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©RYAD KRAMDI / AFP

Bilan 2019

Bilan 2019 : une année de révoltes mais pas de révolutions

A l'occasion de la fin d'année, Atlantico a demandé à ses contributeurs les plus fidèles de dresser un bilan de l'année. Aujourd'hui Roland Lombardi, géopolitologue, fait le bilan d'une année synonyme de révolte.

Roland Lombardi

Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant géopolitique indépendant et associé au groupe d'analyse JFC-Conseil. Il est docteur en Histoire contemporaine, spécialisation Mondes arabes, musulman et sémitique. Il est membre actif de l’association Euromed-IHEDN et spécialiste des relations internationales, particulièrement sur la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Il est intervenant à Aix-Marseille Université et à Sup de Co La Rochelle – Excelia Group. 

Editorialiste à GlobalGeoNews, il est par ailleurs un collaborateur et contributeur régulier aux sites d'information Atlantico, Econostrum, Kapitalis (Tunisie), Casbah Tribune (Algérie), Times of Israel. 

Ses dernières publications notables : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Etudes Internationales, HEI - Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l'Orient, vol. 128, no. 4, 2017 et « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Eté 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux.

Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.  

Ses derniers ouvrages sont intitulés Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (janvier 2020) et Poutine d’Arabie, ou comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (février 2020), aux VA Editions.

Vous pouvez suivre Roland Lombardi sur les réseaux sociaux :  FacebookTwitter et LinkedIn

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Hong Kong, Algérie, Liban, Iran, Irak, Chili, France... l’année 2019 aura été marquée par une vague d’importants mouvements populaires parfois très violents. Si le monde paraît en pleine ébullition, il ne faut pas perdre de vue que l’origine et les raisons des colères et des revendications diffèrent de pays en pays.

Sans entrer dans une longue et savante étude sociologique, on peut dire par exemple que les sociétés occidentales sont actuellement traversées par une multitude de crises. Crises identitaires, crises économiques et sociales, rejets du politiquement correct, rejets des élites, rejets de la mondialisation, etc... Il n’y a plus d’idéologie, plus de grandes aventures, de grandes épopées, plus de grands projets... C’est un malaise général et existentiel qui touche le monde occidental. Tous les pays occidentaux connaissent leurs « territoires périphériques » (en référence à la « France périphérique » du géographe Christophe Guilluy) confrontés à la « mondialisation malheureuse ». Alors, à tort ou à raison, la seule alternative politique est représentée par ceux que les médias mainstream appellent « populistes ». Comme par exemple aux Etats-Unis, avec Donald Trump, Boris Johnson au Royaume Uni ou en Italie avec Matteo Salvini. En effet, ces derniers semblent avoir entendu la détresse de leurs concitoyens, su leur parler et surtout avoir su canaliser cette colère. Bien sûr, nous n’avons pas encore assez de recul pour savoir si leurs réponses seront appropriées sur le long terme. Quoi qu’il en soit, au grand dam de certains, leur popularité reste pour l’instant intacte, et ce, en dépit des attaques incessantes de leurs puissants establishments respectifs. Par ailleurs, et nombreux d’observateurs l’occultent, mais c’est ce phénomène qui est peut-être la seule révolution contre le « système », une véritable « révolution démocratique » par le haut et de l’intérieur, qui a éventuellement une petite chance de réussir...

En France, c’est plus compliqué. On l’a vu avec le fiasco de Marine Le Pen en 2017, et celui des Gilets Jaunes plus récemment...

Or, devant le vide et l’absence de réponses politiques, le malaise français est toujours prégnant et beaucoup plus profond que certains ne le pensent. Les grèves contre la réforme des retraites n’en sont qu’une facette. Les frustrations, la déception, la rancœur et le désespoir sont grands et s'enkystent de plus en plus dans les esprits et les cœurs.

Ailleurs, dans le monde arabo-musulman par exemple, comme lors les révoltes de 2011, la jeunesse nombreuse de ces pays (les moins de 30 ans représentent parfois plus de la moitié de la population !) se révolte contre le népotisme et la corruption endémiques dans ces régions. Mais ce sont moins des revendications démocratiques que l’absence totale de perspectives économiques et sociales qui mobilisent tous ces jeunes sans avenir.

A chaque pays sa révolte

Dans l’histoire, l'humanité fut toujours touchée par des poussées de fièvres à chaque grand bouleversement démographique, politique ou surtout technologique. Ce fut le cas par exemple au XVIe siècle avec l’imprimerie, aux XVIIIe et XIXe siècles avec la Révolution industrielle... Plus près de nous, ce fut l'entrée dans la modernité, en 1968, de la génération des baby boomers (plus grosse poussée démographique de l’histoire de l’humanité). Non seulement la France connut de grandes émeutes mais également de nombreux autres pays à travers la planète (Etats-Unis, Chine, Italie, Amérique du Sud, Europe de l’Est, etc.)...

Aujourd’hui, incontestablement, la révolution numérique a son importance dans cette contestation mondialisée.

Les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, YouTube et les blogs) jouent un rôle de défouloir ou de mobilisateur. Mais c’est dans l’information alternative qu’ils ont peut-être plus d’impacts.

Car l’information, c’est le pouvoir, et avec l’omniprésence de ces nouveaux vecteurs, où l’on trouve le meilleur comme le pire, les gouvernements n’ont plus le monopole de l’information et ne maîtrisent plus grand-chose. La « fabrique du consentement » traditionnelle atteint donc ses limites lorsque le consommateur choisit lui-même sa propre source d’information (pertinente ou pas) et que surtout, il peut de moins en moins consommer...

Là où le bât blesse, c’est que tous ces mouvements contestataires ont du mal à se structurer et s’organiser sérieusement. Il n’y a pas de figures emblématiques qui en prennent la tête.

Le poncif des marxistes et de leurs héritiers, à savoir que ce sont les peuples qui font l’histoire, n’est qu’un mythe. Que serait devenue la Révolution russe sans Lénine, la Révolution chinoise sans Mao ou quel aurait été le sort de la Grande Bretagne en 1940 sans Churchill ? Il n’y a pas de Vent de l’histoire. L’histoire est faite par un homme ou un groupe d’hommes plus déterminés que leurs contemporains !

Alors ne nous faisons pas d’illusions : même si les classes dirigeantes sont partout perçues comme hors-sol et discréditées, les États gardent le monopole de la force et possèdent encore de nombreuses ressources pour « s’adapter » et même, à terme, tirer profit de ces vagues de protestations...

Dans toute entreprise ou aventure humaine, il faut un chef d’orchestre.

En définitive, même à l’ère du numérique, pour chambouler de fond en comble un « système » - et c’est un invariant historique - il faut des chefs charismatiques et fédérateurs (souvent issus de ce même « système » !), une organisation efficace et déterminé, une grande cause, bonne ou mauvaise et souvent, l’appui d’une puissance étrangère... Sans cela, les « révoltes » ne se transforment jamais en « révolutions » !

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