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Affaire de l’amende de Sarkozy : le défilé se poursuit au pôle financier
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La justice suit son cours

Affaire de l’amende de Sarkozy : le défilé se poursuit au pôle financier

L’ex-avocat de l’UMP Philippe Blanchetier est convoqué mercredi 17 décembre au pôle financier. Dans une note, il avait estimé que le paiement de l’amende de Sarkozy par l’UMP n’était pas illicite. Les juges semblent d’un avis contraire… Explications.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Jusqu’où ira cette histoire d’amende que Nicolas Sarkozy a fait régler par l’UMP ? Le Sarkothon, qui a permis de récolter 11 millions d’euros - objet : renflouer le parti et s’acquitter des dites amendes - s’est-il déroulé dans une transparence totale ? Le président de l’UMP d’alors, Jean-François Copé, va-t-il être à terme interrogé ? Nicolas Sarkozy va-t-il devoir affronter à nouveau des juges d’instruction ?

Pourtant, l’ancien chef de l’Etat, en remboursant il y a peu  à l’UMP les deux amendes respectivement de 363 615  et 153 000 euros que le mouvement avait réglé en 2013 au Trésor public, a montré sa bonne foi. Il n’empêche. Les trois juges d’instruction, Renaud Van Ruymbeke, Serge Tournaire et René Grouman  poursuivent leurs investigations, commencées en octobre 2014 à la suite d’un signalement des deux commissaires aux comptes qui ont vu dans cette substitution de paiement la commission du délit d’abus de confiance.  Aussi, les magistrats, après avoir convoqué l’ex-directrice financière du Parti, Fabienne Liadzé, puis l’ancienne trésorière de l’UMP, députée de la Marne, Catherine Vautrin, viennent-ils de faire de même avec Me Philippe Blanchetier, ancien avocat de l’UMP.  Lequel devra répondre à leurs questions, ce mercredi 17 décembre.

 

>>>>>> A lire également : Amende infligée à Nicolas Sarkozy : vers une mise en examen de l'ex-trésorière de l’UMP ? Catherine Vautrin convoquée le 4 décembre par 3 juges du pôle financier

 

A l’issue de ce face à face, Me Blanchetier sera soit placé sous le statut de témoin assisté, soit mis en examen. Les magistrats souhaitent l’interroger, entre autres, sur une note de 2013 rédigée par ses soins, qui estimait que le paiement de ces deux amendes par l’UMP - au lieu et place de Nicolas Sarkozy - n’avait rien d’illicite. Elles ont été infligées, non seulement à la suite de l’invalidation de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel mais aussi au titre de l’avance forfaitaire de 153 000 euros qu’il devait restituer. Me Blanchetier, dans ce document, n’a jamais fait la moindre allusion à une quelconque infraction pénale, restant exclusivement sur le terrain fiscal. Du reste, il peut faire valoir un argument qui accrédite la thèse de l’absence d’infraction : le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) vient de lui restituer les pièces saisies à son cabinet. Motif : rien dans ces dernières ne laisse entrevoir une faute pénale. La direction des affaires juridiques du ministère de l’Economie et des Finances partageait l’avis de l’avocat.

 

Seulement voilà : alors qu’en 2013 les deux commissaires aux comptes n’ont décelé aucune faute dans ce fameux paiement par l’UMP, voilà qu’ils se réveillent fin juin 2014 et saisissent le parquet de Paris… Coïncidence : cette prise de conscience qui semble avoir longuement muri, intervient quelques jours après le fameux déjeuner chez Ledoyen entre Jean-Pierre Jouyet secrétaire général de l’Elysée et François Fillon. C’est au cours de ce repas que l’ancien Premier ministre aurait demandé à Jouyet, qui fut son secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, d’accélérer cette procédure sensible contre Sarkozy. Ce qu’a vigoureusement démenti François Fillon.

En tout cas, à la suite de l’initiative des deux commissaires aux comptes, le Parquet ouvre une information judiciaire pour abus de confiance. Le délit est-il vraiment constitué ? Pour qu’il le soit, il aurait fallu, selon des juristes, que les 11 millions d’euros récoltés lors du Sarkothon aient servi, par exemple, à acheter des parkings ou des appartements. Or l’objectif  de l’opération - paiement des amendes, remboursement des dettes du parti - correspond bien à ce qu’attendaient les souscripteurs. Aussi, ces derniers se sont-ils montrés généreux en toute connaissance de cause. Cette transparence, Catherine Vautrin, la trésorière de l’UMP jusqu’en juin 2014, la revendique également. C’est elle qui a signé en novembre 2013 l’ordre de virement vers le Trésor public. Entendue par les magistrats le 4 décembre, pendant cinq heures, elle a répété que le Sarkothon avait été décidé à la suite d’une délibération du bureau politique du parti le 8 juillet 2014. Elle a aussi confirmé que les donateurs se sont décidés en sachant parfaitement qu’une partie de cette collecte servirait à rembourser l’emprunt à la Société Générale, une autre à régler l’avance forfaitaire de 153 000 euros consentie à Nicolas Sarkozy, une troisième à rembourser le montant du dépassement de ses frais de campagne, soit 353 615 euros. Il est fort possible que cette affaire - une non-affaire pour ses protagonistes - devienne un véritable casse juridique et qu’on en arrive à cette conclusion : beaucoup de bruit pour rien… Sauf que pour l’heure, les limiers de l’Office anticorruption, surpris de la rapidité - deux mois -  avec laquelle les 11 millions ont été récoltés, poursuivent leurs investigations : ils veulent se voir remettre la liste de tous les donateurs. Une perspective qui semble laisser de marbre l’état-major de l’UMP.

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