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Crise du levothyrox : et voilà comment les patients victimes d'effets secondaires se débrouillent pour trouver des médicaments qui ne les rendent pas malades
©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Scandale sanitaire en vue

Crise du levothyrox : et voilà comment les patients victimes d'effets secondaires se débrouillent pour trouver des médicaments qui ne les rendent pas malades

Alors que le scandale du Levothyrox est train de dresser les patients contre les laboratoires et le gouvernement, des milliers de personnes obligées de suivre ce traitement se plaignent d'effets secondaires trop conséquents, et réclament un retour à l'ancienne formule. Un retour obtenu car vendredi 15 septembre, Agnès Buzyn a annoncé que l'ancien Levothyrox sera "accessible" d'ici 15 jours.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : En attendant le retour de l'ancienne formule, comment s'organise aujourd'hui la "résistance" face au Levothyrox actuel, par exemple en se procurant "l'ancienne formule" à l'étranger ?

Stéphane Gayet : Il est très exagéré de parler de scandale. Il est utile de rappeler le contexte pour une juste appréciation des faits. Le laboratoire qui commercialise le Levothyrox(lévothyroxine, T4) n’a fait que répondre à la demande de l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM). Cette dernière a demandé au laboratoire d’améliorer la formulation du Levothyrox afin de garantir une stabilité plus importante de la teneur en substance active. Car, ce que l’on oublie souvent de dire, ce Levothyrox était parfois source de difficultés thérapeutiques du fait d’une concentration en principe actif qui pouvait légèrement fluctuer en fonction de la durée et des conditions de sa conservation. La requête de l’ANSM était donc tout à fait justifiée et ledit laboratoire a donc procédé à une révision de la formulation du médicament afin de satisfaire à cette exigence. Il n’y a eu aucune intention particulière de sa part ni aucune dissimulation. Le laboratoire a dû pour y parvenir modifier les excipients du médicament. Ces excipients sont des substances pharmaceutiques neutres, c’est-à-dire sans effet pharmacologique significatif. Ils doivent appartenir à une liste d’excipients autorisés qui ont fait l’objet de tests d’innocuité et de neutralité. Il n’y a aucun secret sur ce point.

La commercialisation de la nouvelle formulation s’est effectuée en mars 2017. Contrairement à ce que l’on écrit souvent, il y a eu une campagne d’information appropriée en direction des pharmaciens et des médecins. Cette information a été largement diffusée. On a bien précisé qu’il pouvait y avoir de petites modifications d’efficacité par rapport à la précédente formulation et qu’il convenait, pour certains patients, de réaliser un dosage hormonal quelques semaines après le début de la prise de la nouvelle formule. Les couleurs des boîtes et des blisters ont été modifiées pour éviter de confondre les deux formes commerciales.

Il est également important de dire que les hormones sont des molécules physiologiques agissant à des concentrations très faibles. Les hormones thyroïdiennes physiologiques (T3 et T4) ont un rôle central, d’une extrême importance, dans le métabolisme général et l’équilibre physiologique de la personne. Chacun de nous est très sensible à de minimes fluctuations de ces hormones qui ont action sur tout notre corps. Chez une personne qui est en hypothyroïdie et qui est traitée par hormone thyroïdienne T4 (Levothyrox), il est souvent difficile de trouver la posologie qui lui convienne tout à fait. Beaucoup de facteurs peuvent intervenir sur l’équilibre thyroïdien qui est donc vraiment difficile à obtenir. Ce qui explique que de légères modifications de la concentration en T4 sont en général fortement ressenties.

Il est également utile de préciser que plus de 99 % des personnes sous Levothyrox n’ont pas eu à se plaindre de la nouvelle formulation. Ce qui n’enlève rien à la gêne et aux doléances de celles qui s’en sont plaintes.

Il y a à ce jour environ 9000 personnes qui ont enregistré une plainte contre ce nouveau Levothyrox. Dans certains cas, les doléances ont une autre origine, comme cela a été montré par une enquête approfondie : rôle d’un autre médicament pris en même temps, modifications d’habitudes de vie, choc affectif… Il n’en reste pas moins vrai que nombre de personnes ont bien du mal à s’accommoder de cette nouvelle formulation. Beaucoup d’entre elles se sont tournées vers la forme pédiatrique liquide de T4. Cette démarche à laquelle participent des médecins est préjudiciable : elle risque d’entraîner une pénurie dont vont pâtir les enfants hypothyroïdiens et l’adaptation posologique peut être délicate pour l’adulte. Une demande officielle a été faite pour que cesse cette pratique déviante.

De nombreuses personnes se sont fournies en Levothyrox ancienne formule dans des pharmacies de pays étrangers limitrophes, en particulier la Belgique.

On voit en effet qu’une « résistance » s’organise, mais rappelons que plus de 99 % des personnes traitées se sont bien accommodées de la nouvelle formulation.

Quelles solutions restent-ils pour ceux n'ayant ni accès à des anciens stocks, ni à des médicaments de substitution?

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé jeudi 14 septembre qu’une solution allait être dans les jours qui viennent proposée aux personnes qui ne supportent vraiment pas la nouvelle formulation. Il est certain que cette masse phénoménale de plaintes a eu un effet décisif sur la mobilisation des autorités de santé.

Comme cela a été dit plus haut, un certain nombre de doléances attribuées à ce nouveau Levothyrox ont en réalité d’autres origines. Il appartient aux patients et aux médecins de faire la part des choses avec impartialité. Par ailleurs, un très grand nombre de gênes ressenties sont de nature hormonale, c’est-à-dire qu’elles sont dues à un déséquilibre thyroïdien en rapport avec une légère modification de la concentration de T4 dans le sang, liée à cette nouvelle formulation. Avec plus ou moins de difficultés, ces personnes devraient parvenir à retrouver un équilibre thyroïdien en procédant à un ajustement posologique. Les effets secondaires attribuables aux nouveaux excipients sont fort rares, mais peuvent néanmoins être évoqués chez certaines personnes.

Dans tous les cas, la solution passe par un avis médical, le plus souvent un endocrinologue. L’équilibre thyroïdien est trop important pour l’état général, pour que l’on puisse laisser sans solution les personnes qui ne parviendraient pas à le retrouver.

Quelles sont les chances de voir le laboratoire faire marche arrière, et commercialiser les anciennes formules?

Il est peu probable que le laboratoire fasse marche arrière, pour toutes les raisons envisagées. En revanche, la remise temporaire sur le marché de l’ancienne formulation en parallèle avec la nouvelle pourrait s’envisager, le temps de comprendre la raison des gênes éprouvées par chacune des personnes concernées. Il faut quand même rappeler le contexte de cette modification du Levothyrox : l’ancienne formulation présentait des faiblesses que pallie la nouvelle. Les difficultés et parfois les détresses éprouvées par les personnes se plaignant de cette nouvelle formulation sont réellement prises en compte ; pour preuve la réaction de notre ministre de la santé et la succession de mises au point de la part des instances concernées. Mais ne parlons pas de scandale. C’est une affaire très sérieuse eu égard au très grand nombre de personnes traitées par Levothyrox. Elle sera traitée jusqu’à la satisfaction de chacune d’elles.

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