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La police tunisienne a donné l'assaut
La police tunisienne a donné l'assaut
©Reuters

Tête de pont

La Tunisie est-elle le nouveau front de l’Etat islamique ?

La Tunisie a essuyé mercredi 18 mars une attaque dans sa capitale, dont le bilan s'élève à, au moins, 19 morts. Si la menace terroriste est avérée dans le pays depuis plusieurs années, elle était jusque-là confinée dans le sud. Aucun groupuscule dans le pays ne se réclame pour le moment de l'Etat islamique, mais cela pourrait changer à moyen terme.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Atlantico : L'attaque perpétrée par deux hommes mercredi 18 mars au musée Bardo, qui jouxte le Parlement tunisien, a causé 22 morts, parmi lesquels 17 touristes étrangers. Un événement de ce type était-il prévisible ?

Alain Rodier : Tous les analystes s'y attendaient. Le groupe "Ansar al Charia Tunisie" est connu depuis longtemps, actif à la frontière avec l'Algérie. C'est un conglomérat de groupuscules tunisiens qui comporterait aussi des membres d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Abdelmalek Droukdel, l'émir d'AQMI, mouvement qui avait été fortement étrillé au Sahel, avait relancé ses troupes en tentant de s'étendre vers la Tunisie. De plus, on compte plusieurs milliers d'activistes dans la région. La Tunisie a fourni environ 3000 djihadistes en Irak et Syrie: c'est donc une "couveuse pour djihadistes" bien connue. Foyer de salafistes djihadistes présents sur zone ou de retour des régions de combat (plusieurs centaines), avec le voisin libyen totalement incontrôlable, la situation en Tunisie était précaire. De plus, ce n'est pas la première fois que la Tunisie est frappée par une action terroriste. La synagogue de Djerba avait été attaquée le 11 avril 2002 faisant 19 morts. 

D'où peut-on supposer que l'attaque est venue ? Quelles sont les pistes les plus plausibles sur l'identité des assaillants, et de la mouvance dont ils se revendiquent ?

On saura l'identité des attaquants très bientôt, car des sympathisants vont s'en vanter sans compter le terroriste qui a été appréhendé. Il pourrait se revendiquer d'une mouvance. Bientôt des revendications vont se faire jour. Je pense que Daech qui a le vent en poupe à l'heure actuelle, risque d'être la première organisation à se mettre sur les rangs. Mais cela peut aussi venir d'autres groupes dont Al-Qaida "canal historique". A ma connaissance Baghdadi, l'émir de Daech n'a pas parlé de groupes lui ayant fait allégeance en Tunisie. Aqmi est par contre bien présent via la katiba Okba Ibn Nafaâ. Elle déjà des dizaines de victimes dans la région du Mont Chambii à la frontière algérienne.

Est-ce le signe que la menace terroriste extérieure au territoire européen (à la différence des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly) se rapproche de nous ? La tête de pont vers l'Europe se renforce-t-elle ?

Le danger est présent en Libye, maintenant la Tunisie est vraiment touchée. Cela doit démanger les islamistes de traverser la Méditerranée, en utilisant notamment les filières d'immigration clandestine. Mais il ne faut pas oublier que le problème est d'abord maghrébin. Cela dit, il est vrai que la menace salafiste-djihadiste est à une encablure de l'Europe. Mon inquiétude réside dans le fait que cette déviance extrémiste semble être en train de grignoter du terrain au sein de la population européenne musulmane pratiquante.

La Tunisie pourrait-elle sombrer dans le chaos, dans un scénario à la libyenne ?

Pas de chaos généralisé à priori, car la problématique est différente. Le centralisme politique est la règle en Tunisie, ce qui n'est pas le cas en Libye. A court terme ce n'est pas vers ce scénario que nous nous dirigeons. Une guérilla à l'Algérienne comme dans les années 1990, toutes proportions gardées, est plus envisageable.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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