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Shinzo Abe est-il le meilleur dirigeant de la planète (et pourquoi poser la question n’est pas si loufoque) ?
©Reuters

Premier ministre japonais

Shinzo Abe est-il le meilleur dirigeant de la planète (et pourquoi poser la question n’est pas si loufoque) ?

Porteur d'un programme de relance massive, le Premier ministre japonais a surtout rappelé à tous que pour les questions économiques, le politique – quand il s'en donne la peine – est le vrai détenteur du pouvoir.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Le gouvernement de Shinzo Abe n’est en place que depuis 18 mois, soit depuis le 26 décembre 2012, mais cela constitue déjà un record au Japon depuis 1945 (Sans aucun remaniement ministériel). Avec une popularité encore intacte à 60% de soutien, et la détention de la majorité absolue, le premier ministre devrait être amené à conserver le pouvoir jusqu’en 2016. Malgré 20 ans de marasme économique, et un Japon promis au déclin, Shinzo Abe est en passe de remettre l’archipel sur la voie du " retour ", selon les termes de son slogan de campagne électorale.

Si le Premier Ministre doit sa victoire de 2012 au profond rejet du parti alors au pouvoir (le parti démocrate japonais) et à sa position " dure " autour de la question des îles Senkaku (opposition territoriale entre la Chine et le Japon) c’est surtout son programme de redressement économique qui a attiré l’attention des médias internationaux.

" Abenomics ". Le terme est rapidement consacré comme étant la recette économique hétérodoxe que Shinzo Abe va appliquer à son pays. Un programme simplifié à l’extrême et réduit à trois points essentiels : " les trois flèches ". Une relance monétaire pour en finir avec la déflation, un plan de relance budgétaire afin de soutenir l’économie à court terme, et une politique de l’offre, destinée à optimiser le potentiel de croissance du pays à long terme. Quelques mots, et une vision claire tournée vers l’avenir.

Dès son arrivée au pouvoir, Shinzo Abe décoche ses premières flèches en nommant un nouveau gouverneur à la Banque du Japon (BOJ). Haruhiko Kuroda est nommé à ce poste le 28 février 2013 et agit immédiatement. Les objectifs monétaires sont modifiées avec un but clair : sortir de la déflation qui écrase le pays depuis 1997 et qui aura provoqué l’explosion du niveau de dettes à 240% du PIB. Alors qu’une telle réforme était perçue comme inenvisageable et irresponsable, Abe n’hésite pas, et la relance est massive.

De façon concomitante, le 26 février 2013, un plan de relance budgétaire de 20 000 milliards de Yen (soit 150 milliards d’euros) est voté. Reconstruction après le drame de Fukushima, soutien aux PME, hausse des dépenses de défense, infrastructure etc…Une opération qui a pour principale conséquence de redonner confiance à la population, et de soutenir l’activité à court terme.

Le détail des mesures de la troisième flèche sont annoncées à l’automne 2013 et au mois de juin 2014. Affirmation du soutien à la participation des femmes dans l’économie malgré une opinion publique conservatrice, hausse de la TVA de 5 à 8% en 2014, puis à 10% en 2015 afin de lutter contre les déficits, libéralisation des secteurs de la santé et de l’agriculture, les réformes sont nombreuses. La baisse du taux de l’impôt sur les sociétés sera également l’occasion pour le Gouvernement Abe de remettre l’administration fiscale à sa place. En effet, l’administration critique rapidement cette mesure ce qui lui vaudra une réplique du secrétaire général du gouvernement  Yoshihide Suga "Quoi que dise le ministère des Finances, la politique du gouvernement ne changera pas".  

Les résultats économiques ne se font pas attendre. Malgré la forte hausse de la TVA rendue nécessaire en raison du niveau d’endettement du pays, la relance fait son effet. Le pays parvient à une croissance supérieure à son potentiel dès l’année 2013 à 2.2% pour une inflation proche de 0.8%, soit une croissance nominale de 3%, et ce, conformément aux objectifs du Gouvernement. Pour les années suivantes, le rythme de croisière de la croissance est fixé à 1.5% pour 2% d’inflation, soit 3.5% de croissance nominale. Une première depuis plus de 20 ans et ce malgré une population totale qui continue de décroître de 0.1% tous les ans. En raison de ce contexte démographique, le Japon devra se contenter d’une croissance faible pour les années avenir. L’essentiel était de s’extirper de la déflation.

Mais la politique de Shinzo Abe ne peut se résumer qu’aux Abenomics. Projet de révision de la constitution pacifiste, reprise des programmes nucléaires, durcissement des conflits territoriaux avec ses voisins Chinois et Coréens. Et les positions prises par le Premier Ministre sont régulièrement condamnées. Reprise des exécutions des condamnés à mort (la peine de mort est soutenue par plus de 80% de la population japonaise), visite du sanctuaire Yasukuni, (commémorant les soldats morts pour l’Empereur), hausse du budget de la défense, visite surprise et non concertée du très influent conseiller de Shinzo Abe, Isao Iijima, en Corée du nord, etc…

Alors que le pouvoir semblait se diluer au Japon, que la classe politique était désavouée en raison de son incapacité à sortir le pays d’une crise longue de 20 ans, Shinzo Abe est en passe de réaliser le grand chelem. Redonner confiance à une population qui se désenchantait peu à peu face à un déclin perçu comme inéluctable. En moins de 18 mois, Le Premier Ministre a prouvé à son pays que le politique peut agir, que le pouvoir est bien entre ses mains. Son action vis-à-vis de la Banque du Japon en est le symbole le plus fort. Si Barack Obama avait popularisé le « Yes We can » (oui, nous pouvons !), c’est le Premier Ministre japonais qui en a coché toutes les cases. Si le " Japon est de retour ", avec Shinzo Abe c’est aussi " le Politique " qui est de retour.

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