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Afrique du Nord et Mali : Terrains privilégiés du retour en force d'Al-Qaïda
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Sus aux infidèles !

Afrique du Nord et Mali : Terrains privilégiés du retour en force d'Al-Qaïda

Alors que l'Afrique du Nord devient un gigantesque marché d'armement, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) parvient à trouver un écho de plus en plus favorable, jusque dans la zone saharo-sahélienne du continent. Une situation qui présente un risque croissant pour les Occidentaux en général, et la France en particulier. (Épisode 2/3)

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Si Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) a relativement perdu du terrain en Afrique du Nord dans les années 2008-2010, il semble que la « révolution arabe » lui a apporté un nouveau souffle. L’organisation terroriste représente désormais un risque qui va en s’accroissant, particulièrement pour les Occidentaux en général et pour la France en particulier. Depuis la création de ce mouvement, les objectifs qu’il s’était fixé n’ont pas été atteints. En effet, Abdelmalek Droukdel, l’émir d’AQMI n’est pas parvenu à transformer son organisation en un mouvement populaire et important par le nombre de ses activistes et sympathisants. Il s’est montré incapable d’enflammer l’Afrique du Nord depuis le Maroc en passant par la Tunisie, la Libye jusqu’à la zone saharo-sahélienne. La création espérée du « califat islamique au Maghreb » a été un échec cuisant. AQMI a bien tenté de recruter des étrangers mais les cadres de l’organisation sont toujours très majoritairement des Algériens. Les mouvements islamiques libyens et marocains ont gardé dans leur ensemble leur indépendance vis-à-vis d’AQMI. Cela a démontré que le nationalisme existe même au sein des activistes islamiques radicaux !

Aujourd’hui, la situation est en train d’évoluer plus favorablement pour AQMI. S’étant rendu compte que le djihad contre les infidèles (Américains, Français, Espagnols, Britanniques, etc.) est beaucoup plus mobilisateur que la lutte contre les pouvoirs en place au Maghreb, AQMI a infléchi son discours. Il est désormais plus question de « bouter les infidèles et les croisés » hors des pays musulmans » que d’y prendre le pouvoir par la force. De toutes façons, AQMI est convaincu que les régimes qualifiés d’« apostats » tomberont à terme par eux-mêmes. Les exemples de la Tunisie, de l’Egypte et maintenant de la Libye sont là pour conforter cette idée. Il en découle que, sans abandonner la lutte contre les gouvernants en place et leurs représentants en la personne des membres des services de sécurité accusés d’être les complices des « infidèles », les actions devraient se concentrer sur des objectifs occidentaux. En conséquence, de nouvelles tentatives terroristes telles que des attentats à la bombe et des prises d’otages se sont intensifiées dans la région. En plus d’apporter une publicité à leur combat, ces dernières permettent aux islamistes radicaux d’en tirer de substantifiques subsides issus des rançons versées. Ces sommes importantes permettent d’acheter plus d’armes.

De plus, la révolution a gagné la zone saharo-sahélienne jusqu’au Nigeria. Elle pourrait également contaminer le Burkina Faso, toute la zone étant devenue une véritable poudrière. En tout état de cause, l’Afrique du Nord est maintenant un gigantesque marché d’armements auprès duquel viennent s’approvisionner tous les activistes de la planète.

L’argent des rançons et des trafics permet mais aussi aux activistes salafistes de s’attirer la sympathie des populations, particulièrement dans la zone saharo-sahélienne en leur reversant une partie de cette manne financière. Ils remplacent ainsi les gouvernements locaux qui se montrent incapables de remplir la mission régalienne qui est la leur.

AQMI concentre désormais tous ses efforts sur le « théâtre proche », c’est-à-dire l’Afrique du Nord. Des actions offensives ont désormais lieu en Algérie même, plus particulièrement dans le fief des islamistes situé en Kabylie à l’est d’Alger. En zone saharo-sahélienne, il a été beaucoup question de la « concurrence destructrice » que se livraient les différentes katibas, particulièrement celles d’Abou Zeid et de Belmokhtar. C’est oublier un peu vite que l’immensité de la zone leur permet d’agir indépendamment sans réellement se gêner. De plus, au Mali, les différents groupes sont parvenus à unifier leurs efforts pour vaincre l’armée malienne sans que les pays membres de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) ne puissent réagir efficacement.

Le cas du Mali

En effet, le cas du Mali est exemplaire. La rébellion des touaregs emmenée par le Mouvement de Libération national de l’Azawad (MNLA) de Mahmoud Ag Ghali qui a amené la partition du pays en deux a été dépassée par les islamistes qui ont pris de fait le contrôle du Nord du pays : AQMI, le MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) de Soultan Ould Bady, une formation dissidente d’AQMI composée essentiellement d’arabes mauritaniens et maliens et Ansar Dine du Malien Iyad Ag Ghaly, une figure de la résistance touarègue qui a rejoint l’islam radical. Droukdel, le chef d’AQMI a déclaré avoir mis ses forces à la disposition de Ansar Dine. Le MNLA a pour sa part dénoncé un accord conclu avec Anar Dine estimant que l’application stricte de la Sharia n’était pas dans les traditions du peuple touarègue. On se dirige tout droit vers une « afghanisation » de la région sans que personne ne semble pouvoir s’y opposer et surtout pas le pouvoir malien qui est déchiré en plusieurs factions depuis le coup d’Etat de fin mars 2012. Le péril pourrait s’étendre progressivement au Niger voire au Nord du Tchad à l’Est et à la Mauritanie à l’Ouest. De plus, une conquête du Mali tout entier n’est pas à exclure ainsi qu’une jonction avec les islamistes de Boko Haram dirigés par l’imam Abou Shekau qui contrôlent de fait le Nord du Nigéria. Ces derniers sont ravis de recevoir une aide financière et en armements ayant pour origine la Libye. Cela leur a permis de déclencher une véritable guerre civile anti-gouvernementale et anti-chrétiens coupant littéralement le pays en deux.

Enfin, si la « révolution arabe » représente un challenge idéologique pour AQMI, il n’en reste pas moins que des nouveaux activistes rejoignent actuellement les maquis. Même les autorités algériennes reconnaissent que les effectifs d’AQMI dépasseraient désormais largement le millier de combattants alors qu’ils n’étaient encore que quelques centaines l’année dernière. Cette montée en puissance est favorisée par le fait que le chaos politique règne en Tunisie, en Libye et que les pays du Sahel ne sont pas parvenus à réellement s’entendre pour accroître la coopération sécuritaire qui est indispensable. La faute en revient en partie à l’Algérie qui tient à garder la direction des opérations contre AQMI en excluant le Maroc et l’aide étrangère directe, particulièrement celle venue de France.

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