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Semaine de cinq jours et rythmes scolaires, symboles par excellence des blocages français
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Dur dur d'être scolarisé

Semaine de cinq jours et rythmes scolaires, symboles par excellence des blocages français

A peine nommé au ministère de l'Education nationale, Vincent Peillon a annoncé un retour à la semaine de 5 jours à l'école. Et provoqué une première levée de boucliers... Derrière cette annonce se cache le sujet des rythmes scolaires, terrain d'affrontements qui oublient bien souvent de faire primer l'intérêt des élèves sur ceux des professeurs, parents ou autres professionnels du tourisme.

Roger Célestin

Roger Célestin

Roger Célestin est journaliste.

Il écrit pour Atlantico sous pseudonyme.

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Comme une poupée russe, le débat sur la semaine de 4 ou 5 jours dissimule le sujet des rythmes scolaires (quotidien, hebdomadaire, annuel) et celui de l’organisation des établissements et des pratiques des enseignants. Car tout est lié. Bien au-delà de la seule concentration du volume horaire sur 4 jours au lieu de 5, les rythmes actuels, aberrants, renforcent l’échec scolaire.

Pauvres écoliers français. Parmi les pays de l’OCDE, ce sont eux qui subissent à la fois le plus grand nombre d’heures de cours annuelles, la journée la plus longue, et le plus petit nombre de semaines de cours !  Si l’on ajoute les devoirs à la maison, on ne peut que constater les cadences infernales que nous infligeons à nos enfants, sans parler des gruyères que forment les emplois du temps des collégiens ou lycéens, tandis que tout est organisé pour le confort des profs !
Si cela aboutissait à nous placer parmi les meilleurs... Mais ce n’est même pas le cas, puisque nos résultats s’effondrent année après année, comme le montrent toutes les études internationales.
Car ce qui est déterminant dans la réussite scolaire, ce n’est pas la quantité de cours dispensée, mais bien la qualité, qui passe par des rythmes d’apprentissage adaptés. Ajoutons que nombre des problèmes qui minent le quotidien des profs (élèves distraits, agités, démotivés, agressifs, passifs ou absents) diminueraient avec des rythmes plus intelligents.
Cela fait trente ans que les médecins nous expliquent que les rythmes actuels rendent l’école encore plus difficile, surtout pour les élèves les plus en difficulté, surtout si vous venez d’un milieu défavorisé, avec des parents n’ayant pas réussi à l’école, pas de livres à la maison, pas de chambre pour étudier, personne pour vous aider, aucune connaissance des codes culturels de l’école. Répétons le : les rythmes actuels handicapent davantage les enfants menacés par l’échec scolaire plutôt que les autres et l'adoption démagogique de la semaine de 4 jours par Xavier Darcos a aggravé les choses.
Ce débat complexe peut être tranché simplement si l’on décide que c’est l’intérêt des enfants qui prime. Pour maintenir la semaine de 4 jours, qui arrange beaucoup de parents cadres et divorcés, il faudrait réduire le nombre d’heures annuelles d’enseignement. Mais tout responsable politique qui s’aventurerait sur ce terrain se ferait tailler en pièces par la horde des « républicains » et autres « lobbies disciplinaires », association de professeurs, défenseurs de la « qualité de l’école », selon qui qualité rime avec quantité, et qui disposent de relais virulents dans les médias prompts à dénoncer toute réduction d’horaire. Savent-ils pourtant que c’est en Finlande que le volume d’enseignement annuel est le plus bas parmi les pays de l’OCDE ? Ce qui n’empêche pas les écoliers finlandais d’arriver en tête de toutes les évaluations ! Mais c’est un autre sujet. Leur but n’est pas vraiment que nos écoliers obtiennent de bons résultats : ils préfèrent se concentrer sur la défense corporatiste de leurs matières.
