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Des Kurdes manifestent devant la Maison Blanche
Des Kurdes manifestent devant la Maison Blanche
©REUTERS/Yuri Gripas

Prospective

A quoi ressemblerait un Kurdistan qui finirait par arracher son indépendance ?

Le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, demandait le 3 juillet à son Parlement d'organiser un référendum d'indépendance, alors que l'Irak menace aujourd'hui d'imploser face à l'offensive des djihadistes de l'Etat islamique. Une indépendance qui, aux yeux des Kurdes, est plus que jamais "probable et nécessaire".

Olivier  Grojean

Olivier Grojean

Olivier Grojean est maître de conférences à l'Université d'Aix-Marseille et spécialiste de la Turquie et du Kurdistan.

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Atlantico : L'indépendance du Kurdistan est-elle possible et envisageable ?

Olivier Grojean : Elle n'a jamais été aussi probable et nécessaire pour les Kurdes qu'aujourd'hui. Cela ne veut pas dire qu'elle aura lieu très vite, car les Kurdes ne s'opposeront jamais militairement à Bagdad sur le sujet. Il leur faudra aussi l'aval de la communauté internationale toute entière pour pouvoir proclamer leur indépendance, ce qu'ils ne feront sans doute pas de manière unilatérale. Début juillet, le président de la région, Massoud Barzani, a réclamé un référendum d'auto détermination. S'il l'organise, cela lui donnera une légitimité supplémentaire vis-à-vis de l'étranger pour pouvoir enfin obtenir l'indépendance. Si le chaos se poursuit et que l'Etat irakien devient une coquille vide, peu de monde pourra s'y opposer. 
 

Quels sont les scénarios possibles en cas d'indépendance ?

C'est très difficile à dire. Encore faudrait-il que Bagdad ne tombe pas. Or, l'Etat kurde irakien est actuellement menacé sur le plan sécuritaire sur ses mille kilomètres de frontières et sur le plan économique, sachant que 500 000 réfugiés ont afflué dans la région pour fuir les violences de l'Etat islamique. Il est même possible que la région, réputée stable, sombre devant la fuite des investissements et la dégradation de la sécurité. En tout cas, une guerre civile au Kurdistan semble peu probable. Une indépendance, si elle ne fera pas forcément grand-chose pour stopper l'offensive djihadiste, permettra toutefois au pouvoir d'Erbil de se refinancer en relançant ses exportations de pétrole sans aucun problème, ce qui lui est aujourd'hui impossible sans l'aval du gouvernement central irakien. L'indépendance leur permettra ainsi de régulariser la situation et de développer leur économie.
 

Doit-on craindre une "talibanisation" de la région, comme en Afghanistan dans les années 80, en cas d'indépendance ? En 1991, les Kurdes avaient été incapables de surmonter leurs divisions, en dépit de l'obtention de leur autonomie. 

La situation est totalement différente aujourd'hui. A l'époque, il y a quasiment une guerre civile ouverte entre les deux courants politiques rivaux, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l'Union patriotique du Kurdistan  (UPK) Or, ces divisions n'existent plus désormais. Malgré quelques rancunes historiques, de nouvelles formations politiques ont émergé - une preuve de démocratie - et le nationalisme reste fort. En tout cas, il semble peu probable qu'une guerre civile éclate au Kurdistan dans un avenir proche. 
 

Quelles seront les conséquences d'une éventuelle indépendance du Kurdistan sur ses relations avec la Turquie et l'Iran ?

La Turquie a toujours été contre l'indépendance des Kurdes irakiens, est très souvent intervenue au nord de l'Irak pour protéger, selon elle, les Turcomans qui habitent la région, et entretenait de très mauvaises relations avec les formations politiques kurdes du PDK et de l'UPK. Mais depuis 2008, il y a eu un changement total de stratégie avec un rapprochement très fort, à la fois pour des raisons de développement économique, notamment liées au pétrole, mais aussi sans doute pour des raisons de politique interne turque. Tout dépendra de l'avancement de la situation. En tout cas, en cas d'indépendance du Kurdistan irakien, la Turquie n'interviendra pas militairement comme elle le faisait auparavant. Quant à l'Iran, il s'opposera à la partition de l'Irak. Si les Kurdes indépendants laissent s'installer des bases américaines chez eux et se rapprochent des Etats-Unis et de l'Occident, cela ne plaira pas non plus à Téhéran. Mais Barzani pourrait tout à fait conclure des accords avec les Iraniens pour que le Kurdistan indépendant reste neutre.
 

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