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Le Qatar est l'un des principaux clients de la France au Proche-Orient en matière d'armement.
Le Qatar est l'un des principaux clients de la France au Proche-Orient en matière d'armement.
©Reuters

Savoir-faire

Tous ces produits de défense qui ont la cote et qui permettent de faire briller la France en matière d'exportation

Jean-Yves Le Drian termine ce mardi une visite de deux jours au Qatar. Au menu : la coopération militaire entre les deux pays, et les perspectives de vente du Rafale à l'un des principaux clients de l'industrie française de l'armement.

Jean-Dominique Merchet

Jean-Dominique Merchet

Jean-Dominique Merchet est journaliste à L'Opinion. Il a travaillé pendant vingt ans sur les questions militaires.

Auteur du blog Secret Défense, il a récemment publié Une histoire des forces spéciales (Jacob-Duvernet / 2010) et de La mort de Ben Laden (Jacob-Duvernet / 2012).

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Atlantico : Malgré les difficultés dans la vente à l'étranger du Rafale, la France reste un exportateur majeur et dynamique dans le domaine militaire. Quels sont les armements français qui s'exportent le mieux ?

Jean-Dominique Merchet : Ce qui marche bien concernant nos exportations, c’est surtout le naval. La France vend beaucoup de bateaux, quelques frégates et des sous-marins. C’est certes discret, en tout cas moins spectaculaire que les avions. Ce qui se porte aussi très bien, c’est la vente d’hélicoptères, avec la présence importante d’Airbus Helicopter.  

Quels sont les avantages et les savoir-faire particuliers qui sont reconnus aux armements français ?

La France fait clairement partie du groupe de tête en termes de niveau technologique. Il n’y a pas de domaine où la France est à la traîne, bien que la concurrence technologique soit très importante. La France est dans le peloton de tête dans tous les segments du haut de gamme.

L’industrie de l’armement en France ne fait pas dans le bas de gamme, et elle a même renoncé à produire certains équipements comme par exemple les armes d’infanterie et les fusils d’assaut. Et elle n’en produira même plus. Mais on ne peut pas dire non plus que la France soit sur un créneau particulier où elle aurait une spécificité, elle est réellement sur tous les secteurs de haute technologie : nucléaire, spatial, missiles, aviation, naval, électronique et autres.

Quels sont les principaux pays clients de l'armement français ? La carte des clients français s'est-elle redessinée ces dernières années ?

Cela dépend de la dimension de ce dont on parle. Sur les gros systèmes, c’est clairement des décisions politiques. Et le plus important, c’est bien sûr les avions de combat. Mais on peut aussi parler des satellites. Cet été la France en a vendu aux Émirats Arabes Unis et c’était une décision politique. Ce sont des domaines où l’importance stratégique est telle que l’on ne peut pas acheter à n’importe qui.

Les ventes principales se font en Asie, étant entendu que l’Asie commence ici au Moyen-Orient. L’accroissement des marchés asiatiques ne fait que suivre la nouvelle figure de la mondialisation. La France vend assez peu aux pays européens, soit parce qu’ils achètent américain sur des produits stratégiques (comme les avions de combat), soit parce qu’ils produisent eux-mêmes.    

Qu'est-ce que les exportations rapportent concrètement au ministère de la Défense et donc, dans le même temps, aux caisses de l'État ? 

Les ventes d’armement contribuent à l’activité économique du pays et d’un secteur de pointe (les exportations ont représenté en 2012 4,8 milliards d’euros, ndlr). Cela nous permet, dans ce domaine, de rester une vraie puissance industrielle. C’est donc une bonne chose pour la balance commerciale, pour l’emploi et donc la croissance du pays. Cependant, les exportations d’armement ont également une caractéristique au regard du droit international : elles sont en effet en principe interdites, et ne peuvent autorisées que par le gouvernement français qui a créé pour cela la commission interministérielle pour l'étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG) qui donne son accord ou non à chaque fois qu’une entreprise française remporte un marché.

Enfin, il ne faut pas négliger que quand vous vendez des armements vous avez deux effets. Primo, il y a des économies d’échelles faisant que plus vous vendez, plus vous réduisez le coût unitaire (les coûts de recherche et développement dans le domaine de l’armement étant considérables), ce qui en bout de chaîne est intéressant pour le budget de la Défense. Secundo, vous avez le cas du Rafale, où un industriel français doit pour des raisons stratégiques – car la France veut rester un pays constructeur d’avions de combat – maintenir en activité sa chaîne de production. Dassault à Mérignac, en fonctionnement minimal, c’est un appareil par mois, onze mois sur douze, soit onze avions par an. Donc, si vous descendez en-dessous de onze avions par an, les gens sont au chômage. S’il y a un marché à l’exportation, la chaîne de fabrication pourra toujours fonctionner sans avoir à utiliser le budget de la Défense pour acheter des rafales pour l’armée française, ce qui permettra de faire des économies. C’est pour cela que le ministère de la Défense espère tant que Dassault aura des contrats à l’export.   

Comment la France résiste-t-elle à l'émergence des nouveaux acteurs du marché mondial de l'armement, comme la Corée du Sud, la Turquie ou le Brésil ? Pourra-t-elle se maintenir comme l'un des principaux fournisseurs d'armement de la planète ?

Il y a effectivement l’émergence de ces nouveaux acteurs, mais ils ne jouent pas forcément dans la même catégorie. Il y a quand même assez peu de pays capables de fabriquer des avions de combat ou de vrais sous-marins de qualité. Les émergents ne sont pas encore sur le haut de gamme, même si ils nous font concurrence – et très durement même – sur certains secteurs comme les blindés légers.

Propos recueillis par Damien Durand

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