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Fachosphère, gauchosphère, machinsphère : les nouvelles chapelles numériques
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Fachosphère, gauchosphère, machinsphère : les nouvelles chapelles numériques

Avant Internet, nous étions probablement tout aussi cons, bornés, intolérants et incapables de débats contradictoires civilisés, mais ça se voyait moins.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Ce n'est pas la première fois que je me fais cette réflexion, ni la dernière sans doute, et il existe certainement de nombreuses études savantes qui décrivent et analysent le phénomène, mais la manière dont le Web polarise les opinions et enferme les internautes dans des chapelles idéologiques au lieu de faire exactement le contraire est fascinante.

 

Il n'a jamais été aussi facile de s'informer sur ceci ou cela, de se confronter à des points de vue concurrents, de bousculer ses propres préjugés et certitudes et de débattre entre gens de bonne compagnie de tout et n'importe quoi sans même prendre le risque de se prendre un bourrepif en cas de désaccord persistant, mais non, ça ne marche pas comme ça.

 

Les sites d'info "de droite" sont de plus en plus "à droite", les sites d'info "de gauche" de plus en plus "à gauche", au sens où ils promeuvent les uns et les autres leurs kits parallèles de prêt-à-penser au grand bonheur de commentateurs enthousiastes (et de quelques "trolls" dissidents, ça va sans dire). Sur Facebook et sur Twitter, cliques et tribus communient dans la détestation du camp d'en face à coups de citations définitives et de liens vers Wikipédia que plus personne ne se donne la peine de suivre parce qu'ils ont déjà été postés 748 fois.

 

Qu'une énième manif contre la loi Travail (un texte simultanément ultra-libéral et d'inspiration soviétique selon les sources) se produise, et Mediapart dépêche ses reporters-militants à la recherche de CRS fascistes quand Valeurs Actuelles envoie les siens au chevet de pandores molestés par des nihilistes encagoulés. Qu'un trou soit creusé quelque part à la campagne, par des gens dont on ne sait rien et pour des raisons qui nous restent objectivement obscures, et c'est la foire d'empoigne entre pros et antis jusqu'à apparition du premier point Godwin.

 

Il est assez rare de souhaiter passer pour un abruti borné et infichu de se remettre en question (les chapelles Internet, à l'instar des chapelles tout court, ne se montrent d'ailleurs intolérantes qu'au nom de la tolérance et n'appellent à couper la tête des "idiots-utiles", "bobos", "bien-pensants", "bisounours", "populo-fascistes" et "islamo-gauchistes" ennemis qu'en défense de la liberté d'expression), mais le plaisir évident que d'aucuns prennent à s'auto-caricaturer pourrait faire penser le contraire.

 

Je n'ai pas de solutions à offrir, c'est terrible. Mais, manifestement, si tout le monde pensait comme moi, on n'en serait pas là.

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