Trump : la solidité d'alliances américaines vieilles de plusieurs décennies mise à rude épreuve par les tempêtes de Tweets présidentielles | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Trump : la solidité d'alliances américaines vieilles de plusieurs décennies mise à rude épreuve par les tempêtes de Tweets présidentielles
©Reuters

Changement d'alliance ?

Trump : la solidité d'alliances américaines vieilles de plusieurs décennies mise à rude épreuve par les tempêtes de Tweets présidentielles

Donald Trump joue à un étrange jeu diplomatique. Vexer ses alliés historique en Asie du Sud-Est et l'Australie dans une région où l’appétit de la Chine grandit n'est pas forcément un choix stratégique judicieux. Peut-être faut-il pour ces pays commencer à imaginer un monde sans le soutien des Etats-Unis.

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de Questions internationales en fiches (Ellipses, 2021 (quatrième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012). il est également l'auteur de Théories des relations internationales (Ellipses, février 2016). Il participe au blog Eurasia Prospective.

Voir la bio »

Atlantico : Donald Trump sur Twitter a qualifié l'accord conclu sous Obama avec l'Australie de stupide. Cet accord visait à transférer des immigrants illégaux vers les Etats-Unis.  Depuis quelques semaines et l'épisode du marathon diplomatique de Trump par téléphone les plus proches alliés des Etats-Unis en Asie et l'Australie se posent la question de savoir ce que veut vraiment Washington et une réflexion émerge déjà , il faut  "réfléchir à un monde sans les Etats-Unis comme alliés". Quelles actions du Président américain ont pu pousser l'émergence d'une telle réflexion inconcevable sous l'administration Obama ?

Guillaume Lagane : Le récent échange téléphonique entre Malcolm Turnbull et Donald Trump a débouché sur un affrontement entre deux Etats qui ont paradoxalement un point commun : les deux ne veulent pas accueillir de réfugiés sur leur territoire. Les Australiens ont pratiqué la solution "Pacifique" ; ils ont exporté la gestion des réfugiés vers des archipels de la région où ils sont recueillis. L'Australie avait obtenu un accord de l'administration Obama pour accueillir quelques centaines de Rohingyas  (minorité musulmane persécutée en Birmanie) sur le territoire américain et là ils se heurtent à l'administration Trump qui a le même objectif, c’est-à-dire de limiter le nombre de réfugiés, en particulier musulmans sur le territoire américain. Cet épisode vient s'ajouter à d'autres déclarations du Président Trump qui ont pu agacer les amis asiatiques des Etats-Unis, notamment les critiques sur le Japon qui n'arrivait  pas à se défendre seul et profitait du parapluie américain sans payer. Ou encore des déclarations étonnantes sur la Corée du Nord où Trump a proposé de régler la question en dialoguant directement avec Kim Jong Un ce qui a évidemment inquiété la Corée du Sud. Tous ces éléments effectivement semblent rompre avec les positions du gouvernement Obama qui était de se concentrer vers l'Asie, avec la politique dite du "pivot vers l'Asie" et qui avait emmené un renforcement de l'alliance traditionnelle avec l'ouverture d'une base à Darwin au nord de l'Australie en 2011.

Ce détachement est évidemment dangereux pour les pays alliés mais l'est-il pour les Etats-Unis qui peuvent perdre de l'influence sur la scène internationale ? Sur le plan économique est-ce que cela peut avoir une incidence même si la politique de Trump vise au protectionnisme ? 

L'annonce du retrait du partenariat transpacifique (TPP) est une décision qu'on peut trouver paradoxale car elle aboutit à renoncer à ce qui a été pour les Etats-Unis une initiative de l'administration Obama qui créait une zone de libre-échange entre les Etats-Unis et 11 pays d'Asie, ce qui contrecarrait la montée en puissance de la Chine dans la région. En effet, ce type de décision se révèle contreproductive car elle aboutit à laisser le champ libre à la Chine qui a son propre projet : le RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership). De fait, les Etats de l'ancien TPP vont être ammenés à pactiser avec la Chine en sachant que le RCEP est bien moins ambitieux que le TPP, et qu'il les fait rentrer dans une "sphère d'influence chinoise". La politique protectionniste du Président Trump conduit à isoler les Etats-Unis dans une région où les Américains semblaient vouloir exercer une grande influence et en l'occurrence cela apparaît paradoxal car Trump a fait de la lutte contre la montée en puissance de la Chine l'axe prioritaire de sa politique étrangère.

D'un point de vue politique et militaire maintenant, il faut attendre de voir quelles décisions seront prises. Pour l'instant, le Président Trump n'a pas annoncé de remise en question de la présence américaine au Japon ou en Corée du Sud. Au contraire, les Sud-Coréens ont décidé de développer le THAAD qui est un système anti-missile d'origine américaine pour se protéger de la menace grandissante du Nord. Cela va renforcer la présence américaine dans la région. Puis les Etats-Unis ont aussi décidé de renforcer leurs liens avec Taiwan. Enfin, il y a la question de la mer de Chine où là aussi, la présence des Etats-Unis pourrait être renforcée notamment si Trump relance la construction de navires. Si cette flotte est plus nombreuse, elle pourra relever le défi militaire que constitue la Chine qui, pour la première fois, a fait passer son porte-avion au sud de Taiwan. Ce sont tous ces messages que le Secrétaire à la Défense, James Matthis, est venu faire passer aux alliés asiatiques lors du voyage qu'il vient d'effectuer.

Quels sont les dangers pour les trois principaux pays amis des Etats-Unis dans la région  à un retrait, un désengagement américain, pour l'Australie, la Corée du Sud et le Japon ?  Comment peuvent-ils déjà se préparer si le scénario se confirme ?

Le danger pour eux, c'est d'être laissés seuls face à la montée en puissance de la Chine alors que toute leur politique stratégique depuis 60 ans réside dans l'alliance avec les Etats-Unis. Dans le cas de la Corée du Sud, il y a déjà un mouvement en faveur d'une autonomisation puisque le pays a obtenu des Etats-Unis qu'il puisse prendre le commandement de ses forces en cas d'attaque nord-coréenne, ce qui n'était pas le cas. Au Japon, le danger c'est la Corée du Nord et la Chine.  Ils pourraient poursuivre leur réarmement, remettre en question l'article 9 de leur Constitution (déjà réformé par l'actuel gouvernement de Shinzo Abe), et relancer leur politique Pacifique. On pourrait imaginer que le Japon relance leur capacité militaire et acquiert l'arme nucléaire pour peser plus dans la région.

Dans le cas de l'Australie, c'est moins évident. Le sujet sera davantage en rapprochement avec des alliés régionaux. Ils n'ont pas d'alliés évidents : on pense à l'Inde ou l'Indonésie qui ne sont pas des pays de premier rang. Mais en même temps, le sujet est moins grave car ils sont moins menacés par la Chine dans la mesure elle se situe géographiquement plus loin. Pour conclure, le principal danger pour tous ces Etats, c'est de se retrouver un peu face à eux-mêmes  et de se retrouver dans une zone très sensible avec des tensions qui pourraient dégénérer en guerre en mer de Chine ou sur les îles Senkaku. Pour l'instant, il m'apparaît que Trump fait des déclarations mais ne rompra pas avec ses alliances historiques.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !