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Un jour, votre téléphone portable pourrait être alimenté grâce à des micro moulins à vent
©DR

Micro-turbine

Un jour, votre téléphone portable pourrait être alimenté grâce à des micro moulins à vent

De repos à la campagne, vous n'avez pas d'électricité pour recharger votre téléphone portable ? No panic, bientôt, des micro-moulins à vent fourniront assez d'énergie pour vous permettre de rallumer votre précieux bien.

Gilles Berhault

Gilles Berhault

Gilles Berhault est Président du Comité 21, Comité français pour le développement durable.

Il est également Président d’ACIDD, association communication et innovation pour le développement durable

Gilles Berhault est aussi l'auteur de Développement durable 2.0. L’internet peut-il sauver la planète ? (Edition de l’Aube)

Gilles Berhault
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Atlantico :  Smitha Rao and J.-C. Chiao, chercheurs américains, ont fabriqué une turbine si minuscule que dix d'entre elles peuvent tenir sur un grain de riz. Ces micro-moulins à vent seraient une source décente d'énergie. Comment ce concept est-il réalisable ?

Gilles Berhault Le 21e siècle est autant celui des bouleversements climatiques que celui des révolutions technologiques qui s’enchaînent. Il est celui de la rupture avec un modèle ancien fondé à la fois sur l’abondance d’une ressource notamment énergétique peu chère et la difficulté d’accès à l’information (et au savoir). Le paradigme a changé totalement. Le modèle est aujourd’hui celui de l’efficacité, de l’accès au partage et à la communication et surtout de la créativité. Et c’est bien ce qui interpelle avec ce projet de micro-moulins à vent, c’est qu’il représente un vrai pas de côté dans l’approche. Nous ne cherchons plus une énergie très « centralisée », avec la puissance de la multitude gérée en autonomie

Il n’y a pas encore d’éléments techniques  permettant de dire si ce concept pouvait fonctionner. A l’heure actuelle, on constate de nombreuses nouveautés techniques ; de plus en plus d’idées de ce genre prennent naissance. L’évolution est que ces communautés techniques, interconnectées, ne viennent plus du MIT (Massachusetts Institute of Technology, ndlr) ou d’un grand laboratoire de recherche. Mais dans le cas précis on manque de référentiel.

L'énergie générée par ces turbines de 1,8 millimètre de large est-elle suffisante pour recharger un téléphone portable ? Comment ça fonctionne, concrètement ?

Nous sommes à du micro, du précis… avec un premier pas vers les technologies embarquées dans le corps. Nous devons faire confiance à l’imagination. Et accepter que ce qui était de l’ordre de la science fiction d’un Philip K. Dick soit aujourd’hui de l’ordre du possible. C’est aussi cela s’inscrire dans une démarche de développement durable.

Vul’évolution des technologies à l’heure actuelle, ça doit être possible de mettre en œuvre ces micro-moulins à vent. A partir du moment où c’est une éolienne, il y a un générateur. Avec le vent, l’aile tourne et produit de l’électricité. Pour le moment, on est dans une logique de très grandes éoliennes qui alimentent des villages entiers. Ici, on part dans l’excès inverse : on essaie de faire des éoliennes les plus micro possible. Ca pose plein de questions : comment adapter ces éoliennes aux autres sources d’énergie ? Comment en faire une énergie interopérable avec d’autres sources ? Il est évident que ces moulins à vent ne pourront pas seuls résoudre les problèmes. Mais ils pourront en résoudre une partie si est inventé un générateur qui a une productivité en terme d’énergie supérieure à ce qu’on sait faire aujourd’hui.

Peut-on encore accroître davantage la puissance énergétique de ces micro-moulins à vent en conservant leur petite taille ?

Une autre dimension intéressante est celle de la petitesse… Tout l’imaginaire ancien était fondé sur le gigantisme… Ulysse affrontait les géants. Nous sommes face à tout le contraire. Bernard Werber a écrit un livre sur les microhumains. La technologie réduit les humains ce qui résolvent plein de problème suite à des catastrophes industrielles ou en médecine. Et bien évidemment un micro humain (dix fois plus petits) consomme dix fois moins la planète.

Il est évident qu’il est possible d’accroître davantage la puissance énergétique de ces micro-moulins à vent en conservant leur petite taille. La priorité reste, on l’a dit, de consommer moins d’énergie. Un téléphone qui dépense peu d’énergie se recharge plus rapidement. Ce n’est pas parce qu’on invente des nouvelles choses qu’il faut oublier l’obsession de consommer moins.

Ce concept pourrait-il être étendu à d'autres produits rechargeables ? Pourrait-il être utilisé comme source d'énergie dans la vie courante ?

Il reste à développer la troisième dimension, celle de l’interopérabilité. Une innovation technologique doit et devra de plus en plus s’inscrire en complémentarité. À l’ère des nanotechnologies – pourra-t-on aller jusqu’à des éoliennes à un niveau macro ? – la question prioritaire est celle de l’interopérabilité. Si la faisabilité des micro-moulins à vent semble plus ou moins résolue, se pose la question de la batterie et des complémentarités énergétiques. L’avenir économique de l’énergie ne se fondera pas sur une solution, mais sur des complémentarités et sur la capacité à collaborer entre les entreprises, ceux qui gère les territoires et ceux qui les utilisent.

On pourra utiliser plein de sources d’énergie, les micro-moulins à vent ou en un peu plus grand. N’oublions jamais qu’il faut bien calculer le cout de fabrication énergétique de l’éolienne et être sur qu’il n’est pas supérieur à l’énergie qu’elle consommera dans sa vie. Avec toutes ces réserves, oui on verra toujours plus ce genre de moulins à vent.

On pourrait voir ces micro-moulins à vent compatibles plutôt sur du bâti. Les scientifiques sont partis du téléphone car c’est tendance et que ça concerne de nombreux utilisateurs. Mais la réelle question est l’énergie. On en a besoin partout, donc tout ce qui va dans le sens de récupérer de l’énergie renouvelable va dans le bon sens. On ne va pas mettre des micro-moulins à vent sur des arbres, il faut préserver ce qui reste de végétal. On peut imaginer sur une maison, un lampadaire public, etc. Les lampadaires publics commencent à être équipés avec du solaire alors pourquoi pas avec des micros-moulins à vent ?

Quand risque-t-on de voir ces turbines mises en vente ? Cette innovation peut-elle être pérenne ?

L’enthousiasme face à ces découvertes utiles à une humanité en développement devra se limiter ou bien au contraire se partager si les technologies trouvent tant de nouveaux modèles économiques qu’une vision responsable. Par exemple, il faudrait être sûr que ces éoliennes ne consomment pas trop de ressources et d’énergie à fabriquer, aient une durée de vie suffisante… 

On l’a dit, vu l’évolution des technologies à l’heure actuelle, ça doit être possible de mettre en œuvre ces micro-moulins à vent. La grande question est juste de savoir quand. L’énergie générée pourrait recharger les téléphones portables, mais ça dépend de la quantité désirée et de l’année dans laquelle on se trouve : on peut imaginer que dans quelques années, les besoins en consommation des téléphones portables et les capacités de stockage des batteries n’auront plus rien à voir avec ce que c’est aujourd’hui. Les questions énergétiques sont une question de temps : chaque jour amène de nouvelles découvertes, toutes dans le sens d’une capacité de production à moindre coût. La priorité absolue aujourd’hui est de diminuer la consommation. A côté de la priorité absolue, il y a des questions d’autonomiede l’énergie, particulièrement importantes quand on va dans des lieux où il est difficile de produire de l’énergie. Il faut se mettre dans le modèle où, pour des raisons de ressources et environnementales, il faudra se libérer de l’énergie fossile (d’ici trente à quarante ans). A ce moment là, le transport de l’électricité devra être autonome. Aujourd’hui il manque toutefois des données techniques sur ce projet de micro-moulins à vent.

Propos recueillis par Marianne Murat

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