"Habile !" : quelle est la véritable histoire de OSS (parfois 117) ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
"Habile !" : quelle est la véritable histoire de OSS (parfois 117) ?
©Gaumont Columbia Tristar Films

Bonnes feuilles

"Habile !" : quelle est la véritable histoire de OSS (parfois 117) ?

Près de trente ans après la chute du Mur et la fin de la guerre froide, l’univers opaque des espions et agents secrets fascine de plus en plus. Or, la réalité s’avère souvent bien éloignée de la fiction. Cet ouvrage de référence offre un décryptage vivant et complet de l’univers du renseignement « vu de l’intérieur ». Extrait de "Dictionnaire du renseignement" d'Hugues Moutouh et Jérôme Poirot, aux éditions Perrin (2/2).

Hugues Moutouh

Hugues Moutouh

Hugues Moutouh, préfet, était conseiller spécial du ministre de l'Intérieur au moment de l'affaire Merah.

Voir la bio »
Jérôme Poirot

Jérôme Poirot

Jérôme Poirot est l’ancien adjoint du coordinateur national du renseignement.

Voir la bio »

L’OSS, ou Office of Strategic Services, a été créé le 13 juin 1942 pour doter les États-Unis d’une capacité de renseignement adaptée à la situation née de son entrée en guerre, le 8  décembre 1941, au lendemain de l’attaque japonaise à Pearl Harbor. Jusque-là, le renseignement extérieur relevait de l’armée et du département d’État, sauf la zone de l’Amérique latine qui était de la compétence du FBI. Créé en raison des impératifs de la guerre, l’Office of Strategic Services, dont l’essentiel de l’activité se déploya en Europe, et très peu sur le théâtre Pacifique, fut logiquement démantelé par le président Truman le 1er  octobre 1945, avant que ne soit créé, le 22  janvier 1946, le Central Intelligence Group, qui fut lui-même remplacé par la CIA en septembre 1947.

Jean Brochet, dont le nom de plume était Jean Bruce, né le 22  mars 1921 dans la Sarthe, auteur de la série de romans « OSS 117 », s’est inspiré d’un agent américain, rencontré en 1944 à Lyon, William Leonard Langer, dont le matricule au sein de ce service était non pas 117, mais 1177. Entré dans la police juste avant la guerre, Jean Bruce rejoignit la Résistance, puis exerça de nombreux métiers avant de se consacrer au roman d’espionnage avec la parution du premier volume de la saga : Tu parles d’une ingénue !, dont le titre sera modifié en Ici OSS 117 en 1956. Le héros de la série est l’espion américain de l’Office of Strategic Services Hubert Bonnisseur de La Bath. Comme tous les agents de renseignement des œuvres de fiction de l’après-guerre, il est doté de toutes les qualités  : un physique avantageux, de l’intuition, une intelligence vive, un courage qui confine à l’héroïsme, un charme auquel nulle jeune femme ne saurait résister. En ce sens, c’est un personnage qui ne se distingue guère de James Bond, apparu trois ans plus tard, en 1952, ou de Malko Linge, en 1965.

La multitude d’expériences que vécut Jean Bruce, dans une période aussi particulière que la Seconde Guerre mondiale et les années qui suivirent la Libération, firent qu’il acquit une réelle connaissance du monde entier et de l’univers des services secrets. Les éléments biographiques disponibles font état du fait qu’il fut agent d’un réseau de renseignement, sans autre précision, mais probablement au sein de la Résistance. Il faisait toujours démarrer les intrigues d’OSS 117 à partir d’un fait réel et put, grâce à sa culture, écrire des histoires où le réalisme d’une partie du récit confère de la crédibilité à l’ensemble.

En quatorze années, jusqu’à sa mort dans un accident de voiture le 26 mars 1963 dans la Seine-et-Oise, il écrivit quatre-vingt-huit opus d’« OSS 117 », soit plus de six par an. Jean Bruce fut un auteur très prolifique, car il signa de nombreux autres romans et des articles dans des revues érotiques, une biographie de Saint-Exupéry et deux pièces de théâtre mettant en scène son héros : À bout portant en 1955 et OSS 117 en 1961. De manière sur‑ prenante, sa veuve Josette continua la saga d’« OSS 117 » à partir de 1966. Elle en livra 143, soit une moyenne de sept et demi par an. Elle épousa en secondes noces Pierre Dourne, un ami de la famille qui apparaît dans les « OSS 117 » sous le nom de Pierre Dru. Les titres des volumes écrits par Jean et Josette Bruce, à l’instar de nombreux romans policiers ou d’espionnage de l’époque, sont angoissants ou mystérieux : Cité secrète, Piège dans la nuit, OSS en péril, À tuer, Torture, ou se veulent des calembours ou des vers de circonstance : Cache-cache au Cachemire, Moche coup à Moscou, Agonie en Patagonie, Alibi en Libye. Josette Bruce interrompit l’écriture de la saga à la suite d’une procédure judiciaire engagée avec succès par sa fille Martine et par son beau-fils François, que Jean Bruce eut avec une autre femme, pour atteinte à leurs droits patrimoniaux et moraux. La série reprit à partir de 1987, jusqu’en 1992, période durant laquelle les deux enfants de Jean écrivirent vingt-quatre épisodes. Au total, plus de 75 millions d’exemplaires des aventures d’« OSS 117 », traductions en dix-sept langues comprises, ont été vendus. Le président Kennedy a été l’un de leurs nombreux lecteurs. Josette Bruce mourut en 1996.

OSS 117 a fait l’objet de treize adaptations au cinéma. La première fut, en 1957, OSS 117 n’est pas mort, et la deuxième, en 1960, vit Michel Piccoli incarner le héros dans Le Bal des espions. Le réalisateur André Hunebelle réalisa quatre adaptations d’OSS 117, de 1963 à 1968, qui rencontrèrent le succès. Les deux films les plus récents mettant en scène le héros sont dus à Michel Hazanavicius, qui confia le rôle-titre à Jean Dujardin dans OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, en 2006 et OSS 117 : Rio ne répond plus, en 2009. Ces deux succès se distinguent des autres adaptations et du héros original. En effet, Hubert Bonnisseur de La Bath n’est plus un Américain de l’Office of Strategic Services, mais un Français du SDECE. S’il partage avec le modèle initial certains traits (un physique flatteur, du charme), il est en revanche inculte, bête sans être méchant, arrogant, dénué de savoir-vivre. Il ne doit pas ses succès à ses talents, mais aux circonstances qui finissent par être à son avantage. OSS 117 fit également l’objet d’une adaptation baroque sous forme de ballet, imaginé par Jean Bruce lui-même, qui fut joué à l’Olympia. Soixante-treize aventures d’« OSS 117 » ont été déclinées en bande dessinée entre 1966 et 1982. Enfin, Jean Bruce a animé une émission de radio, en 1962, sur Europe N° 1, baptisée « OSS raconte », dans laquelle il parlait de son œuvre.

Jérôme Poirot

Extrait de "Dictionnaire du renseignement" d'Hugues Moutouh et Jérôme Poirot, aux éditions Perrin

"Dictionnaire du renseignement" d'Hugues Moutouh et Jérôme Poirot

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !