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Theresa May / Jeremy Corbin : comment le match électoral britannique se complique et se surcomplique
©Reuters

Downing Street

Theresa May / Jeremy Corbin : comment le match électoral britannique se complique et se surcomplique

Le jeudi 1 juin, un sondage Yougov donnait la victoire au parti conservateur, avec 42% des votes (317 sièges) contre 38% (et 253 sièges) pour la Labour. Derrière cet écart, se masque une très forte progression du parti Jeremy Corbyn​ au cours de ces dernières semaines. Ce dernier n'hésite pas à impliquer Theresa May dans les attentats afin de confirmer sa montée dans les sondages.

Bruno Bernard

Bruno Bernard

Anciennement Arthur Young.
Ancien conseiller politique à l'Ambassade de Grande-Bretagne à Paris, Bruno Bernard est aujourd'hui directeur-adjoint de cabinet à la mairie du IXème arrondissement de Paris.

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Atlantico : Alors que le candidat marque une rupture "très à gauche" au sein de son parti, comment expliquer une telle progression ? Les tueries de Manchester et de Londres vont-elles modifier la donne politique comme cela s’est passé en Espagne en 2004 ou ne rien changer comme en France en 2012 ?

Bruno Bernard : A priori, une menace sur la sécurité d’un pays provoque le resserrement des rangs autour du chef et met l’opposition à distance car celle-ci n’a d’autre choix que l’unité nationale. Toutefois Jeremy Corbyn joue crânement son va-tout en impliquant Theresa May dans les attentats rappelant son rôle dans la diminution des effectifs de sécurité lorsqu’elle ministre de l’Intérieur de David Cameron. Politiquement c’est bien joué car cela vient faire écho à la mauvaise campagne de Theresa May. En effet au lieu de se concentrer sur le seul sujet du Brexit, elle a dérivé vers une personnalisation extrême de sa campagne qui est allée à l’encontre de ses qualités premières de discrétion et de modestie que les britanniques lui reconnaissaient.

Passée au révélateur de la campagne, Theresa May n'est pas une bonne candidate. Elle est trop vague dans ses réponses, son message est limité (moi ou le chaos corbyniste) et chacune de ses prestations médiatiques se sont révélées médiocres. Ajoutez à cela un revirement en catastrophe opéré lors de la publication du programme des Tories qui proposait d'augmenter les cotisations sociales des retraités qui a obligé May à revenir à un plafond maximal. Et cela n'est que le dernier avatar de nombreux revirements politiques de Mme May qui commencent à laisser une trace dans l'opinion publique fragilisant celle qui se voulait une nouvelle "dame de fer".

Néanmoins il semble juste de dire que les attentats ne devraient pas « aider » Corbyn et le Parti travailliste qui ne sont pas, pour le moins, au clair quant à leur doctrine en matière de sécurité et d’usage de la force.

Un avocat américain, Robert Barnes, qui avait parié justement sur la victoire du Brexit et celle de Donald Trump mise cette fois sur un score plus élevé pour la Labour que ce que ne l'imaginent les projections. Un choix qu'il justifie par la "moisson du vote anti système" opéré par Jeremy Corbyn ? Le parti de la gauche anglaise est il en train de réussir une forme de hold up à l'envers sur le Brexit ?

Le référendum sur le Brexit a eu lieu. Personne ne propose de revenir dessus et la question qui demeure est l’identité de la personne qui va être en mesure de négocier la meilleure sortie possible. En l’espèce Theresa May conserve une longueur d’avance sur son adversaire travailliste mais Corbyn, aidé par la mauvaise campagne de sa rivale, a réussi à faire évoluer la campagne vers des sujets plus internes et plus concrets pour les britanniques qui n’ont jamais été enthousiasmé par le Parti conservateur depuis son retour au pouvoir en 2010.

Jeremy Corbyn a le mérite de la constance dans ses positions et si elles l’empêcheront certainement de devenir Premier ministre le 9 juin, elles rappellent constamment les changements de pied de Theresa May sur un grand nombre de sujets, le premier d’entre eux étant le Brexit, auquel elle était opposée. Corbyn le constant vintage face à May l’inconstante moderne voilà en gros les termes de l’équation proposés aux électeurs britanniques auxquels il faut ajouter la menace terroriste qui est désormais aussi prégnante au Royaume-Uni qu’en France.

Quelles pourraient être les conséquences d'une victoire de Corbyn, ou d'une absence de majorité pour Theresa May, dans la perspective du Brexit ?

Etonnamment je pense que Corbyn serait tout aussi difficile pour les interlocuteurs européens que May mais dans un style différent. En effet Jeremy Corbyn n'a jamais été un européen enthousiaste et il aurait certainement fait la campagne pour "Leave" s'il n'avait pas été chef du parti d'opposition. Toutefois M. Corbyn serait tributaire de sa majorité parlementaire qui risque fort de dépendre des nationalistes écossais que l'on sait très opposés au Brexit. On peut donc imaginer que si ces derniers prennent une place importante dans la nouvelle majorité, le pays risque de se retrouver bloquer.

L'absence de majorité serait une catastrophe politique pour Theresa May et pour le parti conservateur qui n'a pas de plan B pour la remplacer dans l'immédiat alors qu'elle ne pourrait continuer dans ces conditions.

Un "hungparliament" est ce que les deux grands partis souhaitent éviter par dessus tout car cela fragiliserait n'importe quel Premier ministre dans le cadre des négociations avec Bruxelles sur le Brexit.

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