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Les Français et le Tour de France : une histoire d'amour qui s'érode un peu

La 99e édition de la plus grande course cycliste au monde a débuté le 30 juin, dans un contexte encore troublé par des affaires de dopage. L'Ifop retrace l’histoire passionnée qui unit la France et la Grande boucle, des années 60 à aujourd’hui. Si l'attrait pour le Tour s’est un peu érodé au fil du temps (49% des Français déclaraient aimer le Tour de France en 2011 contre 59% en 1964), l’épreuve-reine du cyclisme continue de toucher tous les publics.

Le Tour de France, événement cycliste le plus regardé au monde, s’est élancé pour la 99ème fois sur les routes de l’Hexagone le 30 juin dernier. A la base de l’engouement populaire, chaque année plus important, les exploits des champions et la proximité avec nos paysages et notre patrimoine continuent à faire rêver l’opinion publique, qui chaque année se masse devant son écran ou au passage des coureurs. L’affection des Français pour la Grande Boucle a pourtant évolué au gré des victoires et des déconvenues, de la liesse et des drames touchant les « forçats de la route », et enfin, au fil des scandales liés au dopage.

En ouvrant ses archives, l’Ifop retrace l’histoire passionnée qui unit la France et la Grande Boucle des premières études menées sur le sujet dans les années 60 à aujourd’hui. L’attrait pour le Tour de France s’est un peu érodé depuis la première mesure de l’Ifop en 1964, date à laquelle 59% des Français déclaraient s’intéresser à l’épreuve-reine du cyclisme, mais il continue de toucher tous les publics et de fédérer dans le monde entier. Pourtant, derrière les paysages de carte postale et les exploits sportifs, le destin du Tour de France est profondément lié au dopage depuis cette période. Si l’opinion à ce sujet s’est durcie au fil des ans, les personnes interrogées par l’Ifop ces dernières années ont continué à défendre leur épreuve, redoutant sans doute d’être privés d’un moment de joie collective et d’un spectacle unique.

Les années 60 et le paradoxe Anquetil

Mesurée pour la première fois par l’Ifop en 1964, au cœur des plus belles victoires de Jacques Anquetil, la passion pour le Tour de France de cyclisme est à l’époque majoritaire dans l’opinion : 59% des Français interrogés disent aimer la Grande Boucle. Ce succès faiblira sensiblement pendant les décennies suivantes, sans jamais vraiment s’altérer (49% aujourd’hui).

L’histoire du Tour de France est indissociable du respect et de la fascination qu’ont les Français pour les coureurs. En 1966, le cœur des Français balance entre « Maître Jacques » Anquetil et « L’éternel second » Raymond Poulidor. Le premier a déjà gagné 5 Tours de France, le second en est déjà à trois podiums. Interrogés pendant le Tour de 1966, 39% des Français espèrent une victoire de Poulidor (qui finira troisième), tandis qu’un peu plus d’un quart seulement souhaite le succès d’Anquetil, qui abandonnera malgré tout avant l’arrivée à Paris.

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Dans les années 60, la ferveur pour les exploits d’Anquetil, Poulidor et consorts se confronte pourtant déjà au malaise grandissant lié aux affaires de dopage. Les années 1966 et 1967 marquent le début d’une prise de conscience, dans la foulée des premiers contrôles inopinés effectués sur le Tour (1966) et du décès brutal de Tom Simpson en 1967 sur les pentes du Mont Ventoux.

Cette même année, Jacques Anquetil, quintuple vainqueur de la Grande Boucle, déclenche une vive controverse en déclarant notamment dans la presse qu’un coureur cycliste ne peut courir « 235 jours par an sans stimulants » et en refusant de se soumettre à un contrôle anti-dopage pendant une épreuve de vitesse. Les déclarations de Jacques Anquetil lui vaudront d’être persona non grata aux championnats du monde, à la demande de la Fédération Française de Cyclisme. Désiré Letort de son côté s’est vu retirer son titre de champion de France pour dopage. Prenant le parti de ses champions, une partie importante du public manifeste alors son désaccord face à de telles mesures de répression, à deux contre un. Et moins populaire que son rival et éternel dauphin Poulidor, Anquetil n’en gardera pas moins, dans cette affaire, le soutien du grand public.

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Des années 70 au scandale Festina de 1998

Dans les années 70 et 80, les contrôles inopinés se généralisent, mais deux affaires seulement (Pollentier en 1978 et Delgado en 1988) reçoivent un écho important. C’est à la fin des années 90 que l’on voit le Tour de France entaché par de nouvelles affaires de dopage, dont le retentissement va déteindre sur les éditions suivantes et l’image du cyclisme en général. En 1998, l’affaire Festina éclate au cours de la 85ème édition du Tour, entraînant l’exclusion de l’équipe cycliste emmenée par l’un des meilleurs coureurs français du moment, Richard Virenque. Face à l’ampleur du scandale, les langues se délient. Aux perquisitions des hôtels succèdent les gardes à vue de plusieurs coureurs et dirigeants, et le peloton engage alors une grève contre les méthodes employées pour l’enquête, entraînant l’annulation de la 17ème étape. Paradoxalement, le grand public se dit choqué par la manière dont l’enquête est menée, mais beaucoup moins par les révélations sur le dopage de certains coureurs. Les Français pointent ainsi du doigt la responsabilité des médecins et des sponsors, bien davantage que la faute des coureurs impliqués. Le Tour 1998 se termine dans la confusion, mais près des deux tiers des Français restent cependant optimistes pour la tenue de l’édition 1999.

