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"Général, le monde n’est pas assez grand pour vous !" : comment Napoléon remporta la victoire d’Aboukir
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Bonnes feuilles

"Général, le monde n’est pas assez grand pour vous !" : comment Napoléon remporta la victoire d’Aboukir

Adulé ou haï, Napoléon jouit d'une gloire universelle, et son destin fulgurant fait encore rêver tous les hommes. Dans "Napoléon - Le Grand Album de notre enfance", Dimitri Casali raconte son histoire avec des illustrations de Job, dont une centaine inédites, extraites d'albums historiques des années 1900. Extrait (2/2).

Dimitri  Casali

Dimitri Casali

Dimitri Casali est Historien, spécialiste du 1er Empire et ancien professeur d’Histoire en ZEP, il collabore régulièrement avec la presse écrite, la radio et la télévision. Il est auteur d’une quarantaine d’ouvrages notamment : La France Napoléonienne (Albin Michel 2021), le Grand Procès de l’Histoire de France, lauréat du prix des écrivains combattants 2020 (Robert Laffont 2019), du Nouveau Manuel d’Histoire préface de J-P Chevènement (La Martinière 2016), de l'Altermanuel d'Histoire de France (Perrin), lauréat du prix du Guesclin 2011 ; l'Histoire de France Interdite (Lattès 2012). Par ailleurs, il est le compositeur du « Napoléon l’Opéra rock » et de l’« l’Histoire de France l’Opéra rock », spectacles musicaux historiques et éducatifs.

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Dès leur premier contact avec le général, toutes les inquiétudes des soldats et des officiers s’évanouirent. Bonaparte a trouvé à son arrivée une situation navrante de misère, avec une armée mal équipée, mal nourrie et mal vêtue. Il va ranimer leur enthousiasme par un discours enflammé. Il parle le langage d’un aventurier héroïque à qui la fortune sourit : « Soldats, leur dit-il en montrant du haut des Alpes les fertiles plaines du Piémont et de la Lombardie, vous êtes nus et vous êtes mal nourris : le gouvernement vous doit beaucoup et ne peut rien pour vous ? Votre patience, votre courage vous honorent, mais ne vous procurent ni avantage ni gloire. Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde ; vous y trouverez de grandes villes, de riches provinces ; vous y trouverez honneur, gloire et fortune. Soldats d’Italie, manqueriez-vous de courage ? » Jamais on ne leur avait parlé comme ça… Le frémissement qui agita ces vieux guerriers, et les acclamations qui montèrent jusqu’au ciel, lui apprirent que, désormais, soldats et généraux, tous les acteurs de cette grande scène, étaient convaincus de leur propre valeur et de leur avenir ; dès ce moment, il pouvait tout oser.

(...)

Le 1er août 1798, la flotte française, maintenue à l’ancre dans la rade d’Aboukir, est entièrement détruite par l’escadre anglaise de l’amiral Nelson et Bonaparte se retrouve par la force des choses coincé dans une Égypte au bord de la révolte. L’Empire ottoman, qui a fait alliance avec l’Angleterre contre la France, encourage la sédition. Le 21 octobre 1798, Le Caire se soulève. À la fin de l’année 1798, si le calme est revenu, la situation ne s’améliore pas. Bonaparte décide alors de partir à la conquête de la Syrie pour tenter de contrer la menace turque. À la tête d’une armée de 15 000 hommes, le général français connaît quelques succès. Mais, le 19mars, Bonaparte met le siège devant l’ancienne cité de Saint-Jean-d’Acre puissamment fortifiée par les croisés. La ville est défendue par Djezzar Pacha dit Ahmed le Boucher et par des officiers anglais. En outre, le port protégé par les canons de la flotte anglaise est constamment ravitaillé en hommes et en vivres. Non seulement les navires britanniques pilonnent sans cesse les lignes françaises, mais ils se sont emparés des 24 pièces d’artillerie de siège que l’on essayait d’acheminer par mer. Bonaparte déclare alors : « Si Saint-Jean-d’Acre tombe je serai demain empereur de tout l’Orient. » Pendant deux mois, les Français s’obstinent… Les assauts succèdent aux assauts, la bravoure la plus insensée à la témérité la plus folle ; rien n’y fait. Pas moins de huit attaques sont lancées en vain contre la ville par Lannes et Murat.

Murat se présenta pour monter le premier à l’assaut de la citadelle de Saint-Jean-d’Acre. Bonaparte lui refuse d’abord ce mortel honneur ; mais Murat est si pressant qu’il finit par le lui accorder.

Napoléon échoue dans sa tentative du siège de Saint-Jean-d’Acre et doit battre en retraite vers l’Égypte. Le 14 juillet 1799, une flotte britannique de soixante vaisseaux débarque 16 000 hommes, sous le commandement du pacha de Damas. Ils se ruent sur la presqu’île d’Aboukir et font prisonniers une centaine de soldats français à qui ils coupent la tête. La contre-attaque de Napoléon est foudroyante. L’intrépide général Murat, avec sa cavalerie, charge si rapidement qu’il franchit toutes les lignes adverses, opère un mouvement tournant, puis parachève la manoeuvre en capturant en combat singulier Mustapha Pacha. Le pacha lui tire alors une balle qui traverse sa bouche, lui coupe un petit morceau de l’épiglotte et lui transperce les deux joues. Murat sera opéré par le brillant chirurgien en chef Larrey. Par chance, la langue n’est pas atteinte. Il resta vingt jours complètement muet. Cette balle aurait dû lui être fatale s’il n’avait pas, à ce momentlà, écarté suffisamment les mâchoires pour hurler comme un forcené comme à son habitude. « C’est la première fois qu’il l’a ouverte à propos », commente sobrement son général en chef. La victoire d’Aboukir est éclatante. Les Français n’ont à déplorer que 220 morts et 600 blessés. Les pertes turques sont énormes : 12 000morts… Kléber interpelle le général Bonaparte le soir de la victoire : « Général, vous êtes grand comme le monde, mais le monde n’est pas assez grand pour vous ! »

À la bataille d’Aboukir, après que les Turcs ont décapité des prisonniers français, Murat capture Mustapha Pacha, lui coupe trois doigts et lui lance : « Si tu refais ça à mes soldats, je te jure par Allah, je te couperai d’autres choses plus importantes. »

Extrait de "Napoléon - Le Grand Album de notre enfance", Dimitri Casali, (Grund Editions), 2013;, 29,95 euros. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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