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Taïwan : les leçons médicales et politiques d’une stratégie réussie face au Coronavirus
©Sam YEH / AFP

Exemple taïwanais

Taïwan : les leçons médicales et politiques d’une stratégie réussie face au Coronavirus

Les choix et les mesures mises en place à Taïwan dans le cadre de la lutte contre le coronavirus ont montré leur efficacité. Les autorités locales ont même alerté sur l'état alarmant de la situation bien avant les recommandations de l'OMS et face aux déclarations contradictoires de la Chine.

Bruno  Falissard

Bruno Falissard

Bruno Falissard est directeur du CESP/INSERM U1018 (Centre de Recherche en Epidemiologie et Santé des Populations).

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences à l’Université catholique de Lille, et directeur de recherche à l’IRIS, où il est en charge du programme Asie-Pacifique. Il dirige la collection Asia Focus à l’IRIS, et a publié de nombreux ouvrages, dont L’énigme nord-coréenne, aux Presses universitaires de Louvain, 2015.

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Atlantico.fr : Taïwan a réagi tôt face au coronavirus en prenant des mesures strictes dès le mois de janvier. Quelles sont les mesures les plus effectives prises par le gouvernement taïwanais ?

Bruno Falissard : Méfions-nous par principe des discours officiels quand il s’agit de pays situés à des milliers de kilomètres de chez nous, dans un contexte géopolitique compliqué. Pour Taïwan, apparaître comme un champion alors que la Chine, voisin pour le moins hostile et dangereux, est l’initiateur de la pandémie c’est une véritable bonne affaire. 

Au-delà de ça, il semble que les taïwanais aient misé sur une fermeture rapide des frontières, sur une utilisation systématique des masques et sur un dépistage intensif des potentiels cas, en particulier à l’aide du recours à la géolocalisation des citoyens. Cela leur aurait permis de tuer l’épidémie dans l’œuf, de la juguler avant qu’elle ne se répande. 

En quoi se différencient-elles de celles prises ailleurs et pourquoi ont-elles été aussi effectives ? 

Bruno Falissard : On est bien sûr tenté de considérer qu’ils ont trouvé la solution. Avec des arrières pensées évidentes : une fois encore, c’est la technologie qui nous sauvera et si nous n’avons pas réussi à faire la même chose, c’est à cause de nos règlementations absurdes qui alourdissent à l’excès, qui paralysent nos capacités de réaction dans l’urgence.

Bien sûr tout ça est un peu trop facile. Regardez sur une carte où se trouve Taïwan, c’est une petite ile, bien plus facile à isoler qu’un pays comme la France qui est un des principaux carrefours de circulation de la planète. Par ailleurs le port du masque est inscrit dans la vie quotidienne des taïwanais depuis longtemps, c’est une question de culture (de rapports aux autres, d’hygiène). Enfin, les taïwanais sont un peuple qui vit en permanence en sachant qu’ils peuvent être attaqués, avec la nécessité de devoir réagir très rapidement en toutes circonstances. Lesquels de ces facteurs ont été ici déterminants ? Beaucoup sûrement. 

Reste la question du recours à la géolocalisation des citoyens pour tracer les premiers patients infectés et stopper l’épidémie très tôt. Des travaux épidémiologiques ou de simulation doivent être réalisés pour évaluer l’intérêt d’une telle approche. Il est possible que ce soit un outil intéressant. Si tel est le cas, il faudra alors que nous décidions collectivement si la protection de notre vie privée vaut ou non d’être sacrifiée temporairement (?) pour se donner tous les moyens de ne pas retomber dans la situation que nous connaissons actuellement.

Taïwan avait alerté l'OMS quant au mode réel de propagation du coronavirus et alors que la Chine affirmait que l'homme ne pouvait pas le transmettre, l'organisation internationale a choisi d'écouter Pékin. Qu'est-ce l'exemple taïwanais nous dit de l'état de l'OMS ? 

Jean-Sylvestre Mongrenier : De prime abord, qu’est-ce que cette information nous révèle de la République populaire de Chine ? Après avoir convaincu l’Union européenne et ses Etats membres de lui apporter une aide dans la plus grande discrétion possible, au moment où l’épidémie s’étendait en Chine populaire, Pékin conduit désormais une grande opération de diplomatie publique en Europe, opération destinée non pas tant à soulager les maux de l’Italie et d’autres pays qu’à promouvoir sa politique étrangère (les « nouvelles routes de la Soie »), son ambition dominatrice mondiale et son image internationale. Seul pays occidental à avoir rallié le programme des « nouvelles routes de la soie » (la Belt and Road Initiative), l’Italie constitue une cible de choix. Des pays d’Europe centrale et orientale sont aussi visés, notamment dans les Balkans. Au vrai, ils sont identifiés comme cibles depuis plusieurs années (voir l’existence du « 17 + 1 », institutionnalisé en 2012). Lors d’une réunion du G7, il a ensuite fallu soigneusement éviter l’expression de « virus de Wuhan » afin de ne pas froisser la Chine populaire. Cela en dit long sur le rapport de force global entre l’Union européenne et la « superpuissance » chinoise, convaincue que l’avenir lui appartient. Loin d’être la « dictature bruxelloise » que les forces de dissociation dénoncent ad nauseum, l’Union européenne est un lâche Commonwealth paneuropéen, dépourvu d’instance gouvernementale : sa masse critique dépasse celle de la Chine populaire, mais elle n’atteint pas le seuil d’intensité critique requis pour convertir son potentiel de puissance en pouvoir effectif. Quant aux Etats qui la composent, ils n’atteignent plus la masse critique requise pour compter dans un univers titanesque. L’appel à la « démondialisation » n’est malheureusement que le vain espoir de soustraire ces Etats aux rivalités de puissance du siècle. 

Notons ici que certains dirigeants politiques, dans la redoutable concurrence pour acheter des masques produits en Chine populaire, n’ont pas tant de pudeur à mettre en cause « les Américains ». Et ce sans vérifier l’information selon laquelle des agents commerciaux américains auraient surenchéri sur des cargaisons destinées à d’autres destinations que les Etats-Unis, le tout en faisant l’impasse sur les mauvaises manières dont d’autres pays (dont la France) auraient fait preuve. Ne parlons pas de la responsabilité des exportateurs chinois dans ces affaires : il semble en effet qu’ils n’hésitent pas à rompre les contrats signés afin de vendre leur production au plus offrant, ce qui ne saurait nous étonner. Si tel était le cas, ce devrait être les premiers à être incriminés. Nenni. « On n’insulte pas la Chine et les Chinois ! » Dans cette pandémie, les mensonges des autorités de Pékin auront eu de bout en bout des conséquences gravissimes, mais ils génèrent d’autres mensonges destinés à promouvoir le « modèle chinois » en matière sanitaire, i.e. un système totalitaire qui nie l’idée même de vérité. Sous tous rapports, ce système est orwellien : « La vérité, c’est le mensonge ». Comment accorder sa confiance à un pays dans lequel le parti-Etat contrôle chaque individu, persécute Tibétains et Ouïghours, infiltre les communautés religieuses et contrôle toutes les sphères d’activité ? 

Au moyen d’un réseau de relations bilatérales, des « nouvelles routes de la soie », de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS) et d’une Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures (BAII) que les pays européens ont tôt fait de rejoindre lors de sa fondation (2014), la République populaire de Chine édifie son propre système international. Ce système sino-centré « double » l’ONU et le système onusien (institutions de Bretton Woods, OMS, FAO, etc.). Parallèlement, les autorités de Chine populaire ne négligent pas le système international institué après la Deuxième Guerre mondiale : elles l’investissent de l’intérieur. En fait, Pékin comble le vide géopolitique généré par l’attitude de l’Administration Trump qui, par idéologie anti-globaliste, a trop longtemps négligé cette dimension de la rivalité sino-américaine. Dans le cas de l’OMS, la forte présence chinoise, le rôle joué par Pékin dans l’élection de l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus ainsi que les financements chinois expliquent les complaisances et les errements au début de la pandémie. « As simple as that ! » : un fort investissement humain et financier dans l’OMS et les organisations internationales. Telle est la recette du « Make China Great Again ». Il faut bien admettre que la Chine populaire est le seul pays à développer une véritable « grande stratégie » d’envergure planétaire, avec une stratégie des moyens pour l’étayer. Une foi dans le « rêve chinois » anime cette politique d’ensemble : la religion des Chinois, c’est la Chine. 

