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Tous debout au bureau : l’idée qui monte en ergonomie d’entreprise

De plus en plus souvent, les salariés américains travaillent debout. C'est un gain en productivité indéniable, les gens allant droit au but, mais également un bon point pour la santé. Une tendance à imiter.

Bernard Auvinet

Bernard Auvinet

Bernard Auvinet est docteur en médecine, rhumatologue, et médecin du sport.

Il est aussi chercheur associé au Laboratoire de Physiologie et Biomécanique de l'exercice musculaire (Université de Rennes 2)

 

Voir la bio »Xavier  Camby

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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Atlantico : Dans différentes entreprises américaines, une nouvelle tendance se développe : travailler debout. On prône notamment les vertus que cela peut avoir pour la santé, mais également la façon dont cela peut aider à mieux travailler ensemble. Dans les faits, la position debout est-elle fondamentalement meilleure que la position assise ?

Bernard Auvinet : Le problème, qui est toujours le même, c’est le point de balancier. Il faut prendre quelques réserves, si les jambes ne sont plus que debout, il y aura d’autres effets secondaires indéniablement. S’ils sont dans l'extrême de la position assise (assis à longueur de journée), et donc à tout faire ainsi, la position debout est plus intéressante. Il y a plusieurs arguments : la perception de la position debout, soit la possibilité de faire travailler les muscles qui permettent l’auto-agrandissement du rachis et donc le travail de la musculature profonde. Il y aussi la mise en jeu de tous les sens (visuel, équilibre, perception corporelle), développés plus par la position debout que la position assise. Faites l’expérience, fermez les yeux. Si vous avez une bonne oreille interne, vous pouvez vous passer de l’information visuelle, et les sujets assis développent plus l’information visuelle qu’une information vestibulaire, de l’oreille interne. Fermez les yeux, vous allez sentir vos genoux, vos hanches, vos pieds, et vous pouvez sentir l’appui sur les pieds, donc ça c’est le sens du positionnement des segments les uns par rapport aux autres.

Vous pouvez très bien être assis, bien calé sur la chaise, en position relax, et vous n’avez pas la même mise en jeu des perceptions, notamment de vos membres inférieurs. Ca fait partie des choses qu’on explique à nos patients, qui sont des choses basiques. Ensuite, on peut se dire qu’il y a des excès de la position debout comme par exemple pour le sujet qui a des varices. Mais, il y a d’autres avantages à se tenir debout, c’est qu’il y a un travail du tonus musculaire plus important. On peut aussi l’avoir au niveau du tronc, quand on est assis et qu’on se redresse dans son fauteuil ou sa chaise. Regardez les gens qui sont assis : peu peuvent se redresser, ça vient plus naturellement quand on est debout. C’est le travail de l’attitude, de la posture. C’est quelque chose d’important dans l’éducation à la santé de tout un chacun. De même qu’on doit faire plus de sport, il faut aussi travailler l’éducation de l’attitude et l’éducation gestuelle.

Concrètement, quels sont les mécanismes qui justifient les effets bénéfiques de la position debout ? Comment cela peut-il lutter contre différents troubles comme l'arthrose ou les rhumatismes ? Quels sont les exercices à réaliser ?

Bernard Auvinet : Dans les recommandations européennes et américaines, pour l’arthrose du genou et l’arthrose de la hanche, l’activité physique est recommandée et puis aussi le renforcement de certains groupes musculaires. La position debout ne doit pas être trop statique, il faut quand même marcher. 

Concernant les mécanismes qui s’activent grâce au renforcement musculaire. Une articulation tient par le muscle qui est autour de l’articulation. Si on a un déficit musculaire autour de l’articulation, il y aura de micro mouvements qui entraînent l’usure de l’articulation (et ça arrive plus souvent assis parce qu’on utilise moins les muscles).

Dans quelle mesure travailler debout permet-il également de renforcer les liens et donc permettre un meilleur travail de groupe ?

Bernard Auvinet : C’est indirectement lié. Il faut metttre quelques bémoles à cela puisqu’il faut aussi voir leurs habitudes de travail usuelles, lorsqu’ils sont assis ou debouts. Est-ce qu’ils vont maintenir une position pendant 6h ? Est-ce qu’ils vont avoir des pauses, des coupures ? C’est important. Toutefois, on sait que l’activité physique (et on parle bien d’activité) est bénéfique pour l’activité intellectuelle, c’est prouvé maintenant, du point de vue scientifique. C’est pour ça qu’on recommande l’activité physique également chez les seniors, pour maintenir des fonctions cognitives.

