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En France, les impayés en matière de salaire ont battu un record inquiétant en juillet.
En France, les impayés en matière de salaire ont battu un record inquiétant en juillet.
©Flickr

Revue d'analyses financières

Marchés : après un été plus calme que prévu, les 4 menaces qui pèsent encore sur la rentrée

Dans l'œil des marchés : Jean-Jacques Netter, vice-président de l'Institut des Libertés, dresse, chaque mardi, un panorama de ce qu'écrivent les analystes financiers et politiques les plus en vue du marché.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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Avant l’été, de nombreux risques pesaient sur les marchés. On pouvait s’attendre à un atterrissage brutal de l’économie chinoise, à un retour des turbulences monétaires en Europe, à de nouvelles hésitations de la Fed sur sa politique de désengagement des marchés, à des tensions au Moyen Orient. Le ralentissement était mondial, sauf  pour le Japon, le Canada et le Royaume Uni.

En dehors de la Syrie très récemment, aucune de ces craintes ne s’est manifestées, ce qui a permis aux bourses de connaitre un bel été avec notamment une progression des sicav actions françaises de plus de 9%.

On enregistre une amélioration des indicateurs économiques mondiaux très contrastée, avec un léger mieux en Europe et aux Etats Unis. Cela n’empêche pas la gouvernance mondiale d’être en panne. Le nouvel acronyme de « CRASH » signifiant Conflict, Rates,Speculation, Housing a d’ailleurs été inventé par Merrill Lynch. Il représente tous les dangers qui pèsent sur les marchés pour les semaines qui viennent…

Un petit retour de la confiance se produit en zone euro

L’Europe a l’air de sortir lentement de sa léthargie, essentiellement grâce aux performances économiques de l’Allemagne. Les élections allemandes se tiendront le 22 septembre prochain. Pour le moment, Peer Steinbrück, le représentant des sociaux démocrates, est largement distancé dans les intentions de vote par Angela Merkel, la chancelière sortante. Elle devrait recueillir après huit ans de pouvoir les fruits de sa politique économique symbolisée par le « kurzarbeit » qui a permis à l’industrie allemande de gérer, pendant le plus fort de la crise, ses effectifs avec flexibilité et le refus systématique d’imposer un salaire minimum de 8,50€ de l’heure. Elle estime en effet qu’un Smic généralisé à la française contribuerait largement à détruire des emplois et empêcherait les jeunes pas ou non formés d’entrer dans le monde du travail. 

Les élections terminées, les relations franco-allemandes vont donc une nouvelle fois être mises à l’épreuve. Si la Chancelière veut maintenir la cohésion de l’Europe, il lui faudra accepter, le moment venu, une forme de mutualisation de la dette qui sera assortie de conditions très strictes pour les pays qui auront besoin de recourir au dispositif.

Les politiques de diminution des dépenses publiques, baptisées par leurs détracteurs « politiques d’austérité », donne des résultats en Grande Bretagne, où l’économie va mieux. C’est également le cas en Espagne, les sceptiques qui pensaient que Mariano Rajoy Premier ministre ne tiendrait pas ses objectifs ont eu tort. Le pays a enregistré la première baisse du taux de chômage depuis deux ans. Il a regagné en compétitivité et exporte donc plus. Déstabilisé avant l’été par les révélations de la presse sur les financements occultes du Parti Populaire, le Premier ministre a maintenu le cap.

En revanche, en Italie, la reprise s’annonce très poussive en 2014. L’économie souterraine pèse encore 17% du PIB. Le pays reste confronté au drame d’une jeunesse sans emploi et sans espoir. La Grèce demeure la patate chaude de la campagne électorale allemande. Il est désormais clair que les 240 Md€ débloqués ces dernières années ne suffiront pas à faire sortir le pays d’une récession qui dure depuis six ans. L’Europe a finalement débloqué pendant l’été une nouvelle tranche d’aide sans relâcher la pression… Contrairement aux illusions entretenues par les partisans de la croissance infinie de la dette publique, la Grèce montre que les états pouvaient faire faillite y compris au sein de la zone euro…

La France reste « l’homme malade de l’Europe »

En France, au delà du discours officiel qui nous explique que la reprise est bien là, certaines statistiques font froid dans le dos. Les impayés en matière de salaire ont battu un record inquiétant en juillet. Pour l’Assurance Garantie des Salaires, qui est le système géré par l’Assurance Chômage permettant de payer les employés quand leur entreprise est en redressement, en liquidation ou en procédure de sauvegarde,  le montant décaissé en juillet s’est élevé à 228,8M€. Il constitue un niveau record. Les très petites entreprises sont les plus touchées, car 80% des demandes proviennent de sociétés qui emploient moins de dix salariés.

Les prêts sur gages constitués auprès des crédits municipaux ne cessent de progresser. A Paris, le nombre de dépôts entre 2008 et 2012 est en augmentation de 61,4% en nombre et de 163% en valeur !

La décision arrêtée sur les retraites est consternante. Pas plus que les précédentes, la réforme des retraites n’est de nature à « sauver » le système. Seul le déficit du secteur privé a été abordé, rien n’a été entrepris sur celui des fonctionnaires alors que le mot justice est prononcé sans arrêt. Aucune mesure n’a été annoncée pour supprimer par exemple des excès comme celui du régime spécial des parlementaires qui permet après deux mandats de dix ans d’obtenir à 62 ans une pension de retraite de 2400€ mensuels, alors qu’un professeur du secondaire l’obtiendra au mieux qu’après 41 ans de travail et à l’âge de 65 ans !

