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Les subventions publiques mondiales livrées au secteur de l’énergie fossile représentent 5.300 milliards de dollars.
Les subventions publiques mondiales livrées au secteur de l’énergie fossile représentent 5.300 milliards de dollars.
©Reuters

Roi du pétrole ?

Ce que coûte vraiment l’énergie bon marché

Les subventions publiques mondiales livrées au secteur de l’énergie fossile représentent 5.300 milliards de dollars, soit 10 millions d’euros par minute. Une somme astronomique, dépassant celle accordée au secteur de la santé, que dénonce le FMI.

Philippe Chalmin

Philippe Chalmin

Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Membre du Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier Ministre, il est le président fondateur de CyclOpe, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières.

Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, dont le récent « Demain, j'ai 60 ans : Journal 2010 - 2011 ».

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Atlantico : Le FMI met en avant des chiffres énormes, et il semblerait que les montants soient encore plus gros. Qu’en pensez-vous ?

Philippe Chalmin : Les subventions publiques sont des subventions à la consommation auprès des états producteurs. Ces pratiques sont très classiques et elles ne sont pas nouvelles. Les produits pétroliers sont largement subventionnés dans les pays producteurs. C’est une explication d’un niveau de consommation extrêmement élevé, par rapport à d’autres pays non-producteurs. Ces pratiques font partie de la sphère politico-sociale, et n’ont rien de nouveau.

Cela fait bien longtemps que l’on s’indigne du gaspillage énergétique d’un certain nombre de pays producteurs. Je ne suis pas sûr que l’on puisse raisonner à l’échelle mondiale sur ce phénomène. Ils vendent leur pétrole beaucoup plus cher à l’international, et à prix coutant sur le marché intérieur. La notion de prix coutant pour eux peut-être extrêmement faible. On est en présence d’un vrai problème qui est celui d’un gaspillage dans les pays producteurs. Dans la plupart des pays développés, l’énergie fait en revanche l’objet de taxation extrêmement lourde. A l’image de la France, le coût fiscal de nos carburants est très important.

L’éventuelle suppression de ces subventions pourraient-elles avoir un impact sur le prix de l’énergie ?

Je pense que, politiquement, pour la plupart de ces pays, c’est extrêmement difficile à imaginer. La plupart de ces pays ne sont pas des modèles de démocratie. Ils ont des équilibres sociaux fragiles, et je pense qu’augmenter le prix des carburants et de l’essence, ou du chauffage, est politiquement très difficile.

Aux Etats-Unis, les taxes sur le pétrole sont faibles, et le produit est très bon marché. On retrouve des prix qui sont considérablement différents de ce que l’on peut trouver en Europe. Mais ces prix font partie du modèle américain et des intangibles de l’american way of life.

Comment la suppression de ces subventions participerait à la croissance mondiale, à la protection de la santé et du climat ?

C’est évident qu’une mesure en ce sens favorisait une réduction des effets de serre. Mais j’imagine mal la suppression de ces subventions intervenir dans un certain nombre de pays. Si on prend l’exemple extrême d’un Etat producteur comme le Venezuela, ou l’essence coûte chère, cela me semblerait surprenant que le gouvernement accepte la suppression de ces subventions à l’exportation. Ils avaient un programme qui, dans la zone des Caraïbes, leur permettait de vendre du pétrole en dessous du prix du marché à un certain nombre de pays amis. Ils viennent de le supprimer car ils n’en ont plus les moyens. De là à ce qu’il fasse la même chose sur leur marché domestique, je pense que politiquement ce serait impossible.

La suppression de ces subventions me parait difficile car j’observe une énorme pression politique et sociale sur de très nombreux marchés. Observez tous les débats en France quand on discute du prix de l’énergie. Imaginez les débats qui seraient suscités dans des pays non démocratiques et producteurs de pétrole. Dans le cas américain, il y a probablement un travail de certains lobbyistes pétroliers, vent debout contre toute augmentation. Par ailleurs, on voit bien les blocages qu’il peut y avoir sur des programmes connexes comme les subventions à la production et à l’intégration de l’éthanol dans l’essence.Je ne suis pas sûr que cette étude, très intéressante, du FMI, conduise à des mesures très concrètes. Pour l’instant, le pétrole règne en maître, et est incontournable et non substituable à court ou moyen terme, dans de très nombreux pays. Le cas de la Chine est peut-être un peu différent et fait quelques efforts vers les énergies renouvelables. La problématique chinoise est de sortir du charbon, énergie encore plus polluante que le pétrole. Le gaspillage de l’énergie dans les pays producteurs est une réalité. Mais très complexe, car on rentre dans le domaine de la souveraineté des Etats.

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