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Vers un vaccin anti-addiction ?
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Vers un vaccin anti-addiction ?

Des chercheurs américains travaillent à l'élaboration d'un vaccin anti-addiction qui pourrait arriver en France d'ici deux à trois ans.

Jean-Michel Scherrmann

Jean-Michel Scherrmann

Jean-Michel Scherrmann est Professeur à l’université Paris-Descartes à la faculté de pharmacie, et directeur de l'unité inserm 705 de neuropsychopharmacologie des addictions.

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Atlantico : La recherche américaine est en train de mettre au point un vaccin anti-addiction, qui pourrait voir le jour bientôt. Où en est la recherche sur ce type de vaccins en France ?

Jean-Michel Scherrmann : En France, nous suivons ce qui se passe aux États-Unis, où la recherche institutionnelle sur ce type de vaccin est encouragée financièrement par des organismes de soutien.

Nous sommes plutôt attentistes, suiveurs. Il n'y a d'ailleurs pas tellement de projets, ni de laboratoires industriels qui travaillent sur la question. Quelques rares laboratoires pharmaceutiques, pas seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier étudient le développement de tels vaccins.

 

Quels résultats peut-on d'attendre de ces vaccins anti addiction ?

La première génération de vaccin qui a été inventée n'était pas suffisamment performante pour entraîner des résultats très nets. Néanmoins, le sort de ces vaccins n'est pas scellé, la recherche est cours.

Nous pouvons nous attendre à des améliorations, car il existe aussi des petits indices dans certaines études qui démontrent une réduction de la consommation de cigarettes chez les personnes vaccinées. Autre bon point en faveur de ces vaccins : ils sont bien tolérés par les patients.

Si les résultats restent donc mitigés pour le moment, il ne faut donc pas complètement condamner le concept. Nous avons de bonnes raisons de garder espoir parce que nous avons identifié les raisons de la faiblesse des vaccins actuels. Elle est essentiellement due au fait que les vaccins ne conduisent pas à la formation d'anticorps suffisamment importants. De fait, les quantités d'anticorps contenues dans le vaccin restent encore un petit peu faibles par rapport à la consommation des patients. Par exemple, pour des personnes qui fument une vingtaine de cigarettes par jour, la quantité d'anticorps fournie par le vaccin actuel n'est pas suffisante pour aider à observer un effet neutralisant.

 

Certains émettent de sérieux doutes sur l 'efficacité de ces vaccins

Il faut faire attention à ce que l'on dit. Scientifiquement, ces vaccins ont un sens. Nous en connaissons les limites, et c'est un domaine où nous pouvons progresser vite.

Pour l'instant aucun de ces vaccins n'a obtenu d’autorisation de distribution sur le marché, nulle part dans le monde. Les vaccins les plus avancés en sont au mieux à la phase 3 des essais cliniques, c'est-à-dire à l'étape ultime avant commercialisation. En ce moment, les chercheurs essaient d’évaluer les conséquences de ces vaccins et notamment pour savoir si leurs effets sont supérieurs à l'effet placebo. Si leur efficacité est prouvée, ils pourraient voir le jour dans le commerce d'ici deux à trois ans. Prudence donc.

Ce qui est vrai en revanche, c'est que cela représente un marché lucratif pour les industries. Surtout que - contrairement aux médicaments traditionnels - leur développement est assez rapide : de cinq à six ans. Si l'industrie s'y intéresse c'est qu'il existe une possibilité de faire de l'argent :les études de marchés doivent être encourageantes, sinon ils ne le feraient pas.

 

D'un point de vue scientifique, comment fonctionnent les vaccins anti addiction ?

D'abord, il faut insérer dans la formule du vaccin la drogue que nous souhaitons neutraliser. Puis, grâce à une série d'injections de ces composants une fois par mois pendant cinq à six mois, des anticorps anti cocaïnique ou anti amphétaminique vont apparaître dans l'organisme du patient vacciné. Et quand le patient consommera à nouveau de la drogue, elle va être piégée par les anticorps qui circulent.

Cela fonctionne de la même manière que les patchs ou les gommes pour arrêter de fumer. Le principe c'est de faire arriver la nicotine le plus lentement possible au niveau du cerveau. Car on considère que la dépendance est liée à la vitesse, à la brutalité avec laquelle la drogue pénètre dans le cerveau. Le fait de ralentir l'arrivée de la drogue dans le cerveau atténue la dépendance.

Au final nous n'éradiquerons peut-être pas totalement la drogue, mais nous avons de bonnes chances de réussir à en freiner la consommation.

 

Un dernier mot sur la définition même du terme "addiction". De quoi s'agit-il précisément ?

L'addiction correspond à un état neuro biologique, un dérèglement cérébrale dont on ne connaît pas tous les mécanismes. Le résultat : le patient tombe dans ce qu'on appelle une pathologie mentale. C'est un état qui fait franchir un cap irréversible où le patient a un besoin difficile à retenir. Il veut toujours re-consommer le même produit.

En tant qu'hospitalo-universitaire, ayant contact avec la recherche fondamentale dans ce secteur, je ne peux pas donner du crédit aux personnes qui nient l'existence de l’addiction. Mes patients doivent être traités, et aidés. Il faut avoir un point de vue médical sur l'addiction.

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