Barthélémy Courmont : Cela nous enseigne beaucoup de choses, dont il va falloir nécessairement tenir compte à l'avenir. D'abord, il convient de noter la qualité du système de santé de Taïwan, l'un des plus performants au monde. Et la crise du coronavirus est un formidable révélateur de ces performances. A ce jour, on ne compte que 373 cas à Taïwan depuis le début de l'épidémie, et seulement cinq personnes sont décédées du coronavirus. Un bilan exceptionnel à mettre en parallèle avec le fait que Taïwan n'est pas membre de l'OMS (j'y reviendrai) et compte-tenu de la proximité avec la Chine - proximité géographique mais aussi humaine, avec les très importants échanges entre les deux rives du détroit. Ajoutez à cela qu'avant d'être placé en quarantaine au Japon, le Diamond Princess a fait escale à Keelung, au nord de Taïwan, et que ses passagers sont allés visiter Taipei! On pouvait s'attendre à une épidémie incontrôlable, il n'en fut rien. La stratégie de traçage systématique des malades a été payante, et n'a pas nécessité un confinement de la population, ni même des tests à grande échelle (moins de 40 000 personnes testées au total). De tous les pays touchés par le coronavirus, Taïwan est sans doute celui qui présente le bilan le plus remarquable, et personne ne saurait aujourd'hui le nier. Les autorités taïwanaises ont très tôt alerté l'OMS sur la transmission par les êtres humains du virus, début janvier, par la voix du ministre des Affaires étrangères Joseph Wu. Mais l'OMS n'a pas écouté les experts taïwanais et n'a même pas répondu aux messages de Taipei en ce sens. On connait la suite, et si l'OMS avait écouté Taïwan, peut-être n'en serions-nous pas là !

Ensuite, cette situation nous éclaire sur les carences de l'OMS, organisation de référence sur les questions sanitaires mais qui s'est ici avérée incapable de réagir face à une situation d'urgence, et malgré des informations dont elle disposait sur la transmission du virus. Déjà la crise du Sras avait montré les limites de l'OMS dans sa relation avec Taïwan, qui avait présenté un bilan aussi exceptionnel que celui d'aujourd'hui, et dont la stratégie de lutte contre l'épidémie n'avait pas été entendue. On peut y ajouter un savoir-faire dans d'autres domaines, comme la réponse aux catastrophes sismiques, aux typhons, etc. Il est temps que cela change et que l'OMS prenne Taïwan et ses 23 millions d'habitants au sérieux. Et puisqu'il s'agit d'une question politique, il est temps que les Etats membres de cette organisation défendent le cas de Taïwan.

Enfin, et en accompagnement du point précédent, cette situation révèle de manière criante les faiblesses de l'OMS, qui est dépassée face à cette pandémie et n'a pas été en mesure de prendre les dispositions nécessaires alors que les informations lui étaient transmises. Dans les leçons qui seront tirées de cette crise, l'organisation risque fort d'être identifiée comme l'une des grandes perdantes. Il n'y a cependant pas lieu de s'en réjouir, car il n'existe pas d'alternative.

Plus largement Taïwan n'étant pas reconnu comme un Etat est souvent ignoré par les instances internationales au profit de la Chine. N'est-ce pas là un exemple criant de la surpolitisation de certaines de ces instances et de l'hégémonie chinoise ? 

