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Terra Nova à l’assaut 
du dogme de l’université gratuite
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Polémique

Terra Nova à l’assaut du dogme de l’université gratuite

Le groupe de réflexion Terra Nova, proche du Parti socialiste, a émis plusieurs suggestions pour améliorer la vie des étudiants et la compétitivité des universités françaises. Il propose notamment une hausse des frais d'inscriptions, mais également la création d'une allocation autonomie de 500€ pour tous les étudiants.

Eric Deschavanne

Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

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La politique de la jeunesse, dont certains candidats à la primaire socialistes, et non des moindres, ont d’ores et déjà annoncé qu’elle serait au cœur de leur programme, est indissociable de la politique de l’enseignement supérieur. L’objectif de conduire 50% d’une classe d’âge au niveau licence vise à favoriser l’intégration des jeunes, tandis que l’allongement de la durée des études rend la transition vers l’âge adulte plus délicate, et plus lourde à assumer pour les familles.

La dernière note du think tank Terra Nova (considéré comme proche du PS), consacrée aux problèmes de l’enseignement supérieur, peut à cet égard être rattachée à la note sur l’autonomie de la jeunesse présentée au printemps dernier.

Terra Nova s’attaque notamment à un tabou du « camp progressiste », le dogme de la quasi-gratuité des études supérieures, en proposant une augmentation substantielle (quoique modérée, il s’agirait d’une multiplication d’un facteur 2 à 4) des droits d’inscription à l’université. L’audace est notable à l’heure où il est de bon ton de déplorer l’augmentation du coût de la vie étudiante.

L’objectif est de remédier au sous-financement chronique des universités, qui est l’une des causes de leurs difficultés à intégrer les nouveaux étudiants et de leur relatif déclin  - 48% des bacheliers s’inscrivaient à l’université en 1997, ils ne sont plus que 37% en 2009. Les droits d’inscription représentent aujourd’hui 3 ou 4 % des budgets universitaires ; si l’effort de la collectivité, tout le monde en convient, doit être accru, la sanctuarisation du financement des universités passe cependant par la contribution de leurs usagers. Une telle contribution est tout à fait justifiée dans la mesure où les étudiants sont les principaux bénéficiaires du service rendu, en termes de futurs salaires et pensions.

Une proposition politiquement habile

L’objection de la charge qui pèse sur les familles, notamment dans les petites classes moyennes qui sont souvent victimes des effets de seuil en matière d’aide sociale, doit cependant être prise en compte. L’augmentation des droits d’inscription pourrait être dissuasive si l’on ne trouvait pas de solutions nouvelles pour aider au financement des études. L’astuce de Terra Nova consiste à présenter sa proposition d’augmentation des droits d’inscriptions comme la contrepartie d’une généreuse allocation d’études supérieures universelle – ce que la note sur l’autonomie de la jeunesse désignait comme un « capital-formation », susceptible en théorie d’être utilisable toute la vie active dans la perspective de la formation continue, mais qui pour l’essentiel devrait permettre aux étudiants de bénéficier de l’équivalent du RSA durant une période de trois ou quatre ans. Les deux notes précisent que cette allocation pourrait avoir pour complément un prêt à remboursement « contingent » (conditionné par l’accès à un seuil de revenu durant la vie active) garanti par l’Etatun type de solutions au problème du financement de la vie étudiante qu’il conviendrait sans doute d’examiner plus attentivement.

Ce dispositif consistant à coupler les deux propositions – l’augmentation des droits d’inscriptions et l’allocation d’études supérieures - présente deux avantages. Il permet, d’une part, de dessiner une véritable politique de la jeunesse, articulant soutien et responsabilisation des jeunes ; d’autre part, le fait de présenter l’augmentation des droits d’inscriptions - un chiffon rouge susceptible de générer des manifestations monstres - comme la contrepartie d’une vieille revendication de l’UNEF, le principal syndicat étudiant du « camp progressiste », peut apparaître comme une solution tactique au problème de la faisabilité politique.


La dite contrepartie peut toutefois sembler exorbitante en période de crise des finances publiques. C'est pourquoi, sans doute, le PS s’est pour l’heure contenté de proposer une allocation d’études sous conditions de ressources, une manière de rebaptiser la somme des aides déjà existantes. Quoiqu’on en pense, néanmoins, les propositions de Terra Nova méritent le débat, la problématique qui leur est sous-jacente étant incontournable.

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