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Sardaigne : le pape attaque le système économique commandé par "l'argent roi"
©Reuters

Religion

Sardaigne : le pape attaque le système économique commandé par "l'argent roi"

Le pape François était en visite pastorale en Sardaigne ce week-end où il a rencontré pauvres et détenus dans la cathédrale de Cagliari.

Le pape François, en visite pastorale en Sardaigne, a dénoncé dimanche l’argent, «idole» au centre d’un système économique mondial qui «commande» tout, et le manque de travail, tout en appelant les jeunes à «se fier à Jésus».

Après son arrivée à l’aéroport de Cagliari peu après 08h15, il s’est rendu sur l’une des places centrales de la capitale de la Sardaigne, où il a été accueilli par des milliers de personnes brandissant des drapeaux aux couleurs (blanc et or) du Vatican, mais aussi de Sardaigne et d’Argentine, son pays natal.

Un chômeur, une patronne de coopérative solidaire et un berger, tous originaires d’une île où le chômage dépasse les 18% de la population active (12% en Italie), et jusqu’à 51% chez les jeunes, l'attendaient. Après avoir évoqué les «souffrances» traversées «par les «jeunes sans emploi, les personnes en situation précaire, les entrepreneurs et les commerçants qui peinent à aller de l’avant», le pape François s’est écarté de son discours officiel pour parler de sa propre histoire. «C’est une réalité que j’ai bien connue en Argentine. Je n’ai pas, à proprement parler, expérimenté cette souffrance (le manque de travail, ndlr) mais ma famille, oui», a-t-il expliqué.

Ce manque de travail est la «conséquence d’un choix mondial, d’un système économique qui a en son centre une idole qui s’appelle l’argent», a-t-il martelé, ajoutant vouloir «remettre au centre l’homme et la femme». «Sans travail, il n’y a pas de dignité», a souligné fermement le pape.
 

«Luttons tous contre cette idole qu’est l’argent, contre un système sans éthique, injuste, dans lequel l’argent commande tout», a-t-il lancé, reprenant cette thématique de «l’argent roi» qu’il a fait sienne depuis le début de son pontificat, déclenchant applaudissements et pleurs. «Pour préserver ce système idolâtre, on abandonne les plus faibles, les vieux, ceux qui n’ont nulle part où loger. On est en train de parler d’une euthanasie dont on tairait le nom», a-t-il dit, improvisant de nouveau sur un thème qui lui est cher, celui des laissés pour compte de la crise.

Quelque 100 000 personnes, venues de toute l’île, ont assisté sous un grand soleil à la messe, selon les forces de l’ordre. Après un déjeuner, pris en commun avec les évêques de l’île, le pontife a rencontré pauvres et détenus dans la cathédrale de Cagliari.

«Les œuvres de charité doivent être accomplies avec humilité, tendresse et miséricorde», leur a déclaré le pape, en fustigeant ceux qui «utilisent Jésus pour leur vanité». «Ceux-là instrumentalisent les pauvres dans leurs propres intérêts (...) c’est un péché grave!», a-t-il dénoncé.

Le pape a enfin exhorté ces milliers de jeunes venus à sa rencontre à «se fier à Jésus», un «compagnon fidèle» depuis 60 ans pour lui - il a raconté avoir fêté samedi l’anniversaire de sa vocation - «qui ne l'(avait) jamais laissé seul». «Un jeune sans espérance et sans joie n’est pas un jeune», leur a-t-il lancé, les mettant en garde contre «les marchands de morts» qui profitent de leurs échecs. A la fin de la journée, en référence au double attentat suicide perpétré contre une église au Pakistan, qui a fait 70 morts - l’attaque la plus sanglante jamais menée contre la minorité chrétienne - le pape a estimé qu’il s’agissait d’un «mauvais choix, de haine et de guerre», et que «ce chemin n'(était) pas le bon». Il a appelé la jeunesse à «construire un monde meilleur, un monde de paix» et de ne pas faire «des choix erronés qui portent à la destruction».

Lu sur Libération

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