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"Les entreprises restent 
menacées par Al-Qaïda"
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Terrorisme

"Les entreprises restent menacées par Al-Qaïda"

Si la mort de Ben Laden constitue une victoire des Etats-Unis contre la nébuleuse Al-Qaïda, elle ne modifie pas la menace terroriste globale, notamment dirigée contre les entreprises occidentales partout dans le monde. État des lieux et solutions.

Eric  Delbecque

Eric Delbecque

Eric Delbecque est expert en sécurité intérieure, auteur des Ingouvernables (Grasset). Eric Delbecque est expert en sécurité intérieure et en intelligence économique et stratégique, Directeur du pôle intelligence économique de COMFLUENCE et Directeur Général Adjoint de l’IFET (Institut pour la Formation des Élus Territoriaux, créé à l'initiative de l’Assemblée des Départements de France, et agréé par le ministère de l’Intérieur pour dispenser de la formation aux élus). Il fut directeur du département intelligence stratégique de la société SIFARIS, responsable de la sûreté de Charlie Hebdo et chef du département intelligence & sécurité économiques de l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice (INHESJ), établissement public administratif placé sous la tutelle du Premier ministre), directeur de l’Institut d’Études et de Recherche pour la Sécurité des Entreprises (IERSE, institut de la Gendarmerie nationale), expert au sein de l’ADIT (société nationale d’intelligence stratégique) et responsable des opérations d’intelligence économique et de communication de crise au sein d’une filiale de La Compagnie Financière Rothschild.

Par ailleurs, il fut conférencier à l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale), au CHEMI (Centre des Hautes Études du Ministère de l’Intérieur), et à l’École de Guerre Économique. Il a enseigné à Sciences Po (IEP de Paris), à l’ENA (École Nationale d’Administration), à l’IHEDN (Institut National des Hautes Études de la Défense Nationale), à l’ENM (École Nationale de la Magistrature), à l’EOGN (École des Officiers de la Gendarmerie Nationale), à Paris-Dauphine et au Pôle Universitaire Léonard de Vinci. Il est colonel de réserve (RC) de la Gendarmerie Nationale.

Il est l’auteur de nombreux livres portant sur les sujets suivants : l’intelligence économique, la sûreté des entreprises, les stratégies d’influence, l’histoire des idéologies, la sécurité nationale et le management de crise. Il a récemment publié Les Ingouvernables (Grasset) et, avec Christian Chocquet, Quelle stratégie contre le djihadisme ? Repenser la lutte contre la violence radicale (VA éditions). 

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La mort de Ben Laden constitue sans doute une victoire symbolique pour les Américains. Elle permet également d’apaiser le traumatisme né des attentats du 11 septembre 2001. Néanmoins, elle ne change pas fondamentalement la physionomie de la menace terroriste globale. Le danger du terrorisme reste structurel et toujours d’actualité. Ce dernier n’a bien évidemment pas disparu avec celui qui était devenu son emblème.

Sorte de « franchise », Al-Qaïda n’était pas dirigée au sens propre par Ben Laden (laquelle n’est d’ailleurs pas une organisation au sens bureaucratique du mot, mais un réseau !). Inspirateur certes, directeur omnipotent des opérations non ! L’ensemble de ce constat paraît extrêmement naturel et les différents commentateurs ne cessent de le souligner à raison. Les djihadistes ont notamment déjà affirmé qu’ils se vengeraient. Certains mouvements et cellules se réclamant de lui pourraient réagir en préparant des représailles. Mais évaluer tout cela reste de la prédiction hasardeuse…

En tout état de cause, il est nécessaire de ne pas baisser la garde face à ces menaces qui, dans le contexte actuel, présentent une probabilité d’occurrence renforcée.

Les entreprises victimes privilégiées des actes terroristes

En effet, l’appréhension des groupes terroristes est délicate. Tout d’abord, ces diverses entités terroristes opèrent en réseau, et donc souvent de manière autonome. Ensuite, elles agissent à la fois localement, près de leur territoire d’origine (ce qui est sans doute la tendance d’avenir), et/ou mondialement, directement sur le territoire « ennemi », à la manière du 11 septembre. Enfin, n’appartenant pas tous directement à la mouvance Al-Qaïda, leur(s) motivation(s) peuvent être très variées et leurs cibles différentes. Toutefois, les entreprises, perçues comme véhiculant un mode de vie « occidental », une certaine vision du monde, constituent souvent les victimes privilégiées des actes terroristes. Les organisations « cibles » le sont généralement en raison de leur nationalité et de leur position de leader dans leur secteur d’activité (pour un meilleur écho). Mais, au-delà d’une seule entreprise, ce sont des secteurs entiers de l’économie qui peuvent être affectés de manière indirecte par l’action terroriste.

La mort de la figure symbolique de la terreur ne signifie donc pas que le combat contre le terrorisme est remporté. Et l’on peut noter que le maintien de la vigilance s’applique en particulier à l’analyse des menaces que réalisent les entreprises installées dans les zones dites « hostiles ». L’enlèvement des employés d’Areva au Niger avait très clairement montré l’actualité de la menace terroriste et criminelle pesant sur les sociétés implantées dans des pays où sévissent activement des groupes terroristes (type AQMI : Al-Qaïda au Maghreb Islamique).     

Protéger les expatriés et les sites sensibles

Par conséquent, le maintien, et même le renforcement, des dispositifs existants en matière de protection des expatriés et des sites sensibles (notamment dans le domaine des SAIV, c'est-à-dire des secteurs et activités d’importance vitale) doit demeurer un impératif stratégique des entreprises. Et ce d’autant plus que les jurisprudences Karachi et Jolo de 2004 et 2006 ont renforcé les obligations légales pesant sur les entreprises en termes de sécurité.

Il est tout à fait clair que la préservation des personnes en est la première finalité. Mais il en existe une seconde qu’il importe de ne pas négliger : c’est l’objectif médiatique, c'est-à-dire idéologique et symbolique. Les terroristes savent, eux aussi, que le pouvoir d’aujourd’hui est fortement lié à la puissance économique. Il nous faut par conséquent garder à l’esprit que les entreprises ne sont pas davantage à l’abri que les Etats et les citoyens.

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