Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Europe
Voilà pourquoi l’UE devrait se garder de remettre en cause le libre-échange en matière de vaccins (et non, on ne parle pas d’idéologie mais d’avantages concrets).
©JUSTIN TALLIS / AFP

Contre-intuitif

Voilà pourquoi l’UE devrait se garder de remettre en cause le libre-échange en matière de vaccins (et non, on ne parle pas d’idéologie mais d’avantages concrets)

Alors que la France vient de fixer un objectif de 250 millions de doses de vaccins Covid-19 produites sur son sol en 2021, notamment avec les vaccins BioNTech-Pfizer produits sur le site Delpharm, des contraintes européennes pourraient freiner cet élan. Certains dirigeants européens, comme Ursula von der Leyen, souhaiteraient limiter les exportations européennes de vaccins.

Jacob Kirkegaard

Jacob Kirkegaard

Jacob Funk Kirkegaard est chercheur au Peterson Institute for International Economics (PIIE) et au German Marshall Fund (GMF) au bureau bruxellois du GMF depuis septembre 2020. Ses recherches actuelles portent sur l'économie, les réformes européennes, l'immigration, les tendances dans le secteur des investissements, les systèmes de retraite, la démographie, la délocalisation ou bien encore l'impact des technologies de l'information.

Voir la bio »

Atlantico : Des dirigeants européens comme Ursula von der Leyen voudraient restreindre les exportations européennes de vaccins. Pourquoi est-ce pour vous une mauvaise idée?

Jacob Kirkegaard : C'est une très mauvaise idée premièrement pour les pays du monde qui pourraient ne pas faire vacciner leur population le plus rapidement possible, même s'ils ont peut-être des flambées de Covid plus graves que dans l'Union européenne (comme par exemple le Brésil, bien qu'en principe la proportionnalité de la Commission, les clauses de réciprocité et les exceptions COVAX devraient signifier que les vaccins destinés au Brésil ne seront jamais réellement bloqués). Deuxièmemement pour l'UE elle-même, car elle risque des représailles de la part d'autres pays contre les exportations de composants de vaccins vers l'UE, ce qui compromettra à nouveau la capacité de l'UE à augmenter considérablement la production de vaccins dans son pays au deuxième trimestre et plus tard dans l'année pour atteindre l'objectif déclaré de 3 milliards doses par an. L'UE a déjà «payé le prix» sous forme d'exportations au premier trimestre, alors que les vaccins étaient rares dans le pays, il serait donc fou d'inciter à des représailles au deuxième trimestre et plus tard dans l'année, au risque de l'énorme augmentation de la production observée actuellement en Europe. Enfin, l'UE risque d'acquérir une réputation franchement imméritée de nationalisme vaccinal, car elle - contrairement aux États-Unis et au Royaume-Uni - n'a pas limité les exportations de vaccins (sauf dans un cas vers l'Australie) jusqu'à présent dans la pandémie.

Dans un contexte de pandémie mondiale, pourquoi le libre-échange est-il toujours un bon système pour permettre à tous les pays de se procurer suffisamment de vaccins ?

Parce que les chaînes d'approvisionnement de l'industrie pharmaceutique sont complexes et traversent de nombreuses frontières (jusqu'à 400 ingrédients dans un vaccin), donc si vous bloquez les exportations de vaccins et que d'autres pays ripostent contre vous, vous risquez de compromettre la capacité des entreprises à augmenter leur production le plus rapidement possible, conduisant à des niveaux de production de vaccins plus faibles et des vaccinations moins nombreuses et potentiellement beaucoup plus coûteuses.

La manière dont les dirigeants européens remettent en question le libre-échange de nos jours pourrait-elle se retourner contre l'Europe à l'avenir?

Absolument, si d'autres pays ripostent contre l'UE et bloquent les exportations vers l'UE de composants de vaccins, la capacité de production de l'UE sera menacée. L'UE souffrira également politiquement (ce qui est injuste par rapport aux vrais nationalistes vaccinaux comme aux États-Unis et au Royaume-Uni), en étant considérée comme donnant la priorité à sa propre population par rapport à celle des populations plus pauvres et éventuellement plus malades. C'est également une mauvaise politique de santé pour l'UE elle-même, car le simple fait de vacciner la propre population de l'UE risque rapidement de laisser le temps à de nouveaux variants de virus d'émerger ailleurs dans le monde, les rendant éventuellement résistants aux vaccins. En fin de compte, nous nous projettons et nous ne parions au-delà de cette pandémie qu'une fois que nous serons tous vaccinés - le nationalisme vaccinal pousse ce point plus loin dans le futur.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !