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Douste-Blazy : "La droite pourrait faire mieux avec François Bayrou qu'avec Nicolas Sarkozy"
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Balle au centre

Douste-Blazy : "La droite pourrait faire mieux avec François Bayrou qu'avec Nicolas Sarkozy"

Après l'interview de Nicolas Sarkozy au Figaro Magazine, François Bayrou a lancé un appel aux "humanistes et républicains" à le rejoindre. Philippe Douste-Blazy, qui a quitté l'UMP et rallié le leader du Modem, explique sa stratégie.

Philippe Douste-Blazy

Philippe Douste-Blazy

Philippe Douste-Blazy est homme politique français. Il a été plusieurs ministres, et élu député de Lourdes puis de Toulouse. Il est actuellement conseiller spécial chargé des financements innovants auprès du Secrétaire Général des Nations Unies.

 

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Atlantico : Suite aux valeurs défendues ce week-end par Nicolas Sarkozy dans le Figaro Magazine, François Bayrou a lancé un appel aux « humanistes » de gauche comme de droite pour le rejoindre. Comment réussir à les convaincre de gagner vos troupes ?

Philippe Douste-Blazy : Dans la mesure où un candidat se positionne aux antipodes des idées humanistes, démocrates et sociales des centristes, par définition, les députés comme les électeurs du centre ne peuvent s’y retrouver. D'autant plus qu'il existe un électorat, y compris de centre droit ou de droite, qui appelle de ses vœux un chef à la fois humble et intransigeant sur ses valeurs.

Mais François Bayrou stagne actuellement dans les sondages, après avoir fortement progressé. Qu’est-ce qui peut lui permettre de séduire cet électorat et d’arriver au second tour ?

Il faut être prudent avec les hausses comme avec les baisses des sondages. François Bayrou a été à 6% pendant près de 2 ans, il se retrouve aujourd’hui entre 12 et 14%. Et ce niveau semble solidifié : il ne devrait pas descendre en-dessous.

Souvenons-nous de l’épisode Valéry Giscard d’Estaing de 1974 face à Jacques Chaban-Delmas : il y a eu une certaine modernité, générosité, un discours de vérité qui lui a permis de progresser face à un système conservateur.

La même chose peut se produire aujourd’hui. On sent de plus en plus de personnes qui avaient voté Nicolas Sarkozy il y a 5 ans commencer à s’en détourner et comprendre qu’on peut faire mieux avec François Bayrou car les résultats du président de la République ne sont pas au rendez-vous.

Vous attendez donc finalement un « appel des 43 », c’est-à-dire qu’un groupe de membres de l’UMP rejoignent François Bayrou comme l’avaient fait plusieurs chiraquiens en 1974, optant pour Valery Giscard d’Estaing plutôt que pour leur candidat naturel Jacques Chaban-Delmas ?

On est dans un contexte différent. Nicolas Sarkozy a décidé de s’adresser essentiellement aux électeurs les plus à droite. Si le parti-pris du président de la République consiste à récupérer les voix du Front national au risque de dresser les Français les uns contre les autres et d’outrepasser les souffrances familiales, beaucoup de personnes démocrates et humanistes vont se déplacer vers le centre. A cet égard, proposer un référendum sur le statut des chômeurs, c’est outrepasser ses valeurs. Or, il est vital pour un homme politique de conserver ses propres valeurs ; il y a des lignes jaunes à ne pas franchir pour ne pas renier ses propres engagements.

Par ailleurs, il y a aussi des électeurs de gauche qui vont voter pour François Bayrou ! D’ailleurs la notion de droite et de gauche devient de plus en plus obsolète. 

Vous ne pensez donc pas que le clivage gauche/droite demeure ? Que les valeurs défendues par Nicolas Sarkozy dans le Figaro Magazine sont différentes de celles défendues précédemment par François Hollande dans son manifeste publié en Une de Libération ?

De plus en plus de Français sont persuadés qu’il y a d’un côté les conservateurs – le PS et l’UMP – et de l’autre les progressistes. François Bayrou fait partie des progressistes, comme l’illustre par exemple sa proposition de venir en aide à Marine Le Pen sur la question des parrainages : à partir du moment où 20 à 22% des électeurs sont susceptibles de voter pour le candidat d’un parti, c’est un véritable problème démocratique qui se pose s’il ne peut se présenter. Le PS et l’UMP qui se sont brutalement opposé à cette proposition ont ainsi montré leur caractère conservateur.

Pensez-vous que certains députés UMP vont prendre le risque de rejoindre François Bayrou alors que les élections législatives vont suivre directement l’élection présidentielle ?

Justement ! Un député pense aussi à sa réélection. Or Nicolas Sarkozy est aujourd’hui crédité au mieux de 44% au 2ème tour face à François Hollande : que peuvent attendre les députés UMP lors des législatives ? Si Nicolas Sarkozy est battu avec un tel écart, les circonscriptions UMP seront difficiles à tenir. En revanche, les sondages de 2ème tour entre François Hollande et François Bayrou montre que le leader du Modem a véritablement ses chances.

Encore faut-il qu’il soit présent au second tour…

Les députés s’intéressent à celui qui est en mesure de battre François Hollande au 2nd  tour. Certains préfèrent encore qu’on gagne le 2nd tour plutôt qu’on ne le perde.

A titre personnel, si Nicolas Sarkozy est réélu président de la République et qu’il vous propose un poste, l’accepteriez-vous ?

Ce n’est ni la question, ni mon envie. J’ai cru que l’UMP était une solution pour les valeurs humanistes, centristes, démocrates et sociales que je porte. Aujourd’hui, ce parti ne représente plus du tout ces idées.

Propos recueillis par Aymeric Goetschy

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