Syrie : la révolution impossible | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Syrie : la révolution impossible
©

Noeud gordien

Syrie : la révolution impossible

Alors que les violences continuent en Syrie, session extraordinaire aujourd'hui du parlement, qui doit adopter des lois à caractère politique et social, et avaliser l'abolition de l'état d'urgence. Entre escalade de la violence et atermoiements des Nations unies, quel avenir pour la révolution syrienne ?

Richard Labévière

Richard Labévière

Richard Labévière est rédacteur en chef de Défense, la revue des auditeurs de l'IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale).

Spécialiste du Proche et du Moyen-Orient, il est l'auteur du livre Quand la Syrie s'éveillera... (Perrin, 2011).

Voir la bio »

Atlantico : Comment voyez-vous évoluer la situation en Syrie dans les mois à venir ?

Richard Labévière : On assiste un peu à une algérianisation de la situation, comme en Algérie où personne n’avait intérêt à ce que les choses basculent notamment à cause des ressources en hydrocarbures et en pétrole.

En Syrie, il s’agit d’une situation géopolitique complexe et enchevêtrée due en partie à son rôle de pivot géopolitique dans la région. Personne n’a intérêt aujourd'hui à ce que le régime tombe et que la situation dégénère.

En revanche, la gestion de la crise par le pouvoir et les tirs contre la population laisseront des traces et de nouvelles fractures entre alaouites et sunnites. Les mémoires des peuples sont comme les strates géologiques : elles resurgiront fatalement à un moment ou à un autre. Il est donc difficile d’établir un calendrier ou des pronostics.

Que peut faire l'ONU dans ces conditions ?

A tout le moins, Il n’y aura qu’une déclaration du président du Conseil de sécurité des Nations unies voire une nouvelle résolution de sanctions, mais la Chine et la Russie ne veulent pas en entendre parler. Avec l'Iran tout proche, la stabilité de la région est en jeu. Nous ne sommes pas dans le cas de l’Egypte qui est un pays satellite de l’agenda américano-israélien. On est sur une autre planète.

Un retournement de l'armée est-il envisageable ? 

Depuis des années et la prise de pouvoir de Hafez el-Assad, le pouvoir alaouite reste soutenu par un certain nombre de cercles liés à des interfaces avec le bazar sunnite tant à Damas qu’à Alep. 

L’armée syrienne repose avant tout sur les 3 000 hommes des forces spéciales qui composent la garde nationale, un groupe compact formé d'unités d’élite de l’armée syrienne. Quant à l'armée conventionnelle de conscription, elle reste toujours assez cadrée par un double commandement sunnite et alaouite.

Plusieurs opposants importants auraient pu nourir un coup depuis l'étranger, même si un certain nombre d’officiers peuvent toujours surgir en interne à la faveur de ce genre de situations historiques. Il y a par exemple, Rifaat el-Assad, l’oncle du président Bachar el-Assad, qui vit depuis 1983 entre Marbella et Londres. Ou le vice-président Abdel Halim Khaddam qui réside à Paris, qui a fait défection à la mort d’Hafez el-Assad en juin 2000 et qui espérait prendre le pouvoir : ancien pro-consul des services syriens au Liban, il joue maintenant les démocrates. C'est assez cocasse. Franchement, je ne vois pas ce qu’ils pourraient faire.

Il y a eu une tentative de rapprochement pour une plate-forme de l’opposition syrienne avec les Frères musulmans et les Syriens installés aux Etats-Unis, mais tout cela ne constitue pas vraiment des alternatives sérieuses.

En interne, en revanche, il est plus difficile de se prononcer, parce que l'on peut toujours observer dans ce genre de situation des accélérations de l’histoire. Rien n'est à exclure. Avant que l’armée ne s'engage à Deraa - où a débuté la révolte à la mi-mars - et ne réprime les opposants, le parti Baas au pouvoir a tout de même fait le tour de tous les commandements militaires des provinces du pays pour s’assurer de la loyauté de l’encadrement supérieur. Un pronunciamiento ou un coup de sous-officiers intermédiaires me parait donc très improbable au sein d’une armée aussi pyramidale.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !