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Tour de France : le dopage ne tue pas que des coureurs, il tue aussi
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EPO pas EPO ?

Tour de France : le dopage ne tue pas que des coureurs, il tue aussi le spectacle...

Richard Virenque, Lance Armstrong, Alberto Contador... Ces dernières années, les scandales de dopage ont éclaboussé nombre de sportifs du Tour de France. Le nombre de coureurs ayant déjà été impliqués dans des affaires de dopage est supérieur à 10% cette année, avec 20 coureurs. Une compétition sans dopage est-elle envisageable ?

Thierry Bourguignon

Thierry Bourguignon

Thierry Bourguignon est un ancien coureur cycliste français. Il a été professionnel de 1990 à 2000. Il a été l'un des coureurs français les plus populaires avec Richard Virenque. Il est aujourd’hui consultant pour RMC Sport. 

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Atlantico : Après 8,3% en 2009, 9,6% en 2010, 10,6% en 2011, le nombre de coureurs du Tour de France ayant déjà été impliqués dans des affaires de dopage reste supérieur à 10% cette année, avec 20 coureurs (contre 21 en 2011). Un bon tour est-il un tour dopé, ou le show pourrait-il toujours exister sans des coureurs "gonflés à bloc" ?

Thierry Bourguignon : Ceux qui disent que sans le dopage il n’y aurait pas de spectacle sont des gens qui ne comprennent rien et qui ne savent pas de quoi ils parlent. En 1998, on a même entendu que sans le dopage, la course irait moins vite (Ndlr : C’est en 1998 qu’a éclaté un des plus grands scandales liés au dopage, tous les membres de l’équipe Festina ayant été exclus du Tour de France). Or, on s’est aperçu que ce n’est pas la vitesse qui compte, mais l’intensité des attaques. Aujourd’hui, on voit moins de coureurs remettre quatre ou cinq attaques de suite.  On voit moins d’équipes rouler à bloc - quoique cette année, on en voit à nouveau reprendre les rênes du peloton.

Alors certes, il y a des défaillances, mais l’intensité de la course n'en est que plus belle ! Quand une personne écrase tout le monde, reste au-dessus du lot, ne fait que gagner toutes les étapes, ce n’est pas un beau spectacle.

Quand on vient du milieu du cyclisme, on reconnaît les comportements bizarres. Je me souviens par exemple d'un Italien qui se mettait des perfusions devant les caméras de télévision, il y a trois ans.

Si tout le monde se dopait, à quoi ressemblerait la compétition ?  Le dopage est-il une nécessité ?

Ce serait le même Tour mais en un peu plus rapide, un peu plus intensif, il y aurait moins de récupération. Ce serait une belle course, mais… c’est tout. Si tout le monde prenait la même dose, il resterait toujours des bons et des mauvais cyclistes. 

Je trouve navrant que certains ne jouent pas le jeu. Dans une compétition, il y a des règles, et quand il y a des règles, on doit s'y soumettre. Lorsque je regarde du sport, je ne doute pas. Quand un coureur gagne, je ne me dis pas : « lui, qu’est ce qu’il a pris pour gagner ?»

J’ai entendu de mecs dire : « j'avais l’attitude pour passer pro, mais je n’ai pas réussi parce que je ne me suis pas dopé ». En fait, c’étaient des ânes qui n’étaient pas bons. Ils voulaient se donner une raison. J’ai connu des mecs dopés qui ne gagnaient pas, et des mecs qui ne se dopaient pas et qui gagnaient des courses. Il n’y a pas de règle. Sinon, tous les vainqueurs des étapes seraient dopés !

Pourquoi le dopage est-il évoqué davantage dans le cyclisme que dans d’autres sports ?

Il s’est passé des choses plutôt graves dans le cyclisme, comme la mort de Tom Simpson en 1967 sur les pentes du Mont Ventoux (Ndlr : en partie à cause de la prise d’amphétamines).

Mais dans le football italien, il y a aussi beaucoup de morts. Et ça, on l’évoque comme quelque chose de « presque normal ». Un homme qui ne se réveille pas dans un lit, c’est normal. Un cycliste qui ne se réveille pas dans un lit, c’est forcément à cause du dopage. Ça commence à me peser. Je suis commercial dans le vélo, dans un magasin, et certains clients me disent : « ah ouais, mais les cyclistes, ce sont tous des dopés ! »

Une infiltration pour un sportif, c’est une injection de cortisone. Chose interdite en cyclisme, autorisée dans le foot et dans d’autres sports. Et tous les jours les médias nous citent le nom de joueurs qui ont fait des infiltrations. Quand Johnny Hallyday se fait une transfusion sanguine sur les conseils de Zidane chez le Docteur Delajoux, ça fait seulement deux lignes dans les journaux…Ce qui n’est pas équitable, c’est la façon qu’a la presse de faire passer le message.

