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Deux djihadistes français.

Union sacrée

Islamisme, gauche radicale, Tariq Ramadan, Edwy Plénel : les croisades croisées

Quels sont les ressorts de la bienveillance d'une gauche de la gauche censément laïque et matérialiste à l'égard du fondamentalisme musulman ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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C'est désormais la norme : chaque fois qu'un intellectuel francophone au moins nominalement musulman (romancier, essayiste, journaliste, philosophe, voire même imam) ose mettre le radicalisme en question, un bataillon de sociologues et de plumitifs ultra-progressistes ne connaissant pas davantage l'islam qu'un djihadiste facebookien de la onzième heure se forme pour lui rabattre le caquet et le désigner comme "islamophobe".

Bien sûr qu'un islam éclairé et inséré paisiblement dans un contexte laïque et républicain est possible ! Au moins autant que le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, le rastafarisme ou le pastafarisme. Mais quel est le but de ceux qui veulent en empêcher l'émergence et préféreront toujours un Tariq Ramadan à un Tarek Oubrou ? Sont-ils tout simplement cons ? Rêvent-ils de bordel généralisé et de guerre civile ?

Kamel Daoud, dernière victime en date de cette supercherie, ne parlait même pas de religion stricto sensu lorsqu'il s'est fait lyncher et s'interrogeait plutôt sur le rapport aux femmes de la société patriarcale et sexuellement réprimée dont il est lui-même issu, enfonçant des portes pourtant déjà ouvertes par ce saint des saints du progressisme médiatique qu'est Le Monde Diplomatique. Mais, même ça, c'était encore trop...

Ramadan ne fait pas semblant de croire en la toute-puissance d'Allah en rêvant du socialisme réel

Dans son excellent livre sur l'impossibilité pour l'extrême gauche de penser le fait religieux, Jean Birnbaum s'agaçait récemment du pseudo-marxisme qui sert de grille de lecture universelle à des gens pour qui la dialectique dominant-dominé est indépassable. Les déterminismes culturels antagonistes ? Pure invention d'universitaires à l'agenda douteux. La croyance dans le divin ? Simple étape intermédiaire sur le chemin de la vérité matérialiste. Et en attendant le Grand Soir ? Allions-nous aux barbus dans la lutte contre le grand capital !

Birnbaum, pour autant, est peut-être encore en dessous de la réalité. Un Plenel, par exemple, en assénant sur France culture que "la haine du multiculturalisme réunit dans la même croisade Donald Trump, Marine le Pen, Manuel Valls et Poutine", ne tombe vraisemblablement pas dans le n'importe quoi relativiste par incapacité à saisir que son pote Ramadan ne fait pas juste semblant de croire en la toute-puissance d'Allah tout en rêvant du socialisme réel.

Et c'est peut-être précisément dans cette pureté radicale qu'il se reconnaît, notre Magnum du trotskisme. Dans ce refus de la demi-mesure, de l'esprit de compromis et de la modération qui fait ressembler un musulman réformiste à un collabo, un oncle Tom, un "social-traître" que l'on ne saurait que mépriser. Et tant pis pour les femmes, et tant pis pour les homosexuels : Dieu reconnaîtra les siens, comme disaient les, hum, croisés...

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