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Série de l’été : les femmes qui ont changé l’Histoire. Aujourd’hui, Joséphine de Beauharnais : "Napoléon régnait sur l’Europe, mais pas à la maison et qu’à moitié dans son lit"

Comme les années précédentes, nous avons repris notre carnet de notes pour rencontrer les personnages de l’Histoire qui ont changé le monde. Aujourd'hui, Joséphine de Beauharnais.

Comme les années précédentes, nous avons repris notre carnet de notes et notre crayon pour rencontrer les personnages de l’Histoire qui ont marqué leur époque et au-delà, changé le monde.  Le projet, un peu osé convenons-en, a été de leur demander de nous accorder un entretien pour revisiter le bilan de leur action et vérifier si leur lecture de l’Histoire permettait de mieux comprendre notre actualité.

Alors bien sûr, ces personnages étant aujourd’hui disparus, leurs interviews sont imaginaires, mais beaucoup moins qu’on ne le croirait. Les historiens ne nous en voudront pas, nous avons puisé les réponses dans ce que ces personnages ont écrit dans leurs mémoires et ce que les historiens nous ont apporté sur leur parcours.

Et cette année, nous avons choisi d’interroger des femmes qui ont marqué l’histoire, dans tous les domaines, parce que notre actualité aujourd’hui est fortement impactée par les discours féministes, les révoltes et parfois les excès. Ces femmes de l’Histoire ont sans doute été précurseurs, mais pas seulement.

On a coutume de dire « Derrière chaque homme qui réussit, cherchez la femme ». Du personnage historique français le plus célèbre dans le monde, Napoléon 1er, nous nous sommes dont intéressés à Joséphine, la femme de sa vie. L’impératrice qui savait influencer son empereur de mari et qui a dû s’effacer pour donner un héritier à son empire.

Originaire des Trois-Ilets en Martinique, Marie-Josèphe-Rose de Tascher de La Pagerie est née en 1763 de parents békés, c’est-à-dire des Martiniquais à la peau blanche, qui sont venus en Martinique pour tenter l’aventure économique. Ses parents produisent alors du cacao, du manioc, du sucre, des vaches, des moutons et deviennent vite exploitants à succès, et maitres esclavagistes, comme c’était la pratique à l’époque.

A 16 ans, Rose, puisque c’est son prénom à ce moment-là, quitte son île paradisiaque pour la métropole où elle épouse un vicomte, Alexandre de Beauharnais. Un beau mariage dont naitront deux enfants, Eugène-Rose et Hortense Eugénie Cécile. Mais le mari est volage et le couple se sépare peu avant la Révolution. Lui perdra d’ailleurs sa tête pendant la Terreur, parce qu’il avait pris le parti des Jacobins pour faire face à Robespierre. C’est comme ça que Joséphine se retrouve veuve.

Alors Joséphine va faire ce qu’elle a toujours su faire : fréquenter les mondanités et s’attirer les faveurs de nombreux amants. Jusqu’à ce qu’on lui en présente un, qui a peut-être plus de destinée que les autres. Napoléon Bonaparte, un général qui a un peu fait parler de lui jusqu’alors. Ils se marient très vite, en 1796 à Paris et le suit dans les pas de Premier Consul, puis Empereur. Elle est d’ailleurs couronnée impératrice en même temps que Napoléon le 2 décembre 1804.

Dans une société balançant entre mœurs d’Ancien Régime et modernité postrévolutionnaire, Joséphine est la conseillère de l’ombre de l’homme qui domine alors l’Europe, mais le couple impérial a en fait des problèmes assez communs et la question de donner un héritier à l’empire va finir par avoir raison de leur mariage.

Il a été écrit que Joséphine n’aimait que très peu Napoléon. Au début, elle l’a trompé et le mariage était pour elle plus une affaire d’intérêts entrecroisés que de sentiments amoureux. Mais le destin s’est retourné contre elle quand l’empereur a voulu donner un héritier à son empire, ce que Joséphine, qui a alors plus de 45 ans, n’est plus en mesure de faire.

Bonjour Joséphine. Madame l’Impératrice ou Joséphine de Beauharnais. Vous portez le nom de votre 1er mari, celui qui va vous faire rester dans la postérité. Beauharnais plutôt que Bonaparte, c’est un pied-de-nez à Napoléon?

Joséphine de Beauharnais : Comme si Napoléon Bonaparte avait eu besoin que je garde son nom pour que l’on se souvienne de lui. C’est mal estimer l’empreinte qu’il a laissée dans vos vies, encore aujourd’hui. Et puis, sachez que c’est vous qui me faites garder le patronyme de Beauharnais. Joséphine de Beauharnais n’a jamais existé. Mariée à Alexandre, je m’appelais Rose de Beauharnais. Napoléon m’a ensuite baptisée Joséphine, un de mes nombreux prénoms de naissance, pour faire de moi une femme neuve, sans passé. Donc, quand nous nous marions, je deviens Joséphine Bonaparte. Et puis Impératrice Joséphine à partir de 1804. C’est ce qu’il devrait rester et je désire que l’on m’appelle ainsi, mais vous avez perdu l’habitude des titres de vos jours.

Beauharnais, c’est très beau comme nom. C’est donc celui de votre 1er mari, issu dun mariage arrangé et coureur de jupons. Vous vous en êtes très vite éloignée. Il n’a pas échappé à la guillotine pendant la Révolution. Et si Robespierre n’avait pas été arrêtée, vous y seriez passée également. Il n’y aurait pas eu de rencontre avec un petit général de province, et peut-être jamais de Napoléon 1er, car vous l’avez drôlement influencé durant toute sa vie.

Joséphine de Beauharnais : Vous pensez que c’est moi qui lui ai donné ses rêves d’empire ? Napoléon avait le goût de la conquête bien avant moi. Et croyez-moi, je n’avais pas son goût du sang ou du sacrifice. Avec ou sans moi, Napoléon était doué. Il avait le quelque chose en plus par rapport aux autres généraux. L’influencer,  je ne sais pas, mais le tempérer et l’adoucir sûrement. Nous avions cette histoire commune, d’avoir traversé la Révolution et de se rappeler que la France voulait tout, sauf d’un monarque. Mais c’est vers le côté qu’il a, malgré tout, choisi d’aller, et encore plus quand il a épousé Marie-Louise. Un mauvais tournant. Il est à ce moment-là devenu un monarque belligérant, ce qui l’a perdu à l’extérieur de ses frontières pendant qu’il ne recevait plus de soutien de sa propre Nation… Quel drame cela a été.

Revenons sur le couple que Bonaparte et vous formiez. Très avant-gardiste, avec une différence d’âge, une famille recomposée, un divorce… Vous avez, Joséphine, quelques années de plus que Bonaparte, une petite dizaine d’années. Lui est jeune, bouillonnant et prometteur.

Joséphine de Beauharnais : Notre union dépassait les considérations uniquement sentimentales. Avant de prendre une décision, Bonaparte me sondait comme un de ses ministres. Nous étions aussi et surtout un couple politique, comme il en a toujours existé.

Et un mariage très pragmatique dès le début. Si Bonaparte s’est marié avec moi, c’est que je lui ai plu mais surtout que j’étais un bon parti, quand lui n’était encore qu’un général méconnu. Le contrat de mariage était largement en sa faveur je devais apporter au ménage les 25 000 francs que je percevais annuellement de mon veuvage avec Beauharnais. Lui, Napoléon, ne me rapportait que sa pension de général qui s’élevait à 1 500 francs. Sans compter mon réseau de relations dans tout Paris, pour un Corse fraichement débarqué. J’étais une femme très respectée dans le milieu parisien. Le beau coup, c’est lui qui l’a fait. On dit que c’est grâce à moi qu’il fut nommé général en chef de l’armée d’Italie. Mais je ne nie pas que j’ai misé sur le bon cheval en l’épousant.

Quand Napoléon est occupé à ses conquêtes militaires, en Italie et en Egypte, vous êtes donc encore la mondaine parisienne en vogue, et vous avez du mal à vous défaire de vos amants. Lui, amoureux et un peu plus victorieux, vous écrit chaque jour du front des billets déchirants et enflammés. Vos réponses se font attendre…

Joséphine de Beauharnais : C’est ma belle-famille qui a fait se répandre ces bruits-là parce qu’au début de notre mariage, nous nous voyions que très peu. On m’a dit distante et exigeante  à les débuts. Mais après tout, une femme ne doit-elle pas savoir se faire désirer ? Je peux vous dire que si Napoléon imposait sa volonté à l’Europe, il y parvenait difficilement dans son propre foyer car il y trouvait parfois de la résistance. Malgré toutes ses conquêtes en Europe, il n’a pas réussi à détrôner Fortuné, mon petit caniche, de notre lit. Je l’ai averti qu’il faudrait qu’il partage ou qu’il parte. Voilà qui devrait écorner le mythe de tout-puissant tyran qui a pu être dépeint par ses ennemis. Napoléon régnait sur l’Europe, mais pas à la maison et qu’à moitié dans son lit !

Un autre bruit a couru et qui ne le met pas à son avantage, et cette fois, cela ne pouvait pas venir de sa famille, c’est celui concernant la raison potentielle de sa stérilité…

Joséphine de Beauharnais : Oui… qu’il avait un sperme semblable à de la pisse ! C’était une petite vengeance, je vous l’accorde.

Mais il s’est avéré que Napoléon n’était finalement pas stérile…

Joséphine de Beauharnais : Il voulait se prouver quelque chose et a bien fini par en mettre une enceinte, et même deux en comptant la Polonaise. Mais tout ça n’aura pas servi à grand-chose. L’héritier naturel, et celui qui a finalement succédé à Napoléon, est bien issu de notre sang à tous les deux. Louis-Napoléon Bonaparte, Napoléon III, est à la fois un Bonaparte et un Beauharnais. C’est le fils du frère de Napoléon, Louis qui était marié à Hortense de Beauharnais, la fille issue de mon 1er mariage. Je suis la grand-mère de Louis-Napoléon quand Napoléon est son oncle. Avouez que c’est un montage compliqué, mais l’Histoire m’aura donc donnée gagnante face à toutes ces bécasses, Marie-Louise comprise, qui ont essayé de lui faire un héritier.

Comment s’est passé le moment du divorce ? Au moment où il vous annonce qu’il compte se séparer de vous pour épouser une autre femme et donner un héritier à l’Empire.

Joséphine de Beauharnais : Je vous l’ai dit. Napoléon était pragmatique et la raison l’emportait largement sur la passion. Si je sais qu’il a été amoureux de moi, fou amoureux, il y avait l’amour et la raison d’Etat, comme il disait, même si c’était plutôt l’amour du pouvoir. C’est un beau retour de bâton qu’il m’a porté là. Malgré ça, nous avons divorcé par consentement mutuel, ce qui était une chose inhabituelle, et était encore considéré comme une atteinte à la morale et à la loi divine.

Vous étiez une redoutable négotiatrice, on le sait. Quel a été le prix du divorce ?

Joséphine de Beauharnais : Mais rendez-vous compte que je venais quand même d’être répudiée ! Je suis restée impératrice douairière, comme si j’avais été veuve. Tout cela était écrit dans la Constitution. Même la pension de 3 millions de francs ou les résidences qui m’ont été attribuées : le palais de l’Elysée – très peu fréquentable à l’époque, le château de Navarre et heureusement, le château de la Malmaison qui avait ma préférence. Et où Napoléon venait me visiter fréquemment.

On a dit beaucoup de choses sur vous, entre autres que vous étiez une dépensière et que Napoléon devait souvent renflouer vos comptes. Vous achetiez pour plus de 900 robes pour une seule année. Quelques 600 paires de chaussures qui ne feront pas la bonne tenue des finances publiques de l’Empire. Et nous sommes à peine 15 ans après la Révolution ! Vous n’aviez donc pas peur de finir comme Marie-Antoinette ?

Joséphine de Beauharnais : Le pouvoir est une représentation permanente et donc cela demande d’être vêtue. Je ne crois pas que les choses aient beaucoup évolué, même plus de deux siècles après. Alors ça titillait un peu Napoléon, parce qu’il était plutôt économe quand cela n’avait rien à voir avec l’armée ou la gloire militaire, il ne dépensait pas un sou. Mais au fond, il ne s’en souciait peu, car ce n’était pas un homme d’argent.

Quel était le plus grand défaut de l’Empereur ?

Joséphine de Beauharnais : Avec malice, je vous répondrai sa famille ! Et si vous posiez la question à sa famille, ils vous auraient répondu « sa femme ». Je détestais ma belle-famille. Tous vivaient à son crochet et fomentaient contre lui. Bien trop lâches pour gagner leur vie et incapables d’entreprendre. Ils ont été jaloux comme des poux que je sois couronnée de la main de Napoléon pendant le sacre. A tel point que sa mère n’est pas venue et qu’il a fallu l’inventer, sur le tableau de David.

Mais le plus grand défaut de Napoléon, le réel défaut, c’est inévitablement son goût trop prononcé pour la guerre et l’insensibilité que le combat ou la mort de milliers de soldats provoquaient. Qu’aurait-été l’empire sans tous ces sacrifices inutiles ? Personne ne le sait, mais bien des personnes lui ont déconseillé de partir en Russie, la campagne où tout se chamboule.

Joséphine, vous savez que vous avez fait la une des actualités tout récemment. Une de vos statues, à Fort-de-France, a été déboulonnée. Par qui ? Par des activistes anti-esclavagistes qui voulaient protester contre le passé colonial français, que vous avez semble-t-il encouragé.

Joséphine de Beauharnais : Parait-il que ma statue n’avait déjà plus de tête depuis une vingtaine d’années. Quelle honte de m’avoir laissée dans cet état-là.

Vous voulez en venir à l’épisode de l’esclavage. Encore une absurdité de dire que je suis à l’origine de son rétablissement. Napoléon savait bien ce qu’il faisait, il n’est point besoin de faire porter le chapeau à une femme.. Et moi, je me suis souvent érigée contre les traitements réservés aux esclaves, que j’ai, quand cela a été possible, essayé d’aider ou de libérer.  J’ai même eu une histoire avec l’un d’entre eux dans ma première jeunesse. Vous voyez, on ne se refait pas ! J’aurai dû écrire mes mémoires, j’aurai pu me défendre comme il faut.

A lire

Joséphine, le paradoxe du cygne, Pierre Branda, Editions Perrin

Napoléon, la série avec Christian Clavier 

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