Quels sont les effets du dopage sur un sportif ?

Le dopage existe dans tous les sports. Il n’est pas là pour que le sportif soit moins fort. Il est là pour qu’il soit plus fort. Certaines personnes ont une aptitude sportive, qui à un certain niveau plafonne. La facilité est d’avoir recours à une aide extérieure. Mais un mauvais restera toujours un mauvais. Même avec le dopage, on ne transforme pas un âne en cheval de course !

Que pensez-vous du cas de Rémy Di Grégorio, qui a été mis en examen  pour « détention d'un procédé interdit sans justification médicale » ? Le procédé concerné est un kit d'injection de glucose, découvert en possession du coureur.

Pourquoi ne descend-on pas dans un stade de foot ou dans un court de tennis pour faire des contrôles ? Parce que ce sont des lieux fermés ? Dans le cas de Di Grégorio, c’est du glucose ! Il n'y a rien ! On dit que tous les cyclistes sont dopés, alors que ce n'est qu'une injection de glucose. Mais Di Gregorio avait une certaine réputation : c’était « le petit bandit », l’enfant marseillais. Donc, certains ont fait un raccourci un peu rapide. Malheureusement, dans son cas, tout n’était pas clean. Il a eu l’erreur de contacter un naturopathe, qui lui a fourni une injection de glucose. Si maintenant il est contrôlé positif au glucose, c'est qu'il a fauté. Quand je suis sorti du vélo, tous les produits dopants nous étaient interdits.

 

Êtes-vous pour ou contre la légalisation du dopage ? Puisque ce phénomène est répandu, pourquoi ne pas l'autoriser ? 

Il est grave de voir que certains sont persuadés que le sport de haut niveau est forcément gangréné en totalité par le dopage. Il ne faut absolument pas aller à la chasse aux tricheurs. Aujourd’hui, ceux qui gagnent se font forcément contrôler. Inutile de prendre des produits si c'est pour ne pas gagner... et si vous le faites et que vous gagnez, vous êtes sûrs d’être contrôlé positif.

Il faut arrêter de dire ça à notre jeunesse. Ce qui m’a énervé en 98, c’était le discours : pour passer vers le haut niveau, pour réussir, disait-on, il fallait se doper. On disait aux jeunes : « Allez-y, il n’y a que cette solution ». Ils sont complètement malades ! C’est ça, légalisons la drogue, pendant qu’on y est ! On dit qu’il y aura moins de trafic, moins de consommateurs, mais non ! Allez-y, transformez les gens en zoulous !

Cependant, dans la génération d’avant 98, tout le monde n’était pas dopé. Mais tout le monde n’était pas un ange non plus. Il serait trop simple de faire un amalgame.  

Quel discours doit-on adresser aux jeunes qui veulent faire du sport de haut niveau ?

Ce qu’il faut dire aux jeunes sportifs, c’est que pour réussir, il faut travailler. A force de persévérance, on atteint son but. On a un objectif et on doit s’y tenir. Il faut faire un maximum de choses pour y arriver, car ça ne tombe pas du ciel.

Les gens lambda qui n'utilisent le vélo que pour se déplacer n’arrivent pas à concevoir que les coursiers puissent franchir des cols aussi difficiles, pendant vingt jours de suite. Ces sportifs ont une certaine aptitude, mais c’est avant tout à force de travail. On ne monte pas un col à la même vitesse pendant le mois de janvier et pendant le mois de juillet. Tout est dans l’entrainement et les objectifs que l'on se fixe.

Et le public ? Va-t-il continuer de regarder le Tour de France ?

C’est un spectacle gratuit. Il y a encore plein de gens qui sont là, au bord de la route. Je n’arrive pas à concevoir qu'il y a des gens qui regardent la télé et qui écrivent aux chaînes pour leur dire que leurs programmes, c’est de la merde. Moi j’ai une télécommande dans les mains, donc si ça ne me plaît pas, je change !

En tout cas, toutes les instances nationales ont choisi de faire la guerre au dopage, pour assainir le sport. Ca mettra le temps que ça veut pour porter ses fruits. Même si l'on a pas la preuve qu'une personne est dopée, on peut l'interdire de courir, quand les paramètres sanguins ne sont pas normaux. Tout est fait pour assainir le sport, même si depuis 98, il y a eu beaucoup de scandales liés au dopage.  

Vive le sport, et le cyclisme en priorité !

Propos recueillis par Linh-Lan Dao

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