L’archéo-futuriste des dynamiteros de l’horlogerie, le tout léger qui devient tout couleur et Hermès qui chope les boules : c’est l’actualité des montres | Atlantico.fr
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Sur un cadran bleu où il ne manque que les étoiles d’une nuit d’été, des éléments d’architecture mécanique en suspension au-dessus d’un cadran à l’ancienne qui joue la rétro-nostalgie. C’est à la fois un hommage aux grands princes de l’horlogerie du XVIII
Sur un cadran bleu où il ne manque que les étoiles d’une nuit d’été, des éléments d’architecture mécanique en suspension au-dessus d’un cadran à l’ancienne qui joue la rétro-nostalgie. C’est à la fois un hommage aux grands princes de l’horlogerie du XVIII
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L’archéo-futuriste des dynamiteros de l’horlogerie, le tout léger qui devient tout couleur et Hermès qui chope les boules : c’est l’actualité des montres

Et aussi un grand merci à Samsung pour l’inintelligence de sa montre intelligente, l’invasion des Aliens aux yeux de flamme et le chic sobre d’une chevauchée chronographique…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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MB&F : Les trois dimensions d’un voyage dans le temps…

S’ils vivaient aujourd’hui, quelles montres les grands maîtres-horlogers du passé imagineraient-ils pour nous ? L’équipe de Maximilian Büsser (le MB de la marque MB&F, le F étant pour les Friends) a fait un saut vers le XVIIIe siècle – le grand siècle de l’horlogerie mécanique, avec des noms de référence comme Breguet ou Berthoud – pour nous en rapporter une Legacy Machine, n° 2 de son état, qui prouve que le futur se conjugue parfois au passé recomposé. Les grands anciens auraient adoré cette montre, mais les nouveaux amateurs en semblent d’autant plus friands que l’avenir dessiné par les smartwatches n’a rien d’enthousiasmant. Avec cette nouvelle LM2, on retrouve au poignet les émotions des montres de poche, sous un dôme de verre saphir : les éléments mécaniques sont mis en valeur, en trois dimensions, grâce au ballet aérien des deux balanciers [qui tournent en faisant donc un double tic-tac] qui gèrent la précision de la montre au sommet de leurs arcs-boutants gothiques. Avec ses aiguilles bleuies à l’ancienne, même le petit cadran d’un blanc d’émail semble suspendu par sa bague en or. Ne vous amusez pas à compter les vis : c’est le péché mignon de ce style méchanicien, qui hésite entre le goût pré-industriel et un genre steampunk, plus proche d’un Jules Verne que d’une Rolex. Regardez bien cette montre : vous ne la reverrez pas de sitôt tellement on croise, dans nos vies quotidiennes, relativement peu d’amateurs capables de dépenser à peu près 150 000 euros pour un « jouet de garçon » qui témoignera de leur culture horlogère rétro-futuriste…

HUGO BOSS : Une alternative sans prétentions dans le chic sobre…

La consistance des nouvelles collections horlogères signées Hugo Boss est un message réjouissant dans l’univers des montres accessibles, généralement vouées à ressasser les formes et les expressions du passé. Non que cette Driver soit révolutionnaire : 46 mm au poignet n’épatent plus personne. C’est plutôt une affaire d’allure, dans la touche originale des compteurs qui se chevauchent, dans la jolie balance des noirs, des gris et des surfaces polies, sinon brossées, ou dans l’équilibre général d’un modèle qui joue la grande classe avec son bracelet qu’on croirait en alligator et la touche vintage de son style automobile. Pour quelques centaines d’euros (mouvement quartz), une élégance qui va bien au-delà de celles des costumes de la marque…

HERMÈS : Une montre-boutonnière qui se met en boule…

Une plongée dans les archives Hermès a permis de remonter à la surface cette « montre-boutonnière », souvenir d’un temps où les femmes suspendaient les montres à leurs robes plutôt que de les accrocher à leur poignet. L’inspiration était suffisante pour créer ce Pendentif Boule, qui tournoie au bout de sa chaine en or gris pour nous dévoiler les quatre cent quatre-vingt diamants qui constellent sa phère d’or gris, avec un dos hémisphérique gainé de cuir – c’est l’indispensable touche du sellier Hermès. Selon son caprice, on pourra commander d’autres gainages, voire même les assortir à d’autres couleurs pour les pierres du sertissage. Hermès a choisi un mouvement à quartz pour animer son Pendentil Boule : dommage, une touche de micro-mécanique aurait ajoutée à la forte valeur créative de cette boule de feu.

