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Dans le secteur de l’énergie, la libéralisation du marché a été très décevante.
Dans le secteur de l’énergie, la libéralisation du marché a été très décevante.
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Ouverture à la concurrence

La libéralisation du marché de l'énergie en Europe est un échec

L'électricité au prix de gros augmentera de plus de 20 % au 1er janvier 2012. L'ouverture à la concurrence du secteur de l'énergie coûte au final plus cher aux consommateurs.

Pascal Perri

Pascal Perri

Pascal Perri est économiste. Il dirige le cabinet PNC Economic, cabinet européen spécialisé dans les politiques de prix et les stratégies low cost. Il est l’auteur de  l’ouvrage "Les impôts pour les nuls" chez First Editions et de "Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien" chez Anne Carrière.

En 2014, Pascal Perri a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France au ministre de l’économie.

Il est membre du talk "les grandes gueules de RMC" et consultant économique de l’agence RMC sport. Il commente régulièrement l’actualité économique dans les décodeurs de l’éco sur BFM Business.

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Depuis sa création, l’ambition de l’Europe économique et politique est de favoriser des coopérations mutuellement  profitables entre les États membres, et de créer des conditions de marché plus efficaces pour les consommateurs.

Dans le secteur de l’énergie, la libéralisation du marché a été très décevante. La concurrence tant espérée est restée strictement théorique. Les entreprises dominantes, souvent d’anciens monopoles, sont parvenues à conserver leur pouvoir de marché et dans certains cas, comme la France, à accroitre les privilèges de la rente.

Dans les faits, les monopoles perdurent malgré l'ouverture à la concurrence

En Allemagne, la libéralisation du marché en 1998 a épargné le réseau de distribution. Les droits d’utilisation du réseau physique payés par les nouveaux opérateurs étaient tels que les prix sont restés élevés pour les particuliers et pour les entreprises. L’expérience montre ici que la séparation des activités de production et de distribution devrait être un préalable aux réformes de déréglementation. A défaut, l’ancien monopole en tire partie pour verrouiller le marché et imposer une politique tarifaire élevée. Les concurrents, pour ceux qui survivent, profitent du partage de la rente au prorata de leur influence commerciale. Les experts estiment qu’en Allemagne, il faut 100 € de marketing à un opérateur pour prendre un client aux concurrents. Autant dire que dans ces conditions, la géographie générale du marché évolue peu.

En France, la libéralisation du marché va se traduire par un renforcement du monopole d’EDF. En décidant de fixer à un niveau très élevé le prix de cession d’une partie de son électricité d’origine nucléaire aux nouveaux entrants, l’État a fait clairement arbitré en faveur de SON entreprise au mépris de ses engagements en matière de pouvoir d’achat. L’État a servi son intérêt patrimonial au détriment des intérêts des consommateurs d’énergie, ménages et entreprises. Au passage, la CGT peut se frotter les mains, elle qui gère le CE d’EDF et perçoit à titre dérogatoire 1% du chiffre d’affaires de l’entreprise.

Libéraliser pour stimuler la concurrence

La libéralisation n’a de sens que si elle stimule la concurrence. Si elle aboutit à renforcer les monopoles ou les oligopoles, elle perd son intérêt. Les pays européens avaient le choix entre deux options.

  • Le soutien à de très grandes entreprises en situation de monopole. Quand l’investissement de départ est important, le monopole naturel peut se justifier. Il doit cependant être contrôlé. Les rendements croissants lié au monopole doivent se traduire par des prix bas offerts aux consommateurs. La rente doit être correctement rendue aux « usagers ».
  • Une politique de concurrence ouverte dans laquelle les barrières d’entrée disparaissent. Dans toutes les activités en réseau comme c’est le cas de la distribution des fluides, la concurrence impose le démantèlement des monopoles de production et de distribution. La concurrence ne peut pas être homéopathique. Elle doit être radicale pour produire des effets durables sur le marché.
  1. Il reste peu de chose des intentions de départ. Dans tous les grands pays européens, les entreprises historiques sont parvenues à contrarier l’ouverture des marchés. Les consommateurs doivent s’attendre à en payer le prix. 

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