Jean-Sylvestre Mongrenier : L’éviction de Taïwan de multiples instances illustre surtout l’activisme de Pékin, la négation d’une réalité factuelle (la République de Chine existe depuis 1911) et la complaisance occidentale à l’égard de Pékin (ne parlons pas des Etats purement et simplement achetés par la Chine populaire pour qu’ils rompent avec Taïwan). Surpolitisation des instances internationales ? Lesdites instances ne sont pas des acteurs mais des cadres d’action composés d’Etats souverains qui ont leur politique étrangère, leur hiérarchie des priorités, leur stratégie et leurs moyens d’action. Aussi est-il évident que ces instances sont le lieu de luttes d’influence et de batailles politiques. Comment pourrait-il en être autrement ? Notons plutôt que Paris, fidèle à sa tradition gaullienne, s’est souvent posée en avocate de la Chine populaire laquelle, on le sait, aime et respecte profondément la France. Voir par exemple le soutien de Paris à l’élection d’un Chinois à la tête d’Interpol, avec les suites que l’on connaît… C’est tout le charme d’une « puissance d’équilibre » qui aime à ruser sur les axes Est-Ouest et Nord-Sud. En d’autres termes, veillons à ce que l’incrimination des instances internationales ou du multilatéralisme ne dissimule pas les vraies responsabilités. 

Il faut convenir que la bataille en cours dans les instances internationales est et sera difficile. La superpuissance chinoise organise avec succès un « Sud global » qui est majoritaire au sein de l’Assemblée générale de l’ONU et dans les instances internationales. Du point de vue des Etats-Unis et de l’ensemble des puissances occidentales, ces instances fonctionnent à rendement décroissant. Pourtant, ce serait une grave erreur de les déserter pour se réfugier dans un illusoire « chacun pour soi ». Isolés du reste du monde et divisés entre eux, les Etats européens s’exposeraient à la « tactique du salami » du pouvoir chinois. Sans parler des agissements de la Russie qui, dans le sillage de la Chine populaire, pratique une forme de maraudage géopolitique. Quant aux Etats-Unis, sans alliés et capacités de projection globale, leur puissance s’étiolerait rapidement. A tout le moins, il importe que l’Occident conserve son unité et restaure les conditions d’un leadership global. Il lui appartiendra ensuite d’accroître sa marge d’action et de rallier des pays au monde libre. Dans l’immédiat, le plus important consiste à ne pas céder au « chacun pour soi ». Attendons-nous à ce que la solidarité géopolitique occidentale et le périmètre de sécurité du monde libre soient rapidement « testés ». 

Le « virus de Wuhan » et la pandémie nous ramènent à Taïwan dont le sort et la destinée ne sont pas ceux d’une simple plateforme sanitaire, quand bien même son efficacité serait prouvée. Depuis la rétrocession de Hong-Kong (1997) et de Macao (1999), l’île-Etat de Taïwan constitue le principal avant-poste de l’Occident face à la Chine populaire. Pourtant, c’est un point aveugle des représentations géopolitiques occidentales, plus particulièrement en France. Les autorités françaises, rappelons-le, encensent la décision de De Gaulle de reconnaître la Chine populaire (1964), y voyant un trait de génie et une sorte de défi aux Etats-Unis (le coup de pied de l’âne, tout au plus). De Gaulle a-t-il tenté de faire prévaloir la « théorie des deux Chines » afin de conserver des liens diplomatiques avec Taipeh ? La question est discutable sur le plan historique. Ses successeurs sont allés bien plus loin. Alors que François Mitterrand prétendait encore vendre des frégates à Taïwan, Jacques Chirac, en son temps, a dénoncé la menace qu’un référendum local (sur le maintien d’une capacité diplomatico-militaire) constituerait à l’encontre de Pékin (2004). Et de proposer la levée de l’embargo sur les armes imposé à la Chine populaire après le massacre de la place Tienanmen, tout en conduisant des manœuvres navales avec l’Armée populaire de libération, à cinq jours du référendum taïwanais. Simultanément, Dominique de Villepin, flamboyant ministre des Affaires étrangères et vivante incarnation du panache français, louait l’« acteur majeur et responsable » que la Chine populaire était censée être. S’en souvient-on ? Ensuite, un président français expliqua qu’il fallait participer aux Jeux olympiques de Pékin (2008), afin de faire évoluer la situation. Cela sur fond de répression des Tibétains, en guise de préparation à la réduction des Ouïghours dans la décennie qui suivit. 

