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Tensions

Un dialogue apaisé entre le gouvernement et le Medef est-il vraiment possible ?

Cette année, l'université d'été du Medef n'accueillera ni le président de la République, ni le Premier ministre. Manuel Valls, lui, a brutalement annulé sa participation. L'ambiance reste donc tendue entre le gouvernement et l'organisation patronale.

Le dialogue social entre un gouvernement de gauche et le patronat n’a pas vocation à être "apaisé", aucun des protagonistes n’aurait à y gagner. Les relations sociales sont un théâtre dans lequel chaque partenaire joue son rôle en pensant d’abord à ses électeurs ou à ses mandants. Si le gouvernement socialiste ne renouvelle pas cette année sa participation massive (avec la participation inédite d’un Premier ministre) à l’université d’été du MEDEF de l’année dernière (une brochette de ministres, dont le celui de l’Économie Pierre Moscovici, reste cependant annoncée, la défection du par ailleurs omniprésent Manuel Valls, dans un domaine qui ne relève pas de ses attributions, devant plutôt s’expliquer par des arbitrages internes), c’est parce qu’il n’est plus en prise avec les mêmes accusations. Après que l’élection de François Hollande face au "président des riches" s’est nécessairement accompagnée de quelques surenchères verbales, notamment lors du fameux discours du Bourget sur l’hostilité à la finance, il lui fallait alors montrer, à travers ses nouveaux ministres, qu’il n’était pas hostile aux "véritables" entrepreneurs de ce pays.

Aujourd’hui, le contexte est différent. Depuis un an, le gouvernement a largement donné au patronat des gages de soutien l’activité économique, à travers notamment le pacte de compétitivité inspiré du rapport Gallois. Alors que les précédents gouvernements de gauche devaient souvent, après une première année d’applications de promesses électorales offensives (nationalisations, lois Auroux après 1981 ; 35 heures en 1997), passer le reste de la législature à s’en faire pardonner auprès d’un patronat attaqué de front, l’équipe autour de François Hollande n’a pas ce problème. Elle a été contrainte et forcée par le conseil constitutionnel de renoncer – d’une manière annoncée comme provisoire en passe de devenir définitive – au seul engagement de campagne qui faisait véritablement réagir les milieux d’affaires, la taxation des hauts revenus à 75 %. Même la réforme des retraites, qui pouvait, avec une possible hausse des cotisations, heurter le patronat, semble bien engagée, le président du MEDEF Pierre Gattaz étant sorti lundi apparemment satisfait de sa rencontre avec Jean-Marc Ayrault à Matignon.

Le problème du gouvernement est aujourd’hui beaucoup plus d’apaiser des militants socialistes et des partenaires de gauche indispensables pour les élections municipales à venir, qui ne se retrouvent pas dans la politique social-libérale menée, sans qu’elle soit assumée comme telle. Afficher une trop grande proximité avec le patronat, dans un cadre aussi superficiel qu’une université d’été, serait extrêmement maladroit dans ce contexte. Dans l’autre camp, le nouveau président Gattaz, qui s’est fait élire sur le profil d’un MEDEF de combat, n’a, comme tout autre leader syndical, rien à gagner à faire trop « ami-ami » avec le gouvernement. De toute façon, quelles que soient les tensions affichées publiquement, rassurons-nous, le dialogue a toujours lieu entre gouvernement et partenaires sociaux d’une manière plus calme dans les rencontres à huis clos des palais nationaux. Même aux pires moments des relations entre le gouvernement Mauroy et le patronat, Yvon Gattaz, le père de l’actuel président du MEDEF, à la tête à l’époque du CNPF, s’est ensuite vanté d’avoir été reçu régulièrement à l’Élysée par François Mitterrand pour lui donner des leçons d’économie. Aucun gouvernement ne peut se priver d’un dialogue ferme mais constructif, selon l’expression consacrée, avec les représentants des entrepreneurs. Même un Jean-Luc Mélenchon, s’il accédait au pouvoir, devrait s’y résoudre, comme il a d’ailleurs très bien su le faire quand il était un très inoffensif ministre de l’Enseignement professionnel de Lionel Jospin... En attendant, laissons cependant le droit aux protagonistes, pour soigner leur légitimité respective, de nous épargner l’ennui d’un dialogue "apaisé", en leur accordant quelques possibles coups d’éclat…

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