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Les professeurs de fitness ont-ils tendance à aller trop vite pour « vendre » des résultats rapides aux personnes souhaitant s'entraîner et pratiquer une activité physique ?
Les professeurs de fitness ont-ils tendance à aller trop vite pour « vendre » des résultats rapides aux personnes souhaitant s'entraîner et pratiquer une activité physique ?
©J.Leibson / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Sport pour tous

Cette vaste demande du marché que l’industrie du fitness ne parvient pas à comprendre

Les professionnels du fitness ont tendance à enseigner des mouvements ou des méthodes de plus en plus difficiles, qui ne sont pas tout le temps adaptés aux personnes souhaitant s’entraîner ou effectuer une séance de gymnastique.

Jean-Cyrille  Lecoq

Jean-Cyrille Lecoq

Jean-Cyrille Lecoq est psychologue du sport, coach et préparateur mental. 

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Atlantico : Dans les salles de sport, les professeurs de fitness ont-ils tendance à aller trop vite pour « vendre » des résultats rapides ? Comment l’expliquer ?

Jean-Cyrille Lecoq : Au regard des échos de la presse américaine, on constate des lacunes au niveau de la formation des coachs sportifs.  Beaucoup d’entre eux pratiquent le fitness ou la musculation. Ils considèrent qu’en ayant pratiqué, cela suffira pour conseiller puis pour « enseigner » leur pratique. Avec ce constat-là, il est clair que l’on risque d’aller trop vite et de ne pas écouter le rythme du pratiquant qui lui aussi à cette illusion. Nous sommes dans une société du culte du corps. En allant vite, on considère que l’on aura plus d’abdominaux pour l’été et pour la plage. Plus ils vont en faire, plus ils vont en avoir. Le rapport au temps est un peu biaisé. Les gens n’ont pas forcément envie d’attendre. Il suffit de voir les publicités pour les systèmes d’électrostimulation. Ces dispositifs d’électrostimulation sont adaptés et utiles pour des personnes qui ont déjà une base de musculation ou lorsqu’ils ont été blessés, cela leur permet de perdre le moins de muscle que si elles ne faisaient aucune activité. Mais ce dispositif seul ne va pas permettre de se muscler. Le paradoxe est que comme vous avez une contraction musculaire, cela envoie un signal de douleur et comme il est tentant de se dire qu’en se faisant mal on travaille bien, il y a en réalité un risque de se blesser.      

Selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies, 75% des Américains, n’atteignent pas les minimums recommandés en matière d’exercice. Y a-t-il un problème dans les méthodes d’apprentissage ? Est-ce le cas en France ?

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En France, cela peut se faire via une prescription médicale. L’idéal, si nous étions beaucoup plus stricts, il serait important de réaliser un vrai test d’effort. La mode actuellement est la pratique du cross-fit. Lorsque l’on étudie véritablement qui sont les personnes les plus susceptibles de bénéficier de cette pratique, il s’agit en réalité d’individus qui faisaient déjà de la musculation. Ils ont très peu de problèmes avec l’haltérophilie ou de problèmes de dos.

L’avantage du cross-fit est que vous sortez de la routine. Vous vous dépensez, vous allez courir, vous faîtes de la corde… Tout cet enchaînement en aérobie va vous permettre de perdre du poids et de vous muscler. Mais si votre rythme cardiaque n’est pas surveillé et scruté via un test d’effort, vous pouvez avoir des surprises plutôt désagréables. Il peut donc y avoir du laisser-aller sur cette question du test d’effort. L’idée qu’en se faisant mal on travaille bien et que l’on va se muscler reste malheureusement dans les esprits des pratiquants.  

J’enseigne à l’université, en STAPS. Nous nous rendons compte que le sport prescrit à des personnes ayant des pathologies beaucoup plus graves comme le cancer et le diabète, avec un suivi médical et un encadrement, et les conseils qui seront prodigués vont être beaucoup plus bénéfiques et adaptés au rythme de la personne. Les effets du sport dans ce cadre particulier et avec ces conseils sont bénéfiques.  

L’idéal serait de considérer qu’une personne normale devrait montrer des examens poussés pour véritablement s’ajuster et vérifier si elle bien capable de tenir le rythme que l’on va lui imposer. C’est rarement le cas malheureusement.  

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Dans le but de progresser efficacement et de manière saine, quelle est l’importance d’apprendre des mouvements simples et efficaces ? Est-il dangereux de vouloir « aller trop vite » sans passer par les bases ? Quels sont les risques ? Les exercices pour débutants sont-ils traités comme une niche ? Faut-il recourir à de la simplicité et des exercices ludiques ?

Si on s’appuie sur les neurosciences, il est possible de citer l’exemple des neurones miroirs. Ces neurones nous permettent, en regardant quelqu’un, d’apprendre le geste technique. D’une manière très rapide, nous allons avoir tendance à copier le geste que l’on observe. En revanche, la réalisation du geste nécessite un apprentissage. En ne le faisant pas bien, le risque est d’occasionner des lésions.

J’ai formé de nombreux professeurs dans des salles de gym. Beaucoup de gens font du rameur. En général, l’erreur qui est commise lors de cette activité est de tout focaliser sur les bras. Le rameur, lorsque vous en faîtes vraiment, cela vient des jambes en réalité. Une bonne position au niveau du dos et des jambes va vous permettre de ne pas vous blesser. Par contre, si vous tirez tout le temps au niveau des bras et des épaules, vous risquez de vous blesser, notamment au niveau du bas du dos. A la base, le rameur est un sport qui est plutôt intéressant car il est complet. Il vous permet de vous muscler le dos et les abdominaux. Mais en ne le faisant pas bien, vous pouvez vous blesser.

C’est un peu le problème que nous avons avec la télévision. Lorsque l’on regarde du sport professionnel sur un écran où l’on assiste à une facilité du geste technique, en tant que spectateur, nous avons l’impression que cela est facile à réaliser. Ce que l’on oublie, c’est que ces sportifs ont pratiqué pendant des années. La télévision rend le geste facile alors qu’il y a un apprentissage dans le bon geste. Cela peut faire référence à la biomécanique. Il y a une illusion de facilité lorsque l’on regarde des sports professionnels et que l’on contemple certains gestes alors qu’ils ont nécessité tout un apprentissage et un entraînement au long cours. Dans les salles de sport, ce critère est souvent oublié. Les pratiquants considèrent qu’ils maîtrisent leur environnement ou certains outils dans cet environnement connu de la salle de gym et qu’ils n’ont pas besoin d’apprendre. C’est bien souvent lorsqu’une douleur ou qu’une lésion arrive que les personnes s’aperçoivent qu’elles n’ont pas effectué les exercices comme il fallait. La formation joue un rôle crucial également. Accompagner quelqu’un implique de faire attention à différents éléments comme par exemple le fait de savoir si les poids que l’on a mis sont adaptés pour la personne en question.           

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De manière générale, comment différencier les individus qui progressent rapidement et ceux qui n’y  arrivent pas ? Quels sont vos conseils pour faire des progrès rapides, quelle que soit la discipline ?

Pour avoir des progrès rapides, la base est d’avoir une bonne évaluation. Pour avoir une bonne évolution, une évaluation rigoureuse est nécessaire. Si une personne veut progresser au niveau des abdominaux ou souhaite se muscler le bas du dos, il faut déjà voir ses besoins, définir des objectifs en fonction des séances et d’un calendrier précis puis ensuite constater concrètement les avancées et les progrès. L’évolution peut se faire rapidement si vous avez une bonne évaluation au départ et si ensuite il y a une progression qui va permettre à la personne de se rendre compte du travail qu’elle fait. L’évolution n’est pas toujours bien prise en compte car les critères mis en place ne sont pas suffisamment objectifs ou ne sont pas observables.

A partir du moment où vous avez effectué une bonne évaluation, vous ne pouvez que faire des progrès. Avec les montres connectées et en ayant fait une évaluation de votre VO2 max, de votre consommation maximale d’oxygène, vous allez pouvoir vous adapter à l’effort requis vis-à-vis de votre VO2 max grâce à la montre connectée. Il est possible de se surveiller et de voir les progrès par rapport à cela. Tout ce qui est embarqué et connecté peut donc être une aide intéressante. Mais cela nécessite que les personnes qui vous évaluent soient en capacité de maîtriser aussi ces objets-là. La formation va donc être importante.

Dans le milieu du fitness, il y avait beaucoup de différences entre les salles de sport par le passé. A partir du moment où les Australiens et les Américains ont mis en place des programmes comme les miles, une méthode a été généralisée et très cadrée. Cela a permis d’harmoniser les pratiques dans les gymnases. La différence entre les salles de gym s’est donc atténuée. Il y a maintenant de bonnes formations dans les gymnases.

Mais tout va partir d’une bonne évaluation, qui est un critère clé. La personne pourra ensuite progresser rapidement. Il est aussi important de voir si le sport que la personne souhaite pratiquer est réellement adapté pour elle et pour ses besoins. Avec tous les outils embarqués dont nous disposons, notamment pour le suivi du rythme cardiaque, il est assez facile d’évaluer ces besoins.      

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