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Les pays émergents vont-ils 
faire du café un produit de luxe ?
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Les pays émergents vont-ils faire du café un produit de luxe ?

Le café, ce produit de grande consommation, connaît désormais un nouvel essor. Nouveaux consommateurs, nouveaux producteurs. Analyse caféiné de Jean-Paul Charvet, professeur de géographie agricole et rurale

Jean-Paul Charvet

Jean-Paul Charvet

Jean-Paul Charvet est professeur émérite de géographie agricole et rurale à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense. Il a publié récemment L'Atlas de l'agriculture chez les Editions Autrement.

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Atlantico :Pourquoi cette croissance presque soudaine de la consommation de café?

Jean-Paul Charvet : Cet essor ne vient pas des pays riches qui sont pourtant les principaux consommateurs de café (Japon, Etats-Unis et Union Européenne) car chez eux, la consommation est stable au fil des années. Ca bouge du côté des pays producteurs comme le Brésil chez qui la consommation a augmenté de 16% en cinq ans. Et puis, il y a des pays comme la Chine qui partait d'un niveau très bas chez qui la consommation a été multipliée par 2,5. En 2007-2008, les besoins étaient de l'ordre de 300 000 sacs de café de 60 kilos. Aujourd'hui, c'est 800 000. Cela reste en dessous des 46 millions de sacs de l'Union Européenne ou des 20 millions brésiliens mais cela reste la croissance la plus rapide. Suivent de très près également la Corée du Sud et les Philippines.

Quel est le visage de ces nouveaux consommateurs ?

Ce sont des urbains, des gens qui viennent des villes et qui sont plutôt branchés. Par exemple en Chine, le café est un signe de distinction sociale, de promotion. Il s'agit vraiment d'une consommation ostentatoire qui veut dire deux choses : premièrement, je suis financièrement à l’aise et de deux, je m’occidentalise, je rentre dans la civilisation du monde moderne.

Ces nouvelles tendances profitent forcément : qui se taille la part du lion dans l'industrie du café?

Les marchés n'ont pas énormément bougé. En gros, la production mondiale c'est : 60% de café arabica (de meilleure qualité) et 40% de robusta. Le Brésil produit les deux et reste le premier exportateur et producteur. Il réalise  28% des exportations mondiales derrière- c'est là la nouveauté- le Vietnam (18%) et la Colombie. Finalement, la donne n'a pas trop changé. Ce qui peut éventuellement influer, ce sont les aléas de la production d’une année sur l’autre à cause des conditions climatiques par exemple.

Il est vrai que le cours du café a atteint des sommets mais cela concerne tous les autres produits agricoles. Il faut faire attention et bien garder en tête les échelles de temps. Sur cinq ans, il y a eu une hausse des prix des céréales, de l'huile et des autres matières premières. La tendance globale était tout simplement à la hausse.Cela a démarré vers 2005 et les marchés ont changé à partir de cette date puisqu'on a atteint les limites de production de la planète.

 Pour le café, c'était exactement pareil. En 2005, une livre de café vallait entre 50 et 60 cents (un demi dollar) par livre. Entre 2008-2009, il fallait compter 125 cents par livre et puis les prix se sont envolés en 2011 pour atteindre 235 cents la livre en avril (2,35 dollars). Oui, il y a eu une explosion. Mais depuis, les prix ont rebaissé tout en restant à des niveaux élevés. A la mi-juin de cette année, on  était à 140 cents la livre. Comme toute denrée alimentaire, les prix fluctuent et sont donc instables mais cela n'a rien d'affolant ou de révélateur : la production arrive à suivre la consommation sans problème. Et puis, les pays riches ne consomment pas plus qu’avant et il faut se souvenir que ce sont eux la locomotive dans ce marché.

Plus de consommateurs de café, cela signifie de vraies conséquences pour d'autres produits? Le thé ou le sucre peut-être?

Pas vraiment car le marché du café, c'est 25 millions de producteurs et 50 millions de consommateurs. C'est un marché à part complètement géré par des petits producteurs et des multinationales (Nestlé, Philipp Morris). Le thé est une habitude culturelle ( en Grande-Bretagne notamment) donc ça ne bouge pas, les Américains sont accrocs au café donc ils n'ont aucune raison de passer au thé et puis avec le sucre, on peut produire de l'éthanol alors un léger changement de la consommation de café ne va pas avoir un grand impact! Le café, c'est un marché qui n'a pas de relations extra-conjugales !

Jusqu'où va se poursuivre l'essor du café ? Sera t-il un jour un produit de luxe ?

Globalement, la production a augmenté de 9% et la consommation suit à peu de chose près. Ce n'est donc pas un rythme fou. Il ne faut pas spéculer sur l'avenir du café car aucun élément ne le permet vraiment. Les pays riches qui sont des connaisseurs vont à la rigueur rechercher des variétés nouvelles de café, de nouveaux goûts mais c'est tout.

Le café reste le produit-phare du commerce équitable. Il y a un système de prix garanti donc luxe et café, cela reste pour le moment assez antinomique.

Malgré cela, peut-on craindre des répercurssions un jour sur l'expresso de notre bistrot parisien ?

Il y a tellement d'intermédiaires entre producteurs et le café qu’on va boire qu'on ne peut pas ressentir les fluctuations. Un petit noir au comptoir à Paris, cela va facilement vous coûter deux euros. Or, le patron du bistrot avec un kilo de café, il en fait une centaine d'expressos donc comme produit brut de sa vente,  il touchera 200 euros pendant que le petit producteur, lui, touchera 2e pour son kilo de café.

Il y a un écart de 1 à 100 et même si le patron du troquet a des coûts (salariés, entretien de sa machine,...), il tire du bénéfice de chaque café vendu. Donc même si le prix du café augmente de 30% demain, cela ne bouleversera jamais le consommateur européen. Cela servira à la rigueur de bonne excuse aux patrons de bistrots pour augmenter les prix.

Propos recueillis par Valérie Meret

 

 

 

 

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