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Le consternant débat de la gauche
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Revue d'analyses financières

Le consternant débat de la gauche

Les débats des primaires de la gauche passent complètement à côté des grands sujets, traduisant l'incapacité de ses représentants à envisager l’avenir dans un monde auquel il convient de s’adapter.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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Les débats des primaires de la gauche passent complètement à côté des grands sujets : modifications à introduire dans les contrats de travail pour les adapter à l’heure de l’économie digitale ; fiscalité pénalisante qui tue l’esprit d’entreprendre et oblige de nombreux talents à aller l’exercer en dehors de France ; performances catastrophiques de l’Education Nationale ; inefficacité des dépenses publiques….

On entend en revanche beaucoup parler du « revenu universel ». Comme chacun le sait bien, le travail ne peut être qu’un instrument de torture et pas du tout un instrument d’émancipation. Cette idée traduit l’incapacité de la gauche à envisager l’avenir dans un monde auquel il convient de s’adapter. Au total, c’est une très bonne idée pour instaurer en France une véritable guerre civile entre ceux qui travaillent et payent des impôts et ceux qui préfèrent vivre de l’assistanat.

Une fois de plus, rappelons que toute relance de la demande non financée ou pire financée par de la dette, augmente la demande de biens et de services. Le problème alors est que ce sont des entreprises étrangères qui répondent pour l’essentiel à cette augmentation. La part des importations progresse d’ailleurs régulièrement depuis 15 ans. Il vaudrait beaucoup mieux expliquer aux électeurs comment fonctionne l’économie numérique, l’économie digitale, l’économie quaternaire…

La nouvelle économie doit être abordée par tous les candidats

L’économie numérique est partout, multisectorielle avec le e-commerce, les médias, les réseaux sociaux et les services online. Elle est maintenant  une composante essentielle de la chaine de valeur de toute entreprise. La contribution d’internet au PIB était pour le Royaume Uni de 7,2% en 2009 et de 13% en 2015 ; Suède 6,6%-9,3% ; Israël 6,4%-8,5% ; Pays Bas 4,3%-6,8% ; France 3,2%-5,5% ; Espagne 2,2%-5,1% ; Italie 2%-4,3%. Pour les pays qui veulent geler l’ancienne économie en empêchant les destructions d’emplois dans les secteurs non compétitifs le déclin est assuré. Les salariés de la Tour Eiffel ont tout compris. Leurs syndicats  s’opposent à une augmentation de la vente de billets en ligne sur internet pour éviter les longues files d’attente aux touristes étrangers !

L’économie digitale tourne le dos à plusieurs règles fondamentales de l’économie classique. La première voulait que la valeur d’une entreprise tienne en grande partie à celle de ses actifs, ce n’est plus le cas. La deuxième est que Uber et Airbnb n’ont aucune immobilisations incorporelles. Uber ne possède aucune voiture et Airbnb n’a jamais investi dans une chambre d’hôtel. Cela ne signifie pas pour autant que toute l’économie va « s’ubériser ». L’Uber Economie est à la peine,même aux Etats Unis. Faute de rentabilité, les fermetures de start up de services à la demande se multiplient outre atlantique.

L’économie quaternaire s’appuie sur le constat fondamental que les technologies de l’information et de la communication vont permettre de satisfaire les besoins des consommateurs d’une façon radicalement différente de celle à laquelle nous ont habitués les technologies de la mécanisation. La séparation radicale entre le secondaire (transformation des matières premières) et le tertiaire (services) s’estompe et une myriade de nouvelles solutions quaternaires permet de dépasser l’économie de « l’avoir plus » pour entrer dans « l’économie de l’être mieux »…

Le libéralisme n’est pas le coupable

Chaque fois que l’on entend que le libéralisme est pour la gauche, ce qui explique le niveau de chômage, et les inégalités, on a envie d’expliquer qu’un pays dont l’Etat capte déjà 57% de la valeur ajoutée est tout sauf libéral. La France avec un très fort niveau de redistribution reposant sur une fiscalité pénalisante et une augmentation permanente  de son endettement, a une croissance bien inférieure à celle de ses principaux partenaires commerciaux.

L’économie administrée est celle que la classe politique française de gauche propose.Elle rivalise dans l’étatisme avec les nombreux dispositifs pour perpétuer la politique des revenus, qui voit l’état se substituer aux entreprises pour décider des rémunérations.

L’économie mixte encore souvent invoquée est un poncif moisi, héritage de la première guerre mondiale. Antiquité rebattue permettant de ne pas choisir entre l’Etat et le marché. C’est ce que proposa Mitterrand quand il dut constater que son programme de rupture avec le capitalisme avait conduit la France au bord de la banqueroute.

L’économie pervertie est une science qui consiste pour les économistes à produire  des milliers de pages  pour expliquer que les dettes de l’état ne sont pas un problème. Les économistes qui ont été les apôtres du surendettement viennent aujourd’hui dénoncer les risques de l’austérité qui est bien évidemment la conséquence du surendettement. Ce sont les incendiaires qui viennent faire la leçon aux pompiers accusés de provoquer des dégâts des eaux en éteignant les feux.

L’écologie politique enfin est devenue une idéologie globale totalitaire et régressive. A coups de chiffres alarmants de raisonnement spécieux et de diktats politiques et moraux, les apôtres de la décroissance sont devenus de véritables khmers verts.

Les marchés s’attendent à l’élection de François Fillon qui devrait déboucher sur une série de réformes qui ressemblerait à ce qui s’est produit en 2003 avec Schröder. Il faudra que le candidat de la droite développe maintenant un discours positif de la réforme.

S’il ne le fait pas, il risque d’entrainer l’élection d’Emmanuel Macron. Il n’aurait pas la tache facile car sous François Hollande trois ans lui ont été nécessaires pour faire ouvrir deux grands magasins boulevard Haussmann. Ce dossier est le symbole de la lenteur du pouvoir à mettre en œuvre les réformes. Il faut dire que les syndicats sont beaucoup plus obsédés par les vieux dogmes que par les intérêts des salariés qui les ont élus. Emmanuel Macron a renoncé à deux points du Rapport Bailly 1/ il faut toujours l’aval des maires 2/un accord social est obligatoire.

On est donc encore loin des réformes Hartz  sur le marché du travail qui ont eu lieu en Allemagne, entre 2003 et 2005, sous le mandat du chancelierGerhard Schröder.

Elles ont eu pour but de renforcer la lutte contre le chômage volontaire et d'améliorer le retour en activité des bénéficiaires d'allocations . Ces réformes controversées, officiellement, visent à adapter le droit (du travail, fiscal) allemand à la nouvelle donne économique dans le secteur des services.

En Europe, Pierre Moscovici, membre du Parti socialiste, ancien ministre de l'Economie et des Finances devenu commissaire européen  s’est illustré en expliquant qu’il y avait un « fiscal space » en Europe d’un demi point du PIB qui pouvait être utilisé pour « faire de la relance ». Il reviendrait de mutualiser les recettes et les dépenses avec l’Allemagnesur la base d’un concept qui n’a jamais vraiment réussi « L’Allemagne paiera ».

Sur une idée européenne de brillants esprit  réfléchissent à une taxe sur les robots. On attend avec impatience l’apport de la gauche française qui pourrait adapter « Le compte personnel d’activité » et « Le compte pénibilité » de chaque robot.

En Grande Bretagne les choses difficiles vont débuter après le déclenchement de l’article 50. La perspective d’un « hard brexit » où Londres n’a plus le passeport européen peut entrainer des suppressions de dizaines de milliers d’emploi dans la City…

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