Donc, sans prendre de risque, Vincent Peillon maintient le volume horaire annuel et annonce le retour à la semaine de 5 jours conformément aux promesses du candidat Hollande. Cela suppose évidemment d’écarter les intérêts du loisir et du tourisme. Interdire la semaine de 4 jours « manifesterait clairement la volonté des pouvoirs publics de placer l’intérêt de l’enfant au centre de la nouvelle organisation du temps scolaire en allant au-delà des intérêts acquis… » comme le disait en décembre 2010 la Mission d’information sur les rythmes scolaires (Michèle Tabarot, députée, pour la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, co-rapporteurs Xavier Breton et Yves Durand). Oui et non. Oui, cela irait au-delà des intérêts légitimes de l'industrie du tourisme, car il ne faudrait pas oublier que ces professionnels sont des entrepreneurs qui créent des emplois et de la valeur. Intérêts pas si acquis que cela, le secteur étant en concurrence. Intérêts bien moins acquis que ceux des profs regroupés dans leurs bunkers disciplinaires et qui refusent toute diminution d’horaire.
Reste qu’une réforme des rythmes scolaires ne pourra « réussir que si l’ensemble des acteurs se mobilisent, ce qui suppose un temps de réflexion, de concertation et d’anticipation. Une réforme pérenne ne saurait être installée dans l’urgence, il faudra des étapes et une mise en œuvre progressive, voire des expérimentations. L’avenir du système éducatif est en jeu. » C’est la conclusion du rapport Quintin – Forestier (du nom de ces deux hauts fonctionnaires, experts indiscutés, Odile Quintin et Christian Forestier) remis au ministre de l’Education nationale Luc Chatel le 4 juillet 2011, après une longue consultation en 2010-2011. En particulier parce que réformer les rythmes aura des conséquences en terme de financements à trouver et donc sur  les relations entre l’Etat et les collectivités territoriales.
Vincent Peillon était tranquille : la concertation avait déjà eu lieu, et il annonçait benoîtement la mise en œuvre d’une promesse. Logique non ? Ben non ! Le sujet part en vrille, les syndicats montent au créneau, les éléphants s’en mêlent et Jean-Marc Ayrault est contraint d’effectuer son premier rétro pédalage. Première leçon : ne jamais se précipiter pour communiquer, surtout en période de campagne électorale législative, même pour annoncer qu’on va mettre en œuvre une promesse du président de la République. Etrange fonctionnement de notre démocratie, sous le feu des médias. Pour résumer, les acteurs et les positions sont les mêmes qu’il y a quelques mois, mais Vincent Peillon va quand même refaire la concertation réalisée sous Chatel.
Pour faire gagner du temps à chacun, rappelons les principales propositions du rapport « Quintin – Forestier » :
1)     Une journée scolairement moins lourde, mais pas moins longue. Car réduire le temps de présence à l’école en laissant sortir les enfants à 15h de l’école primaire accentuerait les inégalités sociales.
2)     Une vraie pause entre midi et deux, d’au moins 1 h 30, sans aucune tâche à caractère scolaire (ni cours, ni aide, ni soutien), avec un temps raisonnable pour déjeuner et la possibilité d’avoir des activités culturelles ou sportives. Elles favorisent les apprentissages et permettent aux enfants des zones rurales ou des milieux éloignés de la culture d’en bénéficier.
3)     Un temps d’enseignement journalier maximum identique pour l’école primaire et le collège afin de faciliter le passer de l’une à l’autre.
4)     Cinq heures d’enseignement quotidien maximum - pour au moins 7 heures de présence quotidienne jusqu’en fin de cinquième.  Six heures d’enseignement quotidien maximum en 4e et 3e.
5)Accompagnement éducatif généralisé
6)Pause méridienne identique pour tous, que les élèves restent déjeuner dans l’établissement ou non. La journée de classe terminée, ils rentreraient chez eux tout travail fait.
