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Ce dimanche, Usain Bolt a facilement emporté la finale du 100m en 9.63 (nouveau record olympique).
Ce dimanche, Usain Bolt a facilement emporté la finale du 100m en 9.63 (nouveau record olympique).
©Reuters

Le mentaliste

Mental de champion : Usain Bolt court-il avec ses jambes ou avec sa tête ?

On le disait en plein doute avant les JO, et pourtant : ce dimanche, le Jamaïcain a conservé son titre olympique de 100m et prouvé à ses détracteurs qu'il savait être présent au moment opportun.

Hubert Ripoll

Hubert Ripoll

Hubert Ripoll est psychologue du sport et essayiste. Il a travaillé auprès de plusieurs équipes de France et avec de nombreux champions olympiques et champions du monde. Il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages sur la psychologie des champions et des coachs sportifs. Il a publié Le mental des champions (Payot, 2008), Le mental des coachs (Payot, 2012), La résilience par le sport (Odile Jacob, 2016).

On peut retrouver l’ensemble de son travail et de ses analyses sur les blogs Le mental des champions, Le mental des coachs, La résilience par le sport.

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Atlantico : Un faux départ éliminatoire lors des derniers mondiaux, une défaite lors des sélections jamaïcaines contre Yohan Blake, un accrochage en voiture début juin qui aurait réveillé sa scoliose chronique : avant sa victoire ce dimanche en finale du 100m, de nombreux doutes entouraient la capacité d'Usain Bolt à se maintenir au sommet du sprint mondial. Pourtant, il a réussi à conserver sa médaille olympique. Doit-il sa victoire autant à sa capacité physique à courir vite qu'à son mental qui lui a permis de surmonter toutes ces difficultés ?

Hubert Ripoll : Il existe un grand nombre de cas où des hyper favoris ont perdu parce qu’ils ne sont pas en état de faire face psychologiquement, alors que ce sont des grands champions, des champions olympiques. Le meilleur exemple est donné par Tony Estanguet qui atteint le Graal à Londres après avoir fait naufrage à Pékin.

Pour répondre à votre question, on ne gagne pas avec sa tête… mais on ne gagne pas sans sa tête. Il faut des qualités physiques, techniques et athlétiques, auxquelles s’ajoute le mental, qui peut tout enflammer, vous permettre de vous dépasser.

Pour Usain Bolt, manifestement il  a un titre dans les pattes parce qu’il avait encore, mécaniquement au moins, un temps d’avance sur les autres. Effectivement, il peut se mettre à douter. Mais sa marge est importante. Le doute peut le limiter, mais pas autant que pour des champions d’un niveau inférieur. 

Quelle est la part du mental par rapport au physique et à l’inné ? Quelqu’un qui ne serait pas né avec un corps d’athlète peut-il le devenir à force de détermination ?

On compte un grand nombre d’athlètes de haut niveau qui avaient d’abord été écartés par les centres de sélection, Zidane ou Platini par exemple.

Ceci dit, la principale qualité mentale pour des sportifs est d’être capable d’endurer pour durer. Parce qu’ils doivent tenir longtemps, affronter un grand nombre d’échecs et s’en relever. Ces échecs ne doivent être rien d’autre que des expériences. Dans ce cas, l’échec peut être utilisé comme une expérience qui permet d’aller plus loin la fois suivante. C’est encore Estanguet qui déclare, après sa médaille, que sa victoire à Londres a été construite sur l’échec de Pékin. On ne peut pas opposer le physique et le mental. Le mental est ce qui permet de magnifier le physique.

Quels sont les mécanismes psychologiques qui sont la marque des « numéros un » ?Quelles sont les différences entre notre mental et le leur ?

Parmi nous, il y a des obsessionnels du travail qui réussissent. Quelle différence entre le mental d’un sportif et celui d’un musicien virtuose ? L’un est capable d’encaisser de grosses charges de travail intellectuel, l’autre va encaisser de grandes charges de travail à la fois physiquement et mentalement. Mais ils se retrouvent dans leur capacité à se battre et à se faire mal : pour être premier, pour être celui qui va jouer comme on n’a jamais joué, celui qui va courir comme on n’a jamais couru. On retrouve ces traits psychologiques chez tout individu d’exception qui a décidé d’être le numéro un.

Vous parlez de la faculté d’entrer dans un état second qui porte au-dessus de ses adversaires. Comment y parvenir ?

En premier lieu, il faut se sentir bien dans le système qui vous entoure : avec vos relations, avec vos proches, votre entraîneur, vis-à-vis de vous même.  On ne peut atteindre l’état d’esprit nécessaire pour gagner une médaille que si ce système, cet ensemble est harmonieux. On ne peut être dans un état de disponibilité maximum que si l’on est en équilibre.

Ensuite, il s’agit d’acquérir la maîtrise absolue de la technique, de telle sorte que cette technique ne soit plus un problème et qu’elle consomme le moins de ressources attentionnelles.

Le reste est une question de routines psychologiques que les grands champions apprennent à sélectionner. Ils repèrent les moments dans lesquels ils sont dans cet état d’esprit particulier et passent leur temps à se rapprocher le plus possible des événements qui ont provoqué cet état d’esprit afin de les reproduire. Le champion apprend à utiliser des déclencheurs, qui sont souvent des formes de rituels. Attention, je ne parle pas de rituels magiques, de croyances ou de gri-gri. Ce sont des façons de se préparer, des façons d’entrer sur la piste ou le tatami, et de se comporter. Le champion rentre dans un état qui lui est familier et qui lui permet d’être dans un mode de concentration extrême, lorsque la pression est maximale.

Donc : 1) l’équilibre général, au sens large ; 2) la maîtrise des techniques corporelles ; 3) repérer les moments où l’on se sent particulièrement bien et apprendre à les déclencher.

La concentration mène à des états modifiés de conscience : l’état de grâce, la Zone ou le Flow. 

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