Le frémissement de l’économie française reste à confirmer. Les équations deviennent de plus en plus impossibles à résoudre en matière de retraites, de budget, de croissance. La France est toujours incapable de mettre en œuvre les réformes nécessaires car la gauche tout comme la droite se trompent sur le rôle de l’Etat. Il devrait se contenter de réguler convenablement la vie économique au lieu de vouloir en permanence en être un acteur.

La croissance américaine reste molle

Les Etats Unis sont probablement le seul pays où la croissance va être durable. Certes, un changement de comptabilité a permis de gonfler un peu le PIB américain depuis le début de l’année, car les coûts de recherche et développement figurent désormais dans la catégorie des investissements et non plus des dépenses. Une crainte sur un nouveau blocage sur le plafond de la dette se profile de nouveau à l’horizon.

La prochaine réunion de la Fed aura lieu les 17 et 18 septembre. Comme toujours, elle influencera beaucoup le comportement des investisseurs.  

Les pays émergents ont déprimé les marchés

Les pays émergents sont confrontés à la fin prévisible de la politique de soutien de la Fed à l’économie américaine. Le Brésil et la Turquie ont rejoint la Chine, l’Inde et la Russie dans le camp des pays émergents dont l’économie a ralenti. Les investisseurs anticipent la fin de l’argent facile qui fera particulièrement défaut aux économies les plus fragiles.

Le Brésil a été confronté a une véritable colère des classes moyennes. L’ Inde doit faire face à la faiblesse de la Roupie qui entraine la bourse dans sa chute…

La Turquie a aussi été obligée de voler au secours de sa devise qui s’est effondrée. La banque centrale Turque a relevé son taux d’intérêt à court terme pour modérer l’inflation.

A l’échelle mondiale, les politiques de dévaluation sont un jeu à somme nulle qui risque de précipiter les déséquilibres et renforcer encore les antagonismes nationaux. Ces mouvements semblent annoncer une crise de liquidités qui se produirait en raison d’un manque de dollars.

Par contre, les pays frontières connaissent un autre sort. George Friedman de Stratfor, président d’une société d’intelligence économique américaine, a établi la liste des 16 pays qui vont prendre le relais en matière de coût du travail attractif : Kenya, Ethiopie, Tanzanie, Ouganda, Bangladesh, Sri Lanka, Indonésie, Myanmar (Birmanie), Cambodge, Laos, Philippines, Vietnam, République Dominicaine, Mexique, Pérou, Nicaragua…D’ailleurs, depuis le début de l’année, on constate que les flux investis sur les marchés frontières sont très supérieurs à ceux qui sont investis sur les marchés émergents. Pendant cette période, les marchés émergents ont baissé de 9,2% alors que les marchés frontières progressaient de 0,7%. 

Les « pays frontières » réalisent des performances boursières nettement supérieures à celles des marchés émergents avec notamment le Ghana qui progresse depuis le début de l’année de 85% et le Pakistan de 67%.

Les économies des printemps arabes s’enfoncent dans la crise. L’instabilité politique pèse sur le secteur clé du tourisme et font fuir les investisseurs. Deux ans après sa révolution, l’Egypte est un pays au bord de l’abîme.

En Chine, l’économie montre des signes de rebond grâce aux exportations qui repartent sur une meilleure demande aux Etats Unis et en Europe. Mais le miracle qui lui permettait d’attirer les usines du monde entier avec un coût du travail très bas est en train de toucher à sa fin. D’ailleurs, l’acronyme « BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine , Afrique du Sud) inventé par Goldman Sachs est remplacé par « Five BIITS » (Brésil, Indonésie, Inde, Turquie, Afrique dub Sud) de la Deutsche Bank. Il est censé représenter les pays qui sont entrés dans une zone de forte vulnérabilité.

Le cartel bielo-russe des engrais dénoncé

Le secteur des engrais a été fortement déstabilisé par la dissolution du cartel Belarusian Potash Company (BPC) entre la Russie et la Bielorussie. Il regroupait les sociétés Uralkali et Belaruskali. Le prix de la potasse, qui était de 840$/T en 2009, pourrait  tomber autour de 250-300$. Canpotex est le cartel nord américain qui regroupe Potash of Saskatchewan, Mosaic et Agrium. Avec PBC, ils fournissent 70% du marché mondial de la potasse. En Europe, c’est K et S (Allemagne), le n°5 mondial qui a beaucoup souffert. La plupart des producteurs de potasse ont pour le moment un bilan qui leur permet de supporter une pression sur les prix. A suivre …

Les établissements bancaires britanniques et allemands ne sont pas tirés d’affaire : compte tenu des nouvelles régulations, elles devront avoir recours plus aux capitaux de leurs actionnaires qu’à l’emprunt. La vraie restructuration bancaire n’a toujours pas eu lieu. Jamais le monde réel n’a autant eu besoin de la finance. Le crédit sain, celui qui finance l’avenir, doit se développer au détriment de celui qui finance les dépenses courantes. Barclays est concerné par le sujet tout comme Royal Bank of Scotland et Lloyds Banking Group, mais ces deux derniers sont partiellement nationalisés. C’est donc l’Etat britannique qui leur fournira les fonds supplémentaires exigés. En Allemagne, parmi les banques cotées, c’est Commerzbank qui aura encore besoin de lever des fonds.

Dans le secteur de la Brasserie, les pays émergents compensaient jusqu’à maintenant la morosité des pays développés. Ce n’est plus le cas, car Heineken et Carlsberg ont annoncé un recul de leur activité au premier semestre. AB Inbev, le leader mondial, avait déjà fait ce constat en juillet.


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