7)     Une journée moins dense et mieux consacrée à l’appropriation des nouveaux apprentissages. Guidé par le professeur, l’élève bénéficierait d’un temps quotidien pour s’approprier les nouveaux savoirs, selon les modalités choisies par l’enseignant et jugées les plus efficaces. Ce serait aussi le moment pour l’enseignant d’aider les élèves en difficulté sans les stigmatiser. Il s’agit de permettre à tous les enfants, quel que soit leur environnement socio-économique ou l’éloignement de leur domicile, de rentrer chez eux tout travail fait - ce qui permettrait aussi d’alléger le poids des cartables.
8)     C’est l’irrégularité des horaires, des charges journalières et du travail donné, selon les élèves, qui donne en revanche le sentiment d’une semaine pesante. Outre un emploi du temps fait pour les élèves et pas pour le confort des profs, la mission propose d’organiser trimestriellement ou annuellement, par concertation, le rythme des devoirs ou travaux demandés aux élèves (...) de façon à ne pas regrouper l’ensemble des contrôles nécessaires sur la semaine précédant les conseils de classe.
9)     Des vacances organisées pour remettre au premier plan la santé et la réussite des élèves et pas pour le tourisme. Il faut donc distribuer l’année sur un plus grand nombre de semaines de travail : 38 semaines, à répartir le plus harmonieusement possible en tendant vers l’alternance 7 semaines de travail / 2 semaines de vacances. Ainsi le premier trimestre est-il trop long. Il faut allonger les vacances d’automne (Toussaint). Dans la perspective d’un rééquilibrage général, toutes les vacances intermédiaires seraient donc portées à 2 semaines pleines, données à périodicité régulière, ce qui constituerait une avancée notoire et pionnière au regard de l’ensemble des pays de l’Union européenne. Une variante consisterait en la réduction des vacances de printemps à 10 jours avec, en contrepartie, officialisation pour tous du pont de l’Ascension.
10)   Des vacances d’été réduites de deux semaines (proposition reprise par le candidat Hollande) : Corollaire de la priorité donnée à la régularité des pauses pour que le temps d’enseignement soit mieux réparti sur l’année et pour éviter une trop longue rupture, préjudiciable à la continuité des apprentissages, nous proposons de réduire de deux semaines la durée des vacances d’été. Les habitudes des familles ont changé, elles sont plus attachées à plusieurs coupures annuelles qu’à une seule période de congé long ; la priorité donnée à l’égalité des chances commande également de rappeler que tous les élèves ne partent pas en vacances durant la totalité de ce temps de congé long, dit de vacance. Et un enfant sur trois ne part pas du tout.
11)Parmi les options possibles, la suppression des zones permettait de répondre plus aisément à l’organisation en 7 semaines de cours-2 semaines de vacances. Toutefois, il a été démontré que la sécurité routière a bénéficié d’améliorations sensibles avec le système d’étalement des départs et des retours. Par ailleurs, les rythmes scolaires et, notamment, les périodes de vacances sont un élément fondamental du rythme de notre vie sociale et économique. Dans ce contexte nous suggérons plutôt un zonage généralisé (en 2 ou 3 zones) sauf pour les vacances de fin d’année. Notre préférence se porte sur 3 zones, compte tenu que ce découpage, déjà usuel, paraît plus équilibré ; nous suggérons toutefois deux aménagements : pendant les vacances d’été la période qui va du 13 juillet au 16 août devrait être commune à l’ensemble des zones ; le début ou la fin des vacances pourrait ne pas nécessairement coïncider avec un week-end.
Au total, la nouvelle année scolaire de 38 semaines pourrait être :
-38 semaines de classe
-Une alternance régulière, la plus proche possible du rythme « 7-2 »
-Une année de près de 190 jours ouvrables, y compris à l’école primaire, plus proche de la moyenne des autres pays
-Cinq périodes d’enseignement d’une durée comprise entre 7 et 8 semaines, entrecoupées de cinq périodes de repos
-Vacances intermédiaires toutes portées à 2 semaines pleines
- Vacances d’été réduites de 2 semaines
-Zonage de toutes les vacances, à l’exception de celles de Noël
-Une période commune à toutes les zones : 13 juillet – 16 août

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