“Guerre des races” : partis politiques au bord de la crise de la nerf | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
“Guerre des races” : partis politiques au bord de la crise de la nerf
©Bertrand GUAY / AFP / POOL

Galimatias politique

“Guerre des races” : partis politiques au bord de la crise de la nerf

La "guerre des races" – pour compliquer un peu plus un embrouillamini gauche/droite.

Yves Michaud

Yves Michaud

Yves Michaud est philosophe. Reconnu pour ses travaux sur la philosophie politique (il est spécialiste de Hume et de Locke) et sur l’art (il a signé de nombreux ouvrages d’esthétique et a dirigé l’École des beaux-arts), il donne des conférences dans le monde entier… quand il n’est pas à Ibiza. Depuis trente ans, il passe en effet plusieurs mois par an sur cette île où il a écrit la totalité de ses livres. Il est l'auteur de La violence, PUF, coll. Que sais-je. La 8ème édition mise à jour vient tout juste de sortir.

Voir la bio »

Tout le monde tombe "àbraraccourcix" sur ce pauvre Manuel Valls qui, revenu de ses campagnes catalanes et de ses amours mallorquines, semble vouloir faire un come-back macrono-je-ne-sais quoi.

Il nous dit donc que la lutte des races remplace la lutte des classes.

Entre parenthèses, il aurait pu intercaler un second temps dans sa dialectique, celui de la lutte des places. Macron aurait mieux compris.

Je cours à la défense de notre Quichotte catalan.

Car beaucoup d'auteurs décoloniaux, postcoloniaux, indigénistes de gauche s'expriment comme lui. 

Valls est donc bien toujours de gauche... et même tendance décoloniale !

Je signale notamment un article d'Ahmed Boubeker, professeur de sociologie à l’Université de Saint-Étienne, dans une revue considérée comme "de gauche" Portique numéro 13-14 de 2004: "De la « guerre des races » aux luttes de l’immigration, Une perspective foucaldienne des études sur l’ethnicité".

Il y est renvoyé avec enthousiasme au cours de 1976 de Michel Foucault au Collège de France, qui portait précisément sur "la guerre des races", mais où, autant que je me souvienne, il n'était pas question des immigrés mais d'un thème qui a beaucoup circulé au XVIIIème siècle et dont l'historiographie bien pensante "de gauche" ne savait que faire, celui de la guerre des races (c'est pourquoi on n'en trouve guère trace chez les spécialistes du XVIIIème siècle en dépit de l'importance de ce thème dans les discussions de l'époque)

L'inspirateur de ce courant était un curieux et fascinant personnage, Henri de Boulainvilliers, partisan inconditionnel de la noblesse féodale (à la manière de -Simon), opposé à l'absolutisme, grand diffuseur et prosélyte de Spinoza. Il eut effectivement maille à partir avec le pouvoir royal.

Sa thèse la plus connue était que la noblesse française serait issue des fiers et héroïques envahisseurs germaniques, par opposition au bas peuple gallo-romain qui serait la race à juste titre opprimée par les nobles francs.

Inutile de dire que cette thèse fit le bonheur des révolutionnaires (les "émigrés" retournant là d'où ils n'auraient jamais dû venir, leur patrie germanique...) mais aussi des racistes comme ensuite Gobineau.

Comme on voit, ça peut encore servir dans tous les sens, de Valls à Boubeker.

Cela dit, Boulainvilliers était intellectuellement un gros cran au dessus de Valls et Boubeker et il ne faut pas oublier non plus que Foucault adorait jouer avec le feu...

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !