politique en plus et en moins, mais globalement ses supporters sont satisfaits. Tout ce que je viens de vous évoquer avait été énuméré pendant la campagne de 2016. Elle avait été très riche en propositions. Donald Trump avait une vision ou en tout cas une idée assez claire de comment réorienter le pays : en faisant l’inverse de Barack Obama. Ça a été beaucoup commenté au début de son mandat parce qu’il détricotait ce qu’avait fait son prédécesseur. C’est la vraie différence avec 2020 où il n’a aucune idée, il y a quelques slogans : "ça sera bien, continuez avec moi, il y aura la prospérité". Mais en tout cas il n’y a plus le contenu de ces propositions qui faisait que beaucoup ont été séduits par le candidat en 2016.

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