 


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En mai 1999, le débat reprend sur la légitimité du Tour de France. Plus des deux tiers des Français s’opposent toujours à un report éventuel de la 86ème édition, mais près des trois quarts d’entre eux souhaitent que les coureurs soupçonnés de dopage soient interdits de Tour cette année-là. Entre 1967, année de disqualification du champion de France Désiré Letort pour dopage, et 1999, les Français semblent donc avoir considérablement durci leur jugement à l’égard des cyclistes fautifs.                                          

Néanmoins, et signe que les Français ne consentent pas à sacrifier l’intensité de leur spectacle estival, 41% des interviewés reconnaissent qu’ils s’intéresseraient moins au Tour si certains grands champions n’y participaient pas.

Interrogée de nouveau un mois plus tard, l’opinion publique n’infléchit pas son souhait de voir maintenu le Tour 1999. Pourtant, entre-temps a éclaté le scandale Pantani, le champion italien s’étant vu exclure du Tour d’Italie fin mai, soit quelques jours avant le départ d’un Tour dont il est l’un des favoris, et de nouveau pour une affaire de dopage. S’ils s’exprimaient en mai 1999 contre la présence des coureurs impliqués dans des affaires de ce type, les Français interrogés en juin sont paradoxalement majoritairement favorables à la participation de Richard Virenque et Marco Pantani à la grande Boucle de 1999, et près de sept personnes sur dix souhaitent que le Tour de France ait bien lieu en 1999. Tout indique que le grand public hésite entre la « propreté » du Tour (24% admettent qu’il faudrait repousser le Tour d’un an pour clarifier les affaires de dopage en cours) et le spectacle que promettent d’offrir cette année-là des sportifs pourtant fortement affaiblis par les récents scandales.

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En 2001, quelques jours avant le départ, de nouvelles révélations, cette fois concernant des cas de corruption et d’achat de courses entre coureurs, jettent de nouveau l’opprobre sur une course qui n’en avait pas besoin, les éditions de 1998 à 2000 ayant toutes été marquées par des évènements liés au dopage. Sans surprise, la suspicion s’est installée : 78% des personnes interrogées par l’Ifop en juin de cette année-là doutent de l’honnêteté des victoires d’étapes, dont 17% systématiquement, et les deux tiers des Français jugent plausible que des coureurs « achètent » des victoires d’étape. Pourtant, interrogés à la veille du départ en 2001, 65% des Français souhaitent que la prochaine édition se déroule normalement, seuls 8% s’exprimant pour un abandon définitif du Tour et 23% pour un report d’un an.

 
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Les années 2000 et la recherche d’un Tour « propre »

Dans les années 2000, la direction du Tour de France et les responsables des fédérations cyclistes ont fait des efforts importants pour lutter contre le dopage, rendre la compétition « propre » et redonner du crédit à la plus grande épreuve cycliste du monde. Ces efforts sont reconnus par sept personnes sur dix en juillet 2008, et plus particulièrement par les personnes appréciant le Tour de France (83%). Dix ans après l’affaire Festina, l’image du Tour de France reste presque intacte, 49% des Français disant aimer le Tour de France. Malgré cela, en 2007, la suspicion à l’égard des victoires imprègne toujours l’esprit des amateurs de la Grande Boucle, et comme en 2001, 78% des Français doutent de l’honnêteté des coureurs victorieux.

 

 

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Septuple vainqueur du Tour, de 1999 à 2005, Lance Armstrong annonce en 2009 son souhait de recourir le Tour de France après trois saisons d’absence. Entre-temps, son image de champion a été écornée par la publication par un quotidien sportif d’éléments supposés prouver son dopage lors du Tour 1999. Ces révélations provoquent à partir de 2005 un imbroglio juridique et sportif et une forte suspicion à l’heure de son retour sur la Grande Boucle. Ainsi, en 2009, quelques jours avant le départ et loin de la bienveillance exprimée à l’égard d’Anquetil en 1967, 72% des Français se disent gênés par la présence du coureur américain sur le Tour, même si le rejet est moindre, bien que majoritaire, chez les personnes déclarant suivre l’épreuve avec intérêt (58%). A l’instar des autres affaires de dopage ayant jalonné l’histoire du Tour, les amateurs de cyclisme soulignent que l’épreuve aura plus d’attrait si un champion tel qu’Armstrong y participe. Déjà détenteur du record de victoires dans la Grande Boucle, le champion américain apparaît, pour 55% des Français, comme un revenant crédible et un candidat potentiel au maillot jaune en 2009 (il terminera l’épreuve sur la troisième marche du podium). Enfin, l’intérêt pour le Tour, plus que l’attachement global à l’épreuve, est pour la première fois mesuré : 27% des personnes interrogées déclarent s’y intéresser.


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C’est dans un contexte tout aussi passionné que le coureur espagnol Alberto Contador s’apprête à prendre le départ du Tour de France en juin 2011. Vainqueur l’année précédente et grand favori de l’épreuve, l’Espagnol est suspendu provisoirement quelques mois avant les premiers coups de pédale pour une analyse d’urine suspecte, réalisée pendant l’édition 2010. Le Tour s’élance alors que le cas Contador, pas encore tranché par le Tribunal Arbitral du Sport, est en attente d’un jugement. Le public français réserve un accueil houleux au maillot jaune, à la hauteur des doutes qui pèsent sur son succès l’année précédente. Une étude de l’Ifop réalisée en juin 2011 mesure, à l’instar de Lance Armstrong en 2009, le fort rejet des Français à l’égard de la présence de Contador sur les routes de l’Hexagone, puisque près des deux tiers des interviewés (63%) expriment leur désaccord avec la participation du coureur espagnol. Ironie du sport, Contador, comme Armstrong deux ans avant lui, échouera finalement à remporter ce Tour, devant des Français qui ne voulaient pas de lui.

 
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