GRIEB & BENZIGER : Au secours, les Aliens sont de retour !

Area 51, c’était la zone ultra-secrète où les amateurs accusaient la CIA de cacher les « preuves » de l’existence des touristes extra-terrestres sur notre planète. C’est aujourd’hui le nom de cette montre réalisée sur mesures pour un amateur de science-fiction. Le résultat est assez déroutant : la marque (allemande) Grieb & Benziger, dont la spécialité est le rhabillage en montre-bracelet de mouvements mécaniques de poche de poche, a demandé au micro-sculpteur et orfèvre (allemand) Albrecht Bolz d’imaginer trois Aliens au yeux de rubis sur un cadran au sable de Lune dont les cratères seraient semés de diamants. A défaut d’être de bon goût, cette décoration témoigne au moins d’une certaine minutie dans l’exécution. En fait, l’amateur de science-fiction destinait cette montre à son fils de 12 ans : ça, c’est le détail qui tue…

BURBERRY : Comment perdre du poids en gagnant des couleurs ?

Les matériaux high-tech ne sont plus réservés aux hyper-montres des ultras-créatifs de la nouvelle horlogerie. Si la montre Richard Mille de Rafael Nadal avait fait sensation en 2010 avec les 500 000 euros de ses 20 grammes, ce procédé hautement technologique est désormais accessible à une marque comme Burberry, qui a retravaillé sa célébre The Britain dans ce composite, en y ajoutant des couleurs pimpantes assorties aux pièces du défilé automne-hiver 2013. Le matériau de cette The Britain Bright – qui ne sera édité qu’en dix exemplaires _ est à peu près sept fois plus léger que l’acier (et tout aussi résistant aux rayures). Il est même quatre fois plus léger que le titane. C’est donc l’ultra-light dans l’ultra-bright – avec l’accent british puisque cette montre, parfaitement Swiss Made dans la moindre de ses vis, est on ne peut plus britannique dans sa conception (design : Christopher Bailey, le directeur artistique de la marque) et dans son expression des codes Burberry.

SMARTWATCH : Merci à Samsung pour cette spectaculaire nullité…

Quand on a la conviction – comme la nôtre – que les smartwatches vontpeu ou prou révolutionner le marché de la montre, pour toutes sortes de raisons, on ne peut que remercier Samsung d’avoir tiré la première cartouche de la future « guerre du poignet » avec cette montre qui explique clairement tout ce qu’il ne faut pas faire : un simple gadget (écran déporté) annexé à un téléphone portable, mais un peu trop lourd, une autonomie ridicule (24 heures), un « éco-système » clos sur lui-même, un design dénué de toute créativité, un style sans style, etc. Démonstration parfaite : on se demande comment on a pu loger autant d’inintelligence marketing dans une montre réputée « intelligente » ! Avec une telle montre, si cette Samsung Gear en est une, la Swatch et l’industrie suisse peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Le problème, c’est qu’il y a, derrière cet arbre mal né, une épaisse forêt de centaines d’autres projets, qui constituent les premières vagues d’un raz-de-marée de bracelets connectés qui repousseront très loin du poignet – nous n’en avons que deux, dont un seul est raisonnablement équipable – les banales montres traditionnelles suisses, celles qui n’auront pas un grain de folie créative, culturelle ou statutaire capable de créer des émotions supérieures aux fonctions proposées par les smartwatches. Le fait encourageant pour la montre suisse, c’est que les humains agissent plus par plaisir et par désir que par réflexe rationnel : face à la guerre topographique (et non technologique) qui s’annonce pour conquérir les poignets, l’avenir de la montre, c’est l’égo-érotisme d’une nouvelle sensualité au poignet !

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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