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Du foot au terrorisme en passant par la CGT : la semaine de tous les dénis
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Rhétorico-laser

Du foot au terrorisme en passant par la CGT : la semaine de tous les dénis

On avait pris l’habitude du grand "n’importe quoi" dans les commentaires d’une actualité de plus en plus tragique ; mais la semaine écoulée a marqué une étape supplémentaire dans l’effondrement de ce qui restait de sens dans le langage commun.

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Le fait paraît si anecdotique que l’on ne le mentionnerait même pas, si son traitement médiatique n’était révélateur de l’époque : le bras d’honneur de Paul Pogba à la presse et sa censure par BEin sport qui pose problème dans une démocratie transparente et aux usages de laquelle cette jeune chaîne qatarie doit rapidement s’habituer. « Cachez ce geste que je ne saurais voir » n’est une attitude ni recevable, ni même efficace dans un monde où une image publique d’une star sportive n’a aucune chance d’échapper au moindre téléphone portable. Quant aux commentaires laborieux qui ont suivi, de l’agent du joueur, du joueur lui-même et de plusieurs médias, pour nous expliquer qu’il ne s’agissait nullement d’un bras d’honneur mais d’un pas de « danse », d’une « sarabande », ils laissent pantois. Non qu’il y ait de quoi accabler ce grand champion qu’est Paul Pogba. Mais pour dissiper cette soi-disant « polémique inutile » (dixit un journaliste), alors que c’était son geste qui l’était, il lui aurait été bien plus simple de S’EXCUSER. Et il en serait sorti grandi. Mais qui s’excuse encore de nos jours ? Là est le vrai problème et l’exemple vient de haut. 

Plus ennuyeuse la langue de bois de la CGT sur la présence de « casseurs » (de l’extrême gauche violente, devrait-on dire) parmi ses propres troupes. Là encore, la stratégie du déni n’a pas fonctionné devant l’évidence et l’abondance des images. D’où la deuxième version : les militants se seraient simplement « défendus » contre la charge des forces de l’ordre. Philippe Martinez a, sans broncher, répété cette version sur toutes les ondes, même si se « défendre » contre des policiers immobiles et éloignés de 30 mètres est pour le moins un nouveau concept. A moins que chef de la CGT n’ait voulu illustrer une vieille maxime : la meilleure défense, c’est l’attaque ! 

Mais la palme du pire revient encore une fois aux suites des attentats d’Orlando et de Magnanville. Il y a encore eu de nombreuses voix la semaine dernière pour rejeter le terme d’ « islamisme », puisque « islam » est dedans : risque « d’amalgame » et de « stigmatisation » ! Réaction fréquente notamment parmi les sociologues, dont la discipline a pris en France la couleur quasi-exclusive de la vulgate bourdieusienne. On aura ainsi découvert une nouvelle catégorie de terrorisme : « le terrorisme sexuel » contre la communauté gay, illustré par le massacre d’Orlando. Expression très malheureuse d’abord, car faisant plutôt penser à des viols de masse, ce qui n’est pas exactement le cas d’espèce. Et expression qui, si on la suit, instaurerait une typologie du terrorisme selon ses cibles : terrorisme « anti-flics » anti-militaires, antisémite… : autant de terrorismes différents ? Et pourtant derrière toutes ces cibles, d’ailleurs nommées d’avance, l’on retrouve la même idéologie, les mêmes auteurs et le même mode opératoire. De quoi donc parler d’un point de vue vraiment scientifique d’un seul et même phénomène : en l’occurrence le terrorisme islamiste.  Quant à la peur de « l’amalgame », faudrait-il, comme le remarquait Mohammed Sifaoui, s’interdire de parler « d’extrême-droite » ou « d’extrême-gauche » pour ne pas insulter la droite et la gauche ? Ou refuser de nommer et de condamner le « national-socialisme », de peur de stigmatiser le socialisme ?

Nos sociologues devraient relire (ou lire) Hannah Arendt qui a rendu compte du mécanisme à l’œuvre, il y a des décennies : ce qui constitue le totalitarisme (dont l’islamisme est la dernière version) c’est justement l’engrenage infernal d’une idéologie ivre d’elle-même et d’une violence sans limite : « on ne peut pas poser A sans poser B puis C, et ainsi de suite jusqu’à la fin de l’alphabet du meurtre ». Traduction contemporaine : on ne peut pas poser la haine de l’Occident sans poser la haine de ceux qui le défendent (militaires, policiers) et de ceux qui l’incarnent par leur liberté (« fêtards », gays notamment).

La plupart des musulmans eux-mêmes ne s’y trompent pas. Il faudrait un peu plus faire droit et place aux voix - comme la manifestation de la communauté musulmane en hommage aux policiers assassinés à Magnanville - qui dénoncent cette perversion totalitaire de leur religion : perversion dont l’influence croît depuis des décennies et dans l’aveuglement général, à grands coups de pétrodollars. 

C’est ainsi que l’on sortira enfin du double piège du déni et de l’amalgame.

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