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Des CV sur 5 500 sets de restaurants à Avignon : quelle efficacité pour l'originalité quand il s'agit de trouver un emploi ?
©www.flickr.com/photos/desiitaly/2304874364

Bingo ?

Des CV sur 5 500 sets de restaurants à Avignon : quelle efficacité pour l'originalité quand il s'agit de trouver un emploi ?

A Avignon, la mission locale jeunes a fait imprimer des CV sur 5 500 sets de restaurants en espérant trouver un emploi pour ses jeunes. Une opération coup de poing et qui dépoussière les méthodes plus classiques estampillées Pôle Emploi.

Xavier  Camby

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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Atlantico : Improviser un CV sur un set de table de restaurant… L'idée a de quoi surprendre, néanmoins, elle est désormais appliquée dans le Gard. Que peut-on dire de ce genre de techniques assez originales, qui visent à permettre des recrutements ? Portent-elles leurs fruits ?

Xavier Camby : Cette idée en fait me semble plutôt séduisante, sortant résolument des sentiers rebattus et mille fois balisés par ceux qui n'ont jamais cherché de travail ni connu le chômage : les salariés de Pôle Emploi et autres conseillers (improvisés) en orientation professionnelle de l'éducation nationale. Oh, je ne veux pas dire qu'ils manquent de bonne volonté ni de formations académiques... Seulement d'expérience pragmatique...

Pour obtenir une seule rencontre avec un éventuel futur employeur, il est nécessaire d'envoyer au moins 70 candidatures. Et il y a très peu d'élus après un premier entretien entre candidats et employeurs. Toutes les techniques innovantes pour améliorer ce ratio semblent donc judicieuses. Mais sont-elles performantes ? Non, hélas. Les faits en attestent.

Quelles sont aujourd'hui les méthodes de recherches alternatives les plus efficaces ? Qu'attendent les recruteurs des candidats ?

Il existe de nombreuses méthodes pour construire et puis entretenir son attractivité en tant qu'employé-salarié. Loin de toutes les croyances imposées par les enseignants et hélas relayés par les parents, ce ne sont pas les meilleurs diplômes qui garantissent un emploi ! Ni même le bonheur ou une vie réussie...

Parmi les méthodes les plus importantes sont l'identification de ses -vraies- valeurs personnelles et leur mise en œuvre. Si je rencontre un jeune homme qui prétend vouloir entreprendre, mais qui ne peut guère me parler de façon probante d'expériences audacieuses, j'aurai du mal à lui faire crédit et à chercher à travailler avec lui. Il en est de même pour toute qualité revendiquée par un candidat.

La cohérence et l'engagement, l'enthousiasme et la décision sont donc ce que chaque recruteur-sachant-recruter recherche. Là encore, quelques dinosaures attardés chassent encore premièrement les failles des CV, des lettres de motivations ou des candidats. Ceux-là n'ont rien compris à leur métier et sont des imposteurs. On leur doit les CV exclusivement positifs (comme si l'expérience d'un échec ou d'une erreur n'était pas bien plus importante qu'un succès : je n'apprends jamais vraiment que de mes erreurs, en les intégrant) qui constituent. à tout le moins, des tissus de mensonges par omissions.

Mais les descriptions de fonction ne sont pas reste : l'employeur y dépeint son entreprise comme l'antichambre du Nirvana et le job comme une perfection de mesure et de plaisir.

Deux mensonges ne font pas une vérité, même s'ils se parlent et "matchent", comme on dit en ce mauvais jargon déshumanisé, (im) propre aux recruteurs internes ou externes.

Rien n'est plus inefficace et démotivant que de répondre aux annonces et d'attendre...

Enfin, quels conseils est-il possible de donner à des jeunes en recherche d'emploi ?

1- l'expérience et les stages, effectués assez tôt, qui permettent à l'adolescent d'identifier concrètement ses propres aptitudes et ses désirs ;

2- les formations par alternance, qui mènent l'adolescent ou le jeune adulte à se connaître et à apprendre à travailler 8rien n'est plus stupide que la dévalorisation des métiers dits "manuels", permettant aux intelligences pragmatiques - et non seulement spéculatives- de s'exprimer et de se développer. En avoir fait la voie de garage des cancres en latin ou en mathématiques est plus que criminel : la grande majorité des vrais entrepreneurs est constituée d'autodidactes...

3- les formations complémentaires, non-scolaires. Un adulte titulaire de ces formations intéressera plus facilement un futur employeur ;

4- pour ceux qui sont plus âgés, la formation continue, auto-entreprise. Seuls les dinosaures croient encore qu'un diplôme après bac pourra servir pour toute une carrière professionnelle (d'environ 50 ans, très prochainement)

5- la constitution, aussitôt que possible, d'un réseau de connaissances et d'amitiés, qu'il est judicieux d'entretenir (petits messages, vœux, informations personnalisées... Facebook est un leurre, en ces matières) ;

6- veiller à sa réputation (autant qu'à l'estime de soi) : éviter d'exhiber sa vie privée, même si vertueuse et édifiante, sur internet... Tout le monde sait utiliser Google et chaque recruteur le fait ;

7- s'inventer un vrai futur, raisonnable et volontaire, sans rigidité. Aucun employeur n'achète un passé (même si celui-ci peut le rassurer) ;

8- essayer toutes la méthode possible pour éviter de passer par les mailles délétères du matching : candidatures spontanées sans CV aux décideurs, visite sur place de l'entreprise, recommandations périphériques (clubs, associations...).

Mais le meilleur des conseils que je puisse donner à celui qui veut trouver un emploi est de s'engager et d'apporter une contribution, même légère, à son environnement immédiat. Visiter des personnes âgées, donner des cours d'alphabétisation, créer un orchestre, s'occuper d'adolescents en déshérence... est le meilleur moyen de garder son énergie et de trouver un bon emploi rapidement.

Certains pays (notamment scandinaves) s'attachent à promouvoir cette forme d'utilité sociale qu'on appelle l'intelligence contributive : ceux de leurs chômeurs qui s'y adonnent trouvent un emploi 3 fois plus vite !

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