En conclusion, ce n’est pas l’hyperpolitisation de l’OMS ou d’autres instances internationales qu’il faut incriminer, mais la complaisance des puissances occidentales à l’égard de Pékin. Et ce, au détriment de Taïwan, ce régime constitutionnel-pluraliste dont l’existence prouve que la civilisation chinoise n’est pas incompatible avec la cause de la liberté. En la matière, la France n’a pas de leçons à donner. Moins encore les tenants du « réalisme » qui, prompts à reconnaître un droit de préemption de Pékin ou de Moscou sur leurs voisins, font trop souvent songer à Bernanos (« Le réalisme est le bon sens des salauds »). Certes, les Etats-Unis ont finalement reconnu la Chine populaire, Jimmy Carter allant même très au-delà de ce que Richard Nixon avait précédemment réalisé. Du moins livrent-ils des armes et donnent-ils des garanties de sécurité à Taïwan. Ce n’est pas contre la mondialisation qu’il faut lutter, mais contre la « sinisation » du monde. Dans cette lutte pour l’hégémonie, la position à l’égard de Taïwan devrait être reconsidérée. Répétons-le : c’est un avant-poste qui doit être préservé. Le niveau de nos relations avec Taipeh doit être relevé. 

Barthélémy Courmont : Rappelons en effet que Taïwan n'est pas membre de l'ONU (depuis que la Chine l'y a "remplacée" en 1971) et est donc absente de toutes les organisations internationales du système onusien. C'est d'ailleurs un cas aujourd'hui unique, puisqu'on fait référence à un entité comptant 23 millions d'habitants, qui serait aux portes du G20 si ses chiffres étaient pris en compte par les organisations internationales, et qui est un indépendante de facto, puisque Taïwan a un territoire, un gouvernement, un drapeau, une armée ou encore une monnaie… Sans compter que Taïwan est une démocratie qui a fait ses preuves. Bref, chacun sait qu'il s'agit là d'un nœud politique et s'il est utile de le répéter, il ne faut pas nourrir d'illusion quand à la capacité de le dénouer de sitôt. Cependant, il est important d'attirer l'attention sur le fait que les responsabilités de ce nœud sont non seulement du côté de Pékin qui s'entête aveuglément, mais aussi de la "communauté internationale" qui s'accommode de ce statut. Rappelons ainsi qu'en Europe par exemple, un seul pays a des relations diplomatiques avec Taïwan, Vatican. A échelle internationale, c'est moins de vingt Etats, le plus souvent de très petite taille et population. En d'autres termes, les grandes puissances, en Asie, en Europe, en Amérique du Nord… sont très hypocrites à l'égard de Taipei, puisque ne reconnaissent même pas son existence (ce qui ne les empêche pas d'entretenir des relations commerciales étroites, et même de vendre des armes). Une fois encore, inutile d'espérer que cela puisse changer à court terme, notamment compte-tenu du rapport de force (économique surtout) entre Pékin et les autres Etats membres des instances internationales, qui tourne de plus en plus à l'avantage de la Chine. Cependant, il serait juste d'arguer du fait que l'OMS doit s'émanciper des divergences politiques et de la géopolitique, puisque son mandat s'inscrit dans le champ de la sécurité humaine, et non de la sécurité nationale. Il est navrant de constater la politisation de ces instances dont la mission est précisément de s'émanciper du politique pour intervenir au chevet des grandes causes. Dès lors, la Chine a tort de ne pas "autoriser" Taïwan à rejoindre l'OMS, les autres Etats membres ont tort de ne pas apporter leur soutien à une adhésion de Taïwan, et l'OMS a tort de céder aux pressions politiques.

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