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Le prestigieux siège de la police judiciaire à Paris.
Le prestigieux siège de la police judiciaire à Paris.
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Du riffifi au 36

Bernard Petit mis en examen : les dessous du limogeage du patron du 36 Quai des Orfèvres

Un an après sa nomination, Bernard Petit le patron de la PJ est mis en examen pour violation du secret de l’instruction dans l’affaire Rocancourt. Il a été limogé illico. Il ne pourra plus jamais exercer des fonctions de police judiciaire. Du jamais vu dans l’institution policière.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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C’est un séisme. Un tremblement de terre d’une magnitude 10 sur l’échelle de Richter…Voilà ce qu’on entend au plus haut niveau de la préfecture de Police où se trouve la prestigieuse direction de la police judiciaire. Il est vrai que voir le numéro 1 de la PJ, Bernard Petit placé en garde à vue comme un vulgaire délinquant avant d’être présenté à deux juges d’instruction pour y être mis en examen, et éjecté illico de son poste, voilà qui dépasse l’entendement.

Hier, c’étaient des policiers des Stups suspectés du vol de 54 kilos de cocaïne placés dans des scellés. Avant-hier, des policiers soupçonnés de viol sur une policière canadienne en goguette. Il y a un an, le prédécesseur de Bernard Petit, Christian Flaesch avait été prié par le ministre de l’Intérieur de quitter son poste : il avait  commis l’imprudence de prévenir l’ancien ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux d’une  audition prochaine dans le cadre d’une procédure judiciaire…Triste préfecture de Police ! Faut-il  y revoir les méthodes de management ?  La déontologie doit- elle  être revue ?  Du côté du Palais de justice,  on se pose des questions. Surtout que les rapports police-magistrats n’ont pas toujours été au beau fixe. Certains magistrats se souviennent  qu’un directeur de la PJ, en juin 1996,  avait refusé l’assistance de la police pour perquisitionner, à  la demande  du juge de Créteil, Eric Halphen, chez le maire d’alors de Paris, Jean Tibéri. Aujourd’hui, voilà donc la PJ parisienne à nouveau secouée. Et son chef, mis en examen pour violation du secret de l’enquête dans  l’affaire Rocancourt.

Derrière cette affaire, il se dit que  Bernard Petit pourrait être victime d’un règlement de comptes, lui qui aurait œuvré pour que son prédécesseur, Christian Flaesch soit éjecté. Peut-être serait-il temps que certains hauts cadres de la PJ arrêtent de faire joujou et de mêler intérêt du service, querelle de boutiquiers et règlements de compte personnels.  Car un jour ou l’autre, Matignon,  ministre de l’Intérieur et ministre de la Justice  piqueront un coup de sang et demanderont que les deux postes de directeurs de la PJ  soient  dirigés  par  des magistrats. Un serpent de mer qui ressort périodiquement des oubliettes…

Retour en arrière. Depuis avril  2014, les  juges d’instruction Roger Le  Loire et Charlotte Bilger enquêtent sur une histoire de trafic de cartes de séjour dans lequel apparaissent Christian Prouteau, l’ancien patron du GIGN, ex-chef de la cellule élyséenne sous François Mitterrand, Christophe de Rocancourt,  Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d’ Etat à l’intégration de Pierre Bérégovoy, un notaire du Val d’Oise et un avocat parisien, Marcel  Ceccaldi. En principe, ce petit monde doit être interrogé bientôt. Le  4, un policier de la BRIF appelle Prouteau pour lui signifier sa convocation le 7 octobre… Rien que de très normal. L’ancien gendarme qui veut savoir de quoi il retourne, mais qui ignore avoir été placé sous écoutes,  prend contact avec un certain « Philippe »  pour qu’il se renseigne   sur les motifs de la convocation. Dès lors le 6 octobre, commence le bal des portables, où l’on apprend que Bernard Petit , le patron de la PJ  se trouve en contact avec son chef de cabinet Richard Atlan… Lequel  est en contact avec le fameux Philippe  qui n’est autre que Philippe Lemaître, salarié de l’ANAS, association puissante qui gère les œuvres sociales- aide au logement,  colonie de vacances- des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur.  Autre surprise,  les écoutes révèlent que  Bernard Petit  a reçu un coup de fil  émanant du téléphone de … la femme de  Philippe  Lemaître… Quel   mic-mac !   La boucle est (virtuellement)  bouclée quand apparait un quatrième personnage,  le patron de l’ ANAS,  policier à la retraite,  plein d’entregent, Jo Masanet. Proche des milieux francs-maçons, il aurait joué un rôle  non négligeable dans cette histoire de fuites…

Le 7 octobre, comme prévu, Christian Prouteau est placé en garde à  vue et entendu par les policiers de la Brigade de recherches et d’investigations financières ( BRIF).  Il aurait joué les fanfarons, se vantant de  connaître déjà les questions  qui vont lui être posées. Etonnement des policiers qui en parlent aux deux juges d’instruction Roger Le Loire et  Charlotte Bilger.  Furieux, on les comprend, les  deux magistrats demandent et obtiennent un réquisitoire supplétif au Parquet de Paris pour violation du secret l’instruction… L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, est chargée de l’enquête. En attendant d’en savoir un peu plus, les magistrats poursuivent leurs investigations sur cette histoire de trafic de cartes de séjours. Et épinglent  Prouteau qui aurait sollicité le cabinet du préfet de Police pour qu’il regarde  avec bienveillance le cas de deux sœurs marocaines désireuses d’obtenir des papiers.  Or, Prouteau oubliera de dire que les  époux des deux  sœurs se trouvaient en détention. Ce qui va agacer sérieusement le préfet de police. Les deux magistrats épinglent encore Christophe Rocancourt , en cheville avec l’ancien patron du GIGN.  L’ancien secrétaire d’Etat à l’Intégration  d’Edith Cresson et de Pierre Bérégovoy serait également mêlé à ce  trafic… Mais absent de France- il réside au Togo-  il ne sera mis en examen que quelques semaines plus tard…

Pendant ce temps- là,  l’enquête sur la violation de… l’enquête se poursuit. Les  limiers de l’IGPN  épluchent les fadettes de tous les protagonistes suspects. Le nom de Bernard Petit, celui de son chef de cabinet, Richard Atlan apparaissent de plus en plus suspects. Jusqu’à ce que mercredi 4 février,  survienne ce coup de théâtre ahurissant : alors qu’il se trouve en réunion, Bernard Petit se voit interpellé et placé en garde à vue. Du jamais vu dans l’histoire du 36 Quai des Orfèvres. La suite, est terrible : mise en examen des deux policiers et des deux autres acolytes. Le 5, c’est la fin d’une carrière brillante pour Petit. Il est suspendu et démis de ses fonctions… Bernard Petit ne sera resté en poste qu’un plus d’un an. A dire vrai, la greffe n’avait pas pris avec ses collègues. Certains lui reprochaient son ambition à  peine cachée. D’autres trouvaient qu’il accordait une trop grande place à son chef de cabinet qui n’hésitait pas à s’affubler du titre de directeur adjoint alors qu’il n’était que simple commandant de police. Dans les prochaines heures, la PJ parisienne aura un nouveau patron : Christian Sainte,  directeur interrégional de la PJ à Marseille depuis septembre 2012. Fils d’un haut magistrat, âgé de 55 ans, policier au profil  et à la carrière impeccables –il a été notamment patron de la section antiterroriste de la PJ, sous- directeur des ressources humaines et patron de la Brigade criminelle à Marseille-  nul  doute qu’il saura redonner sérénité et prestige au 36 Quai des Orfèvres. 

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