Xavier Camby : L’idée c’est de savoir dans quelle mesure ça aide les gens à collaborer, augmenter leur contribution. Il y a une chose certaine, c’est lorsque vous invitez des gens à une réunion, ils commencent par s’asseoir et par écouter tous les autres pendant le temps qu’ils prennent pour parler, sachant qu’on oublie la notion de temps quand on commence à parler, un orateur aura naturellement tendance à ne plus savoir depuis combien de temps il parle, donc c’est souvent rendre service aux gens de leur dire "voilà vous avez un temps limité de parole". Lorsque j’avais une équipe assez nombreuse de cadres, les réunions du lundi matin, au lieu de passer 4 heures assis à un bureau à attendre que tout le monde retrouve les connexions de ses neurones, on se réunissait debout. Il n’y avait pas de chaises autour de la table, de sorte que les gens pouvaient décider immédiatement et trouver naturellement le temps nécessaire, puisque quand on est debout, on n’a pas envie de rester debout trop longtemps. Le premier point c’est donc l'efficacité. C’était rendre service à tout le monde, il n’y avait pas cette espèce d’apathie qui s’installait comme quand on s’assied sur une table à écouter les autres. Le but n’était pas de faire que plus vite, mais aussi de faire mieux. Lorsqu’on est assis et qu’on reste des heures (en parlant d’un travail collaboratif, pas solitaire ou nécessitant de la réflexion, là être assis permet de mieux canaliser son énergie), lorsqu’il s’agit de prendre des décisions ensemble, ce qui est l'objectif d’une réunion, le mieux on va décider, et c’est une très bonne stratégie pour ça et économiser l’énergie de tout le monde. L’analyse de l’activité physique qui améliore l’activité cognitive est tout à fait pertinente. Debout, on va plus facilement se concentrer que si je suis assis à ne rien faire. C’est pour cela que si vous êtes au téléphone et que vous marchez en même temps, vous serez plus concentré sur votre conversation. 

Quels peuvent-être les inconvénients ?

Bernard Auvinet : Il peut y en avoir. Quand vous avez une arthrose évoluée, la position debout peut devenir douloureuse parce qu’on n’a pas la possibilité de mettre au repos l’articulation. Si le sujet n’a pas la possibilité de s’asseoir pour mettre l’articulation "en décharge", ce qui veut dire sans poids dessus. L’idéal reste la possibilité de prendre différentes postures au cours de la journée. 

Quand vous avez une arthrose trop évoluée, où il n’y a plus du tout de cartilages, on conseille l’activité physique : la marche, la bicyclette de temps en temps (dépend du type d’arthrose). Il y a une individualisation de l’activité physique en fonction de la pathologie. Il faut être très clair là-dessus : une individualisation ne va pas faire tout et n’importe quoi. Il faut une activité sportive en fonction du type de pathologie. On peut penser qu’une arthrose évoluée va être douloureuse si on reste trop longtemps debout, si le sujet n’a pas la possibilité de temps en temps de soulager ses articulations du poids qu’il met dessus. Il faut savoir aussi que cette position debout prolongée sur un sujet obèse peut être particulière fatigante. C’est suivant plusieurs facteurs.

Xavier Camby : Les gens qui sont par essence debout comme certains commerçants, les coiffeurs et les artisans qui sont derrière un comptoir ou même des bouchers finissent par avoir des varices ou des problèmes de dos, surtout s’il y a un effort physique à faire. La tenue debout, surtout quand c’est statique, n’est pas la meilleure des solutions.

Je ne vois pas d’inconvénient en termes de concentration, au contraire, mais comme en toute chose, l’important c’est l’adaptation à son poste de travail. Est-ce que c’est dangereux ? Physiologiquement oui, psychologiquement je ne pense pas.Tout dépend la tâche qu’on doit effectuer. Il faut adapter sa façon de travailler à sa tâche (l’inconvénient pourrait être de ne pas bien le faire). En fonction du travail que vous allez faire et puis en fonction de vos capacités, cela dépend des gens. Je connais des gens qui préfèrent s’asseoir dans un fauteuil profond pour parler à un interlocuteur, moi c’est précisément l’inverse. Je m’assois quand j’ai besoin de réfléchir et me concentrer dans une interaction, émotionnellement je trouve que je suis infiniment plus à l’aise, c’est comme quand je donne une conférence. Certains les donnent assis avec le micro, moi je ne peux pas et j’ai besoin de me lever, bouger, et descendre de l’estrade, aller me promener de gauche à droite de l’estrade. J’ai l’impression d’être plus en interaction avec les gens. Chacun mobilise son énergie comme il peut et pour la même tâche on ne va pas avoir les mêmes réactions. L’important c’est plus de laisser la latitude aux gens, et s’ils ont besoin de se lever ou s’asseoir pour parler au téléphone, les laisser faire en fonction de leur capacité et là où ils se sentent le mieux. La pire des choses c’est dans la contrainte, le fait de l’imposer en disant de faire d’une telle façon parce qu’on le pense que c’est mieux pour la personne.

 

 

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