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La COP21 a débuté dimanche 29 novembre, sous haute surveillance.
La COP21 a débuté dimanche 29 novembre, sous haute surveillance.
©Reuters

Deux types de menaces

COP21, ni voiture, ni transport en commun : mais que redoutent les pouvoirs publics ?

La COP21 a débuté dimanche 29 novembre, sous haute surveillance. Deux types de menaces sont à craindre : celles concernant le terrorisme djihadiste et celles issues des groupes violents qui manifestent leur opposition aux grandes rencontres internationales.

Christophe  Naudin

Christophe Naudin

Christophe Naudin est criminologue, docteur de la Sorbonne, chercheur enseignant pour l’Université Paris II Panthéon-Assas. Spécialisé dans la lutte contre la criminalité identitaire et le terrorisme aérien, il est également formateur pour la police nationale et la gendarmerie nationale. Il a exercé pendant 20 ans dans de nombreux pays sur les 5 continents, dans le cadre de la coopération technique policière et de défense.

 
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Atlantico : Deux semaines après les attentats meurtriers du 13 novembre, Paris reçoit les représentations de près de 150 pays pour la Conférence sur le climat. Comment le dispositif de sécurité s'organise-t-il ? Et comment ces mesures affecteront-elles la population civile ?

Christophe Naudin : La protection de la COP21 est basée sur la sanctuarisation des zones de rassemblements et de discussions. Deux types de menaces sont à craindre : celles concernant le terrorisme djihadiste, et celles issus des groupes violents qui manifestent leur opposition aux grandes rencontres internationales. Globalement, seuls les franciliens seront touchés par des mesures exceptionnelles de restrictions de circulation dont personne aujourd’hui ne conteste la légitimité. Pour le peuple français le 13 novembre a été une rupture : rien ne sera plus comme avant. La nation a réalisé que quelques-uns de ses fils égarés ont commis l’irréparable et que d’autres tout aussi fous sont encore disposés à répandre le pire par haine. Les français et notamment les franciliens sont disposés à accepter de ne pas se trouver dans les lieux de circulation des délégations ou dans les endroits à forte concentration de foules dans Paris.

Périphérique bouclé, produits inflammables interdits à la vente en Ile-de-France, transports en commun gratuits... Quelle(s) logique(s) y a-t-il derrière chacune des mesures qui ont été prises ?

Seule solution, isoler les lieux et les personnes à protéger en établissant plusieurs périmètres infranchissables. C’est ce qui sera fait au Bourget, autour des hôtels accueillants les 147 délégations, et le long des trajets dans la capitale et en banlieue. Pourquoi fermer le périphérique et certaines portions d’autoroute ? Plusieurs raisons : 1 – faciliter la circulation des nombreuses délégations sur des axes très fréquentés, 2 – Respecter les horaires et assurer la protection de tous les invités dans des délais raisonnables, 3 - empêcher un véhicule kamikaze de se pré-positionner sur le trajet ou d’approcher une cible. Les forces de l’ordre seraient surprises et démunies devant une irruption inattendue ou une explosion. C’était la seule solution.

Dans une métropole de 10 millions d’habitants, la raison ne va pas de soi. Une telle protection créé forcément des nuisances fortes et des mécontents. Notre liberté de déplacement est restreinte. Toutefois, contrairement à d’autres évènements, la population parisienne, encore marquée par les attentats du 7 janvier et du 13 novembre, accepte sans rechigner ces contraintes. Pour compenser ces nuisances et inciter à ne pas se déplacer, les transports publics seront gratuits. Nous l’avons bien compris : l’idéal à Paris et dans la petite couronne, c’est de rester chez soi dimanche et lundi.

Quelle est la nature de la menace concrètement ? Quels sont les scénarios d'attaques terroristes les plus redoutés par les organisateurs en charge de la sécurité ?

La nature de la menace a fortement évolué en quelques années. Nous savons désormais qu’elle est principalement interne et dissimulée au sein même de notre nation. Au-delà du djihadisme de quelques détraqués, s’y ajoute d’autres menaces comme les « black blocs » (groupe de manifestants violents d’ultra gauche), les ZADistes (Zones à Défendre) informels qui s’improvisent défenseurs de tout et n’importe quoi, les no- border, les anarco-autonomes, les écolo-terroristes, etc. Tous ces groupes extrémistes, peu structurés, sans hiérarchie véritable, incapables d’accéder aux sites protégés, pourraient bien s’en prendre aux transports publics, ou aux façades des grandes entreprises de la capitale qui seraient selon eux des symboles économiques anti-écologistes.

D’un côté nous avons à lutter contre le terrorisme djihadiste qui s’attaque à nos valeurs, de l’autre nous devons contrôler le terrorisme écologique de déstabilisation qui souhaite s’en prendre à notre mode de vie. La tâche n’est pas simple. Les premiers rêvent d’attentats de masse avec un maximum de morts, les autres de tout casser avec l’excuse de dire qu’ils agissent pour le bien de la société civile.

On peut imaginer que les effectifs se concentreront sur les lieux où se déroulera la COP21. Les civils représenteront-ils une cible plus facile ? Quelles seront les endroits les moins protégés ?

Renoncer à nos facilités de circulation était un sacrifice impératif si nous voulions avoir une chance d’accueillir les délégations étrangères, notamment asiatiques et anglo-saxonnes. La vraie résistance est de ne pas renoncer. Nous l’avons fait. Pour autant, les autorités françaises ont bien conscience qu’il est indispensable de ne pas déshabiller Paul pour habiller Jean. Paris n’est pas la France. Le reste du territoire national et de la population reste bien entendu sous surveillance. Toutes nos forces sont mobilisées dans les grandes villes françaises. La vraie question est plutôt de savoir comment nous arriverons à ménager nos forces de l’ordre avec des effectifs et un budget inadaptés à une situation géopolitique critique. Mais ça, c’est une autre histoire…qu’il faudra bien aborder un jour.

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