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Avant, la bourse était un maillon de la chaîne du financement de l'innovation.
Avant, la bourse était un maillon de la chaîne du financement de l'innovation.
©Reuters

Le nettoyeur

SOS petites entreprises en mal de capitaux : la Bourse doit absolument retrouver un rôle dans le financement de l'innovation

Aujourd'hui la Bourse ne bénéficie qu'aux grosses entreprises et aux banques. La France peut changer cela et ainsi devenir la patrie de l'innovation.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Lorsqu'Intel, une des entreprises qui a lancé la révolution informatique, est entrée en bourse en 1971, elle affichait un mini chiffre d'affaires de presque $4 millions. Facebook a attendu d'avoir $4 milliards—soit mille fois plus—de chiffres d'affaires pour rentrer en bourse en 2012. Ces deux faits, à 40 ans d'écart, montrent le rôle complètement différent que joue la bourse dans l'économie de l'innovation.

Avant, la bourse était un maillon de la chaîne du financement de l'innovation. Elle accueillait des entreprises petites, jeunes, qui avaient encore beaucoup à prouver. L'introduction en bourse était une étape du chemin. Aujourd'hui l'introduction en bourse est plutôt la ligne d'arrivée : pour y réfléchir, il faut déjà être une grosse entreprise avec un historique, de préférence rentable. On a complètement oublié qu'à une certaine époque une petite startup, avec un peu de chiffres d'affaires et beaucoup de choses à prouver, pouvait faire appel publiquement à l'épargne.

Et alors, me direz-vous ?

Et alors, ça change tout, et le pire c'est que personne ne s'en rend compte.

D'abord, le capital est l'oxygène de l'économie de l'innovation. Lorsqu'une source se tarit, c'est toujours une tragédie.

Ensuite, cette fermeture de la bourse fait que pour de nombreuses startups qui ont créé un vrai business mais ne peuvent atteindre une masse critique, leur seul moyen de réaliser leur valeur est de se vendre à des grands groupes.

Cette fermeture de la bourse qui fait que seules les grosses entreprises y ont accès pousse les startups et leurs investisseurs à une mentalité du “tout ou rien” : soit devenir énorme pour passer la barre de l'introduction, soit abandonner et recommencer, alors qu'il est parfaitement légitime de vouloir créer une entreprise de taille moyenne. Mais ces entreprises ne peuvent plus se financer, ni auprès du public, ni auprès des fonds d'investissement, qui attendent un rendement supérieur.

Bref, c'est mauvais pour les entreprises, l'innovation, et donc la croissance, l'emploi et la société en général.

Que s'est-il passé ? Pour résumer : les grosses banques et les grands groupes ont pris le contrôle de la Bourse, avec l'aide de l'Etat.

Après l'éclatement de la bulle internet, on a jeté le bébé avec l'eau du bain. Il y a maintenant tellement de réglementations pour entrer en bourse que c'est compliqué pour beaucoup de petites entreprises.

Beaucoup plus subtilement (et délétèrement) la réglementation a supprimé le “marché” pour les actions de petites entreprises innovantes. La bourse, comme tout le reste, est un écosystème. Il faut non seulement des entreprises et des acheteurs et des vendeurs, mais également des analystes, pour expliquer la valeur et l'intérêt d'une boîte, et des courtiers, pour créer un marché liquide pour la valeur.

Or, la réglementation du secteur financier y a encouragé la concentration. Lors de l'introduction en bourse d'Intel, il y avait 64 banques pour vendre ces quelques titres. Chacune était une petite “boutique” qui vendait ces actions à ses petits clients.

Cette situation est inimaginable aujourd'hui : toutes ces boutiques ont été avalées, et la bourse est maintenant dominée par les grandes banques, pour qui il n'est pas rentable de faire ce travail parfois assez ingrat d'aller chercher ces petites entreprises, les introduire en bourse, les “vendre”, etc.

C'est pour ça que des initiatives comme le Nouveau Marché d'Euronext n'ont été que des succès mitigés : oui, ça simplifie le fait d'entrer en bourse, mais sans cet écosystèmes de petits analystes et brokers, le titre n'est pas liquide, l'intérêt et donc les valorisations sont faibles. On a un canard boiteux.

Alors, que faire ?

Lorsqu'on analyse les marchés financiers, on voit un oligopole entouré de fortes barrières à l'entrée. Mais si les 15 dernières années nous ont appris quelque chose, c'est qu'internet peut couper l'herbe sous le pied des oligopoles.

Internet peut créer ce marché de financement pour les petites entreprises innovantes, avec non seulement la place de marché, mais également avec l'écosystème : des analystes indépendants pour qui il peut être rentable de couvrir des petites valeurs ; des courtiers avec des structures de coûts différentes pour qu'il soit rentable de soutenir les petites valeurs.

Ici, l'Etat a un rôle à jouer. Il faut créer l'infrastructure réglementaire (et fiscale!) pour permettre à un tel marché d'exister. Mais il peut également, par le mécanisme si sous-estimé du concours, permettre de lancer cet écosystème, voire par quelques subsides s'ils sont limités dans le temps.

L'idée est de faire de Paris LA place mondiale où placer une entreprise innovante en bourse. Ce problème est universel. Les entreprises à travers le monde cherchent ce marché qui n'existe pas et qui peut être impulsé. Les retombées en termes de croissance (et de rentrées fiscales) sont évidentes.

Une fois la dynamique engagée, si elle l'est vraiment, il y aura un effet boule de neige. Une fois que les valeurs et l'écosystème seront là, le mécanisme s'auto-entretiendra, et croîtra par lui-même.

La place de Paris pourra devenir connue comme la patrie du financement de l'innovation. C'est possible. Il faut juste un peu d'intelligence et de volonté.

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