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Bruno Le Maire Emmanuel Macron confinement reconfinement stratégie économie
Bruno Le Maire Emmanuel Macron confinement reconfinement stratégie économie
©CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

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Ce 2ème confinement coûtera moins cher que le premier mais le déconfinement, lui, coûtera bien davantage

La saison 2 du confinement coûtera moins cher à l’Etat que la saison 1, mais le 2ème déconfinement risque de coûter beaucoup plus cher parce qu’il s’annonce très long... Au moins six mois.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Rien à voir avec le 1er confinement. À commencer par le climat. En mars, le soleil était de la partie, en novembre c’est la pluie et le froid qui vont rythmer la vie quotidienne. Mais c’est un détail. 

Le premier confinement a mobilisé plus de 450 milliards deuros pour venir en aide aux entreprises et aux salariés. Sur ces 450 milliards, beaucoup de prêts garantis par l’État mais qui ne coutent rien à l’État, du moins pour l’instant. On verra s’ils seront remboursés ou pas l’année prochaine (chaque chose en son temps). Beaucoup de rentrées fiscales et sociales en moins, compte tenu de l’arrêt total des activités (près de 150 milliards d’euros), les dépenses de chômage partiel (50 milliards) et autant de prestations, soutiens directs et revalorisation des dépenses de santé.

Ce premier confinement a pris fin assez brutalement, dans un climat pas euphorique mais presque, en laissant l’impression que la guerre contre le virus était finie. Résultat : la machine économique a rebondi de façon très spectaculaire ( plus de 18% de croissance au 3E trimestre ) et en dehors des secteurs de l’hôtellerie et de l’aéronautique, la plupart des secteurs ont récupéré des vitesses de croisière assez rapides, y compris les industries manufacturières qui, avec l’agro-alimentaire, ont permis à la balance commerciale de devenir excédentaire, ce qui est un exploit. L’exploit est imputable à la reprise vigoureuse des pays émergents qui sont acheteurs de produits assez sophistiqués et de services qui vont avec. Ce premier déconfinement s’annonçait plutôt bien, avec le seul problème pour la France d’engager des investissements de mutations structurelles dans le digital, la réindustrialisation et la transition énergétique. Au passage, le ministère de l’économie de Bruno Le Maire avait été rebaptisé ministère de l’économie et de la relance.  Mais au-delà des mots, il se dotait, avec des financements européens, d’un budget d’investissements conséquent de 100 milliards sur deux ans.

Ce deuxième confinement a surpris tout le monde, évidemment, mais les chefs dentreprise ont retrouvé les réflexes appris pendant le premier, avec des conditions beaucoup plus souples que lors de la saison 1. En bref, les écoles restantes ouvertes, les transports en commun aussi et les services publics également, la plupart des activités vont pouvoir continuer de tourner sauf celles du commerce qui sont soupçonnées de faire circuler le virus. Par conséquent, le PIB va être moins attaqué, donc plus de rentrées fiscales qu’en avril et mai dernier, plus de charges sociales etc..

Les conditions de ce confinement saison 2 concoctées par une administration qui ne connaît que le bâton pour se faire obéir, ne sont pas du goût de tout le monde. Les petits commerces sont en colère contre l’Etat. Le télétravail, qui avait été plébiscité la première fois, est plus difficile à démarrer et pas seulement parce que le soleil n’est pas au rendez-vous. Le télétravail n’est que recommandé.

En résumé, ce confinement concerne surtout les adolescents et les étudiants pour qu’ils fassent moins la fête et les « vieux , les seniors » pour les protéger. Les autres catégories d’âge qui forment le gros des troupes actives sont invitées à rester au travail.

Normalement, selon une estimation rapide, ce deuxième confinement va mobiliser deux fois moins d’argent que le premier. Des aides directes oui, pour calmer les commerçants, les fleuristes, les restaurateurs et les libraires, des allocations de chômage partiel pour ceux dont l’employeur a fermé boutique parce que le chiffre d’affaires ne leur permettait même pas de payer le loyer qu’il faudra renégocier... mais au total, moins de manque à gagner fiscal et social et moins de dépenses (environ 15 milliards par mois).

Globalement, le PIB annuel va encore s’enfoncer de 1,5 % pour terminer l’année 2020 aux alentours de -11,5%, sachant que le premier chiffre après la virgule représente la marge d’erreur, on espère que les économistes ne vont pas perdre leur temps à débattre sur cette prédiction.

Le vrai problème nest pas dans le confinement. Le vrai problème va être dans le déconfinement. On sait désormais qu’on a quand même raté le premier confinement.  Le gouvernement va sans doute annoncer la levée officielle du confinement vers le 15 décembre, pour que la France se donne l’illusion de passer des fêtes de Noël normales, mais en réalité, les conditions du déconfinement seront très restrictives pour éviter une explosion et un réveil du virus pendant et après les fêtes. Et les conditions restrictives du déconfinement finiront par ressembler à un confinement qui ne dirait plus son nom.

Ce déconfinement relatif va alors coûter très cher pour trois raisons :

Dabord, parce que lactivité économique va tourner au ralenti. Contrainte et forcée compte tenu de la chape d’inquiétude qui paralyse les consommateurs et les investisseurs.

Ensuite, parce que les secteurs très abimés que sont le tourisme, lhôtellerie, les transports aériens et la construction aéronautique nont aucune raison et aucun moyen de redémarrer. Il va donc falloir continuer de les perfuser. Le secteur immobilier peut lui aussi s’effondrer. Pas de projets, pas d’acheteurs et des vendeurs en mal de trésorerie.

La grosse difficulté va être, comme à l’hôpital, de récupérer et gérer après le covid les entreprises qui étaient en risque avant et qui ont bénéficié des aides pour survivre. Les entreprises malades avant le seront encore davantage après.

Enfin, parce qu’en dehors des pays émergents, aucun pays développé na de raison et de moyen de sortir dune croissance molle. Tous sont logés à la même enseigne du coronavirus. Toute l’Europe. Et qui plus est, nous navons aucune certitude sur lissue du Brexit, limpact des élections américaines et encore moins sur l’évolution de l’épidémie.

Ajoutons à cela un point auquel tout le monde pense sans oser en parler : rien, après cette deuxième vague, ne nous protège d’une troisième. 

Alors, si on trouve un vaccin ou un traitement, ce sera différent. Évidemment, mais les « si » ne s’arrêteront